
Figure emblématique du Cotentin, Michel Canoville est décédé samedi 4 février 2017, dans un dramatique accident de la route à Saint-Martin-le-Gréard, près de Brix. Nos confrères de la Presse de la Manche lui rendent hommage, ainsi que de nombreux élus et … le Premier ministre Bernard Cazeneuve.
Élu pendant quarante ans, Michel Canoville est sans doute l’un de ceux qui ont le plus compté pour le développement de la Hague (Manche) et du Cotentin. Sa disparition dans un accident de la route samedi 4 février 2017 a provoqué une grande émotion.
Septembre 2012. Michel Canoville, maire d’Omonville-la-Rogue, dévoile une plaque devant la mairie en l’honneur de Jeanne et Roland Ricordeau, un couple de la commune reconnu comme « Juste parmi les Nations ».
En évoquant la rafle de petits juifs, Michel Canoville laisse couler quelques larmes.
C’est insoutenable, je n’ai pas encore compris pourquoi est arrivée une telle infamie, lâche l’élu.
C’est l’une des rares fois où Michel Canoville aura fendu l’armure. Se montrant tel qu’il était : sensible, humaniste, toujours guidé par la volonté de savoir, de comprendre, de transmettre.
Habituellement, il réservait tous ces trésors à ceux qui avaient réellement envie de le découvrir, de passer au-delà de cet air bourru qu’il aimait entretenir. Car après tout, si ses interlocuteurs pouvaient ne pas déceler toutes ses qualités, le sous-estimer, Michel Canoville n’y voyait que des avantages : il pouvait ainsi plus facilement encore peser sur le cours des choses.
Et lorsqu’il comprenait que son interlocuteur avait démasqué cette intelligence hors normes, Michel Canoville souriait : « t’es un malin, toi ».
Le bon sens terrien
Michel Canoville était donc d’abord un bon paysan de la Hague, un brin taiseux mais guidé par un bon sens infaillible. Certes, sa vie publique avait fini par le contraindre à embaucher quelqu’un pour s’occuper de ses vaches. Mais l’Omonvillais restait très attaché à la terre.
Très attaché à sa commune, aussi, dont il était élu depuis 1977. Sept ans plus tard, il en devenait maire, et il avait été réélu en 2014 pour un sixième mandat.
Pendant plus de vingt ans, Michel Canoville fut aussi président d’un district de la Hague devenu communauté de communes. Une collectivité comme il en existe peu en France. Certes, l’argent du nucléaire évitait la crainte des fins de mois difficile, mais encore fallait-il faire fructifier cet héritage, assurer la solidarité entre les dix-neuf communes de la Hague pour que tout le territoire en profite.
Au nom du Cotentin
Fin gestionnaire, parfait connaisseur de ses dossiers, doté d’une réelle vision, sachant aussi faire adhérer ses troupes, Michel Canoville et ses élus ont transformé la Hague. Mieux : ils ont participé au développement du Cotentin en finançant l’aéroport, le site universitaire, l’abattoir… « Puisque personne ne nous fera le compliment, je le dis moi-même : nous avons été exemplaires », s’était-il amusé lors de l’une des dernières cérémonies de voeux de la communauté de communes.
Car s’il s’était battu contre ceux qui voulaient piocher dans l’argent de la Hague (« nous sommes dans la situation d’une oie qu’on veut plumer mais qui ne doit pas crier », s’était-il plaint une fois), il avait convaincu les Haguards d’apporter près d’un million par an au Cotentin.
Après avoir ferraillé contre la création du Cotentin, Michel Canoville avait ensuite eu la sagesse de se rallier à la majorité. Non sans tout faire pour que la Hague aborde cette nouvelle échéance en position de force. L’élu avait donc fini par faire accepter la fusion des dix-neuf communes de la Hague en une seule.
Et si le conseil municipal ne l’a finalement pas choisi pour diriger cette nouvelle collectivité, son talent devait encore servir à la Hague et au Cotentin. Michel Canoville venait d’être élu vice-président de la nouvelle communauté d’agglomération, et le président Jean-Louis Valentin lui avait confié le sujet sensible des finances. « J’ai du boulot, et ce ne sera pas simple, mais on a promis que les communes ne seraient pas perdantes dans ce changement », nous disait-il ces derniers jours. Une remarque assortie d’un beau sourire franc : Michel Canoville était heureux de pouvoir continuer à travailler pour les autres, pour la Hague, pour le Cotentin.
Laurent Gouhier, la Presse de la Manche
Les hommages unanimes
Bernard Cazeneuve, Premier ministre et ancien maire de Cherbourg-Octeville : « J’ai appris avec une profonde tristesse le décès de Michel Canoville. Grande figure du Cotentin, il était un élu apprécié de tous et unanimement respecté pour son engagement au service de l’intérêt général. Ancien président de la Communauté de communes de la Hague, il s’était particulièrement investi ces derniers mois dans la création de la commune nouvelle de la Hague et de la communauté d’agglomération du Cotentin. J’adresse à sa famille, à ses amis, à ses proches et à l’ensemble de ses administrés mes plus sincères condoléances ».
