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Affaire Théo. Les policiers mis en examen pour viol et violences, sa famille au Havre sous le choc

Des policiers ont été mis en examen pour viol et violences après l’interpellation musclée d’un jeune homme à Aulnay-sous-Bois. Au Havre, la famille de la victime est sous le choc.

Vue extérieure en date du 15 février 2016 du palais de justice de  Bobigny ( ©AFP/Archives/BERTRAND GUAY )
Le parquet de Bobigny a ouvert une information judiciaire pour viol et violences. (©AFP/Archives/BERTRAND GUAY)

Un policier a été mis en examen pour viol et ses trois collègues pour violences volontaires en réunion après une interpellation au cours de laquelle un jeune homme de 22 ans, Théo, a été grièvement blessé à coups de matraque, jeudi 2 février 2017, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Au Havre, en Seine-Maritime, la famille de la victime est sous le choc.

> LIRE AUSSI, sur lemonde.fr : À Aulnay-sous-Bois, une marche pour réclamer « justice pour Théo »

Sa famille au Havre sous le choc

Aurélie, la sœur du jeune homme, est handballeuse au Hac et son beau-frère, Johann Louvel, n’est autre que le directeur du centre de formation du Hac football. Tous deux ont témoigné sur BFMTV, lundi 6 février.

Aurélie explique que ce jour-là, elle avait demandé à son frère de faire une course pour elle. Sur son chemin, Théo a croisé des jeunes de sa connaissance.

À ce moment-là arrive un contrôle de police. Un jeune a reçu une claque. Mon petit frère a dit : doucement avec le jeune. (…) Il s’est interposé de manière pacifique. Ensuite tout s’est passé très vite.

Johann Louvel explique alors que Théo, joueur de foot et animateur dans son quartier d’Aulnay-sous-Bois, fait partie d’une famille respectée et que, contrairement à ce qui a été avancé par les policiers, « il n’y a pas eu de coup de poing ». « Que la police n’aille pas salir ce jeune homme ! »

Voir le témoignage de la sœur et du beau-frère de Théo, sur BFMTV :

Une famille étrangère à toute forme de délinquance

Contacté par Normandie-actu, le père de Johann Louvel, Jean-Pierre Louvel, l’ancien président du Hac football, explique :

Je connais bien la famille de Théo. C’est une famille étrangère à toute forme de délinquance. Au contraire, elle participe à l’animation du quartier, fait des choses pour les jeunes. On est loin des clichés !

Jean-Pierre Louvel est indigné : « Tout ça parce qu’il passe par hasard, pour rendre service à quelqu’un, et ça s’est retourné contre lui. Je ne comprend pas comment on en est arrivé à ce déchaînement de violence. Comment expliquer ces blessures ? » Quant aux explications données par les policiers, évoquant un coup porté de manière involontaire :  « C’est grotesque et indigne d’avoir évoqué cet argument ». Et de poursuivre :

Il faut une reconnaissance des faits, des sanctions, pour qu’il puisse se reconstruire psychologique.

Une interpellation « musclée »

Les faits remontent à jeudi 2 février 2017, à Aulnay-sur-Bois. Dans un communiqué, le parquet de Bobigny est revenu sur les circonstances de cette interpellation : vers 17h ce jour-là, les policiers « procédaient au contrôle de l’identité d’une dizaine de personnes après avoir entendu les cris caractéristiques des guetteurs de points de vente de stupéfiants ».

Au cours de cette opération, ils « tentaient de procéder à l’interpellation d’un homme de 22 ans » et, « au regard de la résistance de ce dernier », ont fait « usage de gaz lacrymogène et, pour l’un d’entre eux, d’une matraque télescopique ».

Après son transport à l’hôpital d’Aulnay, un médecin avait diagnostiqué à la victime, par ailleurs blessée au visage et au crâne, « une plaie longitudinale du canal anal » et une « section du muscle sphinctérien », et lui avait prescrit 60 jours d’incapacité totale de travail (ITT). Le jeune homme a été dû être opéré.

Viols et violences

Les quatre fonctionnaires, initialement soupçonnés de « viol en réunion », ont alors été placés en garde à vue dans les locaux de la « police des polices ». Dimanche matin, le parquet de Bobigny a ouvert une information judiciaire pour « violences » mais le juge d’instruction chargé de l’enquête a, in fine, décidé de poursuivre l’auteur présumé des coups de matraque télescopique pour « viol ».

Les quatre hommes ont par ailleurs été placés sous contrôle judiciaire et trois d’entre eux se sont vus interdire par le juge d’exercer l’activité de fonctionnaire de police. Dimanche soir, le ministre de l’Intérieur a décidé d’étendre cette suspension au quatrième policier.

Dans un communiqué, Bruno Le Roux « réaffirme avec la plus grande fermeté sa détermination à voir l’exemplarité et le respect guider en permanence l’action et le comportement des forces de l’ordre ».

Des heurts dans la cité des 3 000

Samedi 4 février, dans la soirée, de brefs incidents ont éclaté dans la vaste cité des 3 000, où une voiture a été brûlée et une tentative d’incendie constatée sur un bus. Des abribus ont également été cassés et le quartier plongé dans l’obscurité après le sabotage de l’éclairage public.

Dimanche soir, un important dispositif policier était déployé, comprenant une compagnie de CRS appelée en renfort, selon une source policière.

Une autre affaire bientôt jugée

Début janvier, six mois de prison avec sursis avaient été requis dans une autre affaire contre un policier municipal de Drancy (Seine-Saint-Denis), accusé d’avoir violenté avec sa matraque un homme de 27 ans lors d’une interpellation mouvementée en 2015.

Le certificat médical établi cette nuit-là avait attesté d’une « pénétration ». Le tribunal doit rendre sa décision le 20 février.

Avec AFP