Avant, que des convois de barges fluviales emportant jusqu’à 500 conteneurs puissent, un jour, glisser sur les eaux sombres et tranquilles d’un futur canal à grand gabarit européen traversant les plaines picardes entre l’Oise au Sud et l’Escaut au Nord, de l’eau, beaucoup d’eau risque de passer sous les ponts du futur canal… Les ponts et leur gabarit notamment, voilà bien le problème ! Un problème que les crânes d’oeuf ingénieurs concepteurs du projet avaient peut-être un peu trop sous-estimé…
Ainsi, ce remarquable chef d’oeuvre de la reconstruction de l’immédiat après guerre, le pont Louis XV (ainsi nommé depuis 2014) jeté au dessus de l’Oise à Compiègne… D’aucuns prétendent le détruire pour mieux le reconstruire (sic !) afin de permettre le passage de barges à deux rangées de conteneurs: comme ce pont est un pastiche plutôt réussi du style du XVIIIe siècle et bien qu’il soit devenu l’un des ornements de la ville, il n’est pas classé Monument Historique. Nul doute que les habitants de Compiègne sont attachés à l’intégrité de ce pont et à son histoire mouvementée au cours du XXe siècle à l’occasion des deux guerres mondiales. Sauf que sa présence, en l’état, réduirait de… 70% les capacités d’utilisation du futur canal qui doit coûter un peu moins de 5 milliards d’euros !
http://foret-compiegne.solexmillenium.fr/pont-compiegne.php
Mais s’il n’y avait que des histoires d’eau coulant sous les ponts… Car les remous de la politique parisienne semblent destabiliser un projet dont la Déclaration d’Utilité Publique permettant le démarrage des travaux (courant 2017?) et les expropriations sur le futur parcours (2500 hectares sont concernés) avait été déposée dès 2008.
En effet, le député socialiste du Nord Rémi Pauvros, la tête pensante du lobby nordiste jusqu’à présent à la manoeuvre pour porter politiquement le projet, n’a pas été réélu lors des dernières législatives. Après une phase d’accélération sous la précédente majorité présidentielle (où l’arbitrage du rouennais Hollande a penché pour un projet cher à Martine Aubry au détriment du canal historique de la Seine maritime normande), le projet du Canal Seine Nord pourrait connaître une nouvelle phase d’enlisement avec le nouveau gouvernement dont le Premier ministre est l’ancien maire du Havre: en attendant que les crânes d’oeuf de Voies Navigables de France trouvent une solution miracle pour faire passer des barges à deux rangées de conteneurs à Compiègne sans détruire la belle voûte du pont Louis XV, les Normands vont pouvoir bénéficier enfin d’un répit qu’ils auront intérêt à mettre sans tarder à leur profit pour que la remise à niveau logistique et technique de l’Axe Seine soit considérée comme prioritaire avant le redémarrage du dossier du Canal SNE qui offre finalement bien plus d’incertitudes que … l’évidence normande !
Lire, ci-après, l’analyse politique du dossier qu’on trouvera dans la dernière édition disponible de la « Lettre A » (N°1781, en date du 22 juin 2017 p.3)