Benoît Arrivé, maire de Cherbourg-en-Cotentin : « Michel Canoville était entièrement engagé au service de son territoire et de ses concitoyens. À Omonville-la-Rogue, où il était maire depuis des années, dans la Communauté de communes de la Hague mais aussi au syndicat mixte du Cotentin, il avait compris depuis longtemps la nécessité d’inventer de nouvelles solidarités au sein du Cotentin. J’ai appris à le connaître ces deux dernières années. J’ai découvert un homme de conviction, ferme dans la négociation mais d’une grande ouverture d’esprit. Il était un élu ancré dans la réalité de son territoire, attaché à une certaine tradition mais aussi tourné vers l’avenir et ouvert aux idées nouvelles. Notre ville vient de perdre un ami. En mon nom et au nom des élus de Cherbourg-en-Cotentin, j’adresse mes sincères condoléances à son épouse et à toute sa famille ».
Geneviève Gosselin-Fleury, députée de Cherbourg : « C’est avec beaucoup de tristesse que j’ai appris la mauvaise nouvelle. C’est le préfet qui me l’a annoncée samedi soir à 19 h 30. Je savais qu’il avait eu un accident mais j’espérais qu’il survivrait à ses blessures. La dernière parole que j’ai échangée avec lui, c’était lundi dernier, à la sortie d’un conseil. Il m’a retenue et m’a dit : tu sais, j’ai vérifié et nous sommes bien cousins ! Bien sûr, Michel Canoville a marqué la Hague et le Cotentin. Il va laisser un vide énorme. Et puis, avant toute chose, je pense à son épouse et à ses enfants. Je pense à l’énorme douleur qui vient de s’abattre sur toute sa famille. C’était vraiment un homme et un édile passionné par la Hague et le territoire ».
Pascal Monhurel, premier adjoint à Omonville-la-Rogue : « C’est une grande émotion et, comme beaucoup de gens, je suis complètement sonné. C’est mon troisième mandat et cela faisait seize ans que je travaillais à ses côtés. Moi le horsain, puisque je suis arrivé à Omonville-la-Rogue en 1984, j’ai tout appris de la Hague et bien d’autres choses à travers lui. C’était un homme très cultivé, et il avait une connaissance de l’histoire de la Hague particulièrement étonnante. Michel avait aussi beaucoup d’humour. Il était très humain, très accessible et très disponible. Il ne comptait jamais son temps. C’est une figure de notre commune et de tout le territoire qui vient de nous quitter. Un grand Monsieur ! Je pense bien sûr à son épouse et à ses enfants ».
David Margueritte, vice-président de la Région : « Je pense d’abord à son épouse, ses enfants et à ses petits-enfants. La douleur dans laquelle cette tragédie vient de les plonger. L’homme public a été le visage de la Hague avec laquelle il faisait corps. Il faisait la synthèse de cette Hague : authentique et discret. Il ne s’encombrait pas d’artifices pour dire ce qu’il pensait et au moment où il le pensait. Michel Canoville était un homme exigeant qui avait une connaissance technique des dossiers. Même en cas de divergence, il respectait son interlocuteur et enrichissait le débat par la qualité de son raisonnement. Michel Canoville était un homme authentique et inclassable. Qu’on l’aime ou non, il ne laissait personne indifférent, justement parce que c’était un homme vrai. Un acteur désintéressé, qui va nous manquer lourdement ».
Philippe Bas, président du Conseil départemental et sénateur de la Manche : « J’avais beaucoup d’amitié pour lui. J’ai beaucoup de peine. Tel que je le voyais, c’était un vrai viking, taillé dans le granit. Il était tout d’une pierre, avec de l’autorité, mais aussi beaucoup de coeur. Je peux parler de son engagement et son attention profonde à l’égard des personnes handicapées, j’ai eu l’occasion plusieurs fois de le constater. C’était quelqu’un d’une grande pudeur. Il ne portait pas son humanisme en bandoulière, mais il avait vraiment beaucoup de coeur. Il avait beaucoup d’intelligence et de compétence. Et il était très dévoué à l’intérêt collectif, aussi bien dans sa Communauté de communes de la Hague que dans le syndicat mixte du Cotentin. Il fallait être au contact avec lui pour évaluer les nombreuses compétences qu’il avait acquises. J’étais vis-à-vis de lui dans une grande admiration. C’était un homme extrêmement respecté. C’est une très grande perte pour la Manche. Il va nous manquer, vraiment ».
Caroline Druon et Maryline Amiot, secrétaires de mairie à Omonville-la-Rogue : « Nous sommes sous le choc. C’était un maire à l’écoute, juste, très humain et accessible. Il laissera un grand vide dans la mairie et à Omonville-la-Rogue. Toutes nos pensées vont à ses proches ».