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Rencontre. Emmanuel Dongala présente son roman « La sonate à Bridgetower » à Rouen et à Caen

L’écrivain Emmanuel Dongala sera mercredi à Rouen. Il évoquera, à la librairie L’Armitière, son dernier et remarquable roman « La sonate à Bridgetower ». Il sera jeudi à Caen.

Emmanuel Dongala sera mercredi à Rouen et le lendemain à Caen pour évoquer son dernier livre "La sonate à Bridgetower" (photo Christine Salomon)
Emmanuel Dongala sera mercredi à Rouen et le lendemain à Caen pour évoquer son dernier livre "La sonate à Bridgetower" (photo Christine Salomon)

Les amateurs de musique classique, passionné par Beethoven, connaissent sans aucun doute la sonate à Kreutzer mais ils sont sans doute beaucoup moins nombreux à savoir que cette sonate fut composée pour un jeune musicien prodige, George Bridgetower. Un jeune musicien métis. C’est l’histoire incroyable de ce jeune virtuose que nous raconte avec talent Emmanuel Dongala.

L’histoire réel d’un jeune musicien prodige

Normandie-Actu : Comment avez-vous croisé George Bridgetower ?
Emmanuel Dongala : Au départ j’avais lu « La sonate à Kreutzer » de Tolstoï et un jour, à la radio j’apprends que la sonate à Kreutzer n’avait pas été écrite à l’origine pour Kreutzer, le célèbre violoniste français de l’époque mais pour un jeune mulâtre, George Bridgetower,  totalement tombé dans l’oubli. Cela a piqué ma curiosité et à partir de là j’ai commencé à travailler, à chercher…

N-A : C’est la première fois que vous n’écrivez pas sur l’Afrique ?
E.D. : Je me suis dit que j’avais tellement écrit sur l’Afrique. J’ai parlé de tout, de la violence, de pauvreté, des dictateurs, des enfants-soldats donc j’avais sans doute envie de changer d’air et cette rencontre avec ce jeune violoniste tombait véritablement à pic. Cela me permettait d’une part de changer de continent et également de changer d’époque. J’ai mis quatre à cinq ans à accumuler de la documentation sur cette époque, à travailler sur la musique également. Me documenter sur Paris, sur Vienne, sur l’Europe du XVIIIe siècle.

A l’époque l’esclavage n’était pas encore aboli

N-A :  On découvre dans votre ouvrage l’existence d’une élite noire au XVIIe siècle
E.D. : D’habitude lorsque l’on pense aux noirs de cette époque, on évoque immédiatement les domestiques, les esclaves. On ignore souvent qu’il existait une élite noire ou métis qui évoluait dans les milieux aristocrates de Paris.  Dans le roman je signale deux illustres représentants : le chevalier de Saint-Georges, un musicien très apprécié de la reine Marie-Antoinette et le général Dumas, le père d’Alexandre Dumas.

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N-A : Une élite noire avec peu de droits…
E.D. : N’oublions pas qu’à l’époque l’esclavage n’était pas encore aboli donc même si ces métis ou mulâtres étaient intégrés dans la société française, il y avait tout même des limites. A l’époque, il y avait déjà des gens qui pensaient qu’il y avait trop de noirs en France. Lorsque le chevalier Saint-Georges a voulu être nommé directeur de l’opéra, des voix se sont élevées pour dire qu’un directeur ne pouvait pas être mulâtre.

J’ai eu beaucoup de chance parce que cette histoire se déroule, réellement, en pleine période révolutionnaire

N-A : Votre roman a également pour cadre la révolution
E.D. : J’ai eu beaucoup de chance parce que cette histoire se déroule, réellement, en pleine période révolutionnaire. Ce sont des faits historiques, ils sont arrivés à Paris en avril 1789, trois mois après c’était la révolution. Ce qui est extraordinaire c’est qu’en cherchant aux archives j’ai retrouvé un article publié dans le journal le Mercure de France de 1789 qui rendait compte du concert de George.

De Voltaire à Buffon, les noirs étaient vraiment tout en bas de l’échelle

N-A : C’est aussi la période de la philosophie des Lumières
E.D. : Oui, on commence à parler de la liberté, de l’esclavage. La domination des femmes est également évoquée avec Olympe de Gouge. Mais les philosophes des lumières n’avaient pas encore véritablement remis en cause la place des noirs dans la société. De Voltaire à Buffon, les noirs étaient vraiment tout en bas de l’échelle. Voltaire a écrit sur le sujet des choses que l’on qualifieraient aujourd’hui de raciste ou d’antisémite.

N-A : Au fait, vous connaissiez la musique ?
E.D. : Je suis chimiste j’enseignais à l’université aux Etats-Unis.  Mais je n’étais pas musicien, je chante faux, j’ai dû apprendre. Dans mon université il y avait un département de musique, j’ai assisté aux cours et j’ai appris beaucoup sur le baroque, le classique…

Benoit Vochelet

Infos pratiques
La sonate de Bridgetower d’Emmanuel Dongala (Actes Sud)
22,50 euros
Rencontre à la librairie L’Armitière – Rouen
Mercredi 25 janvier à 18 heures
Rencontre à la libraire Eureka Street – Caen
Jeudi 26 janvier à 18 h 30