
Le projet de canal Seine-Nord est relancé : un « compromis » a été trouvé a annoncé le gouvernement mardi 3 octobre 2017. Il a proposé à la Région Hauts-de-France un nouveau montage financier qui devrait permettre de remettre à l’ordre du jour la réalisation de cette voie navigable qui reliera le bassin parisien au réseau fluvial d’Europe du nord. Au risque de mettre hors-jeu la Normandie, et notamment le port du Havre ?
Le Canal Seine Nord Europe, c’est 10.000 emplois pendant les travaux et 30.000 emplois après ! #OuiAuCanal pic.twitter.com/rKob3Pps5t
— Xavier Bertrand (@xavierbertrand) 3 octobre 2017
Une Arlésienne, de nombreux coups de théâtre
Finira-t-il par aboutir ? Véritable arlésienne, le projet fait débat depuis plus de trente ans, et a déjà connu bien des vicissitudes. Vieille idée remontant au XIXe siècle, le dossier du canal Seine-Nord a été lancé en 1981, mais longtemps sera resté en suspens faute d’accord sur le tracé et sur le financement.
Nicolas Sarkozy, président de la République donne le feu vert en 2011, un consensus ayant été trouvé sur le tracé. Mais le montage financier pose problème. En 2015, c’est la loi Macron qui relance le dossier, un montage financier est acté en 2017… Sauf qu’en juillet de cette année, le nouveau gouvernement annonce une pause. C’en est trop pour les élus et acteurs économiques locaux, Xavier Bertrand en tête, qui s’élèvent contre l’ajournement du projet.
« Nous avons trouvé un compromis »
Rebondissement mardi 3 octobre 2017 ! Dans Le Courrier Picard, Élisabeth Borne, la secrétaire d’État aux Transports, et Gérald Darmanin, ministre des Comptes publics, annoncent que le projet est relancé. Élisabeth Borne explique :
Depuis l’annonce de la pause sur le projet le 1er juillet, collectivités et État ont beaucoup travaillé et je pense pouvoir dire aujourd’hui que tous les éléments sont sur la table pour trouver une solution pour le canal Seine-Nord Europe.
Gérard Darmanin affirme : « Nous avons trouvé un compromis. (…) Nous avons trouvé un équilibre entre l’intérêt des collectivités concernées et les contraintes financières de l’État. »
Heureux d’avoir contribué sous l’autorité de @EmmanuelMacron et d’@EPhilippePM à une solution pour le #CanalSeineNord avec @Elisabeth_Borne pic.twitter.com/RsmfzFyyqT
— Gérald DARMANIN (@GDarmanin) 3 octobre 2017
Lors du conseil de surveillance de la Société du canal Seine-Nord Europe, qui s’est tenu le jour de la parution de l’interview, un certain nombre de points ont été éclaircis
La construction de ce canal de 107 kilomètres, entre Compiègnes (Oise) et Aubencheul-au-Bac (Nord), c’est un investissement de 4,5 milliards d’euros. L’Union européenne y contribuera à hauteur d’1,8 milliard euros, les collectivités locales pour 1 milliard, et l’État également 1 milliard. Gérald Darmanin a précisé à ce propos : « Il ne s’agira pas de crédits budgétaires, mais de taxes affectées, ce qui permet de responsabiliser tous les acteurs. » Un emprunt de 780 millions d’euros complétera le financement. La gouvernance du projet sera régionale. Et ce sont les collectivités qui garantiront l’emprunt.
Un risque pour le port du Havre ?
Le canal Seine-Nord, c’est la grande affaire de la région des Hauts-de-France. Mais il pourrait avoir aussi de lourdes conséquences en Normandie. Sébastien Bourdin, enseignant-chercheur en géographie-économie à l’École de management de Normandie, affirme que, malgré sa position stratégique, Le Havre doit lutter pour rester dans les plus grands ports européens, et que si Haropa tient bon face à la concurrence, « l’équilibre est fragile ».
Le canal de 107 km reliant le bassin de la Seine avec celui de l’Escaut pourrait participer au siphonnage des conteneurs par les ports de la Range Nord.
En 2015, Édouard Philippe partait en croisade contre le canal
Il y a deux ans et demi, en 2015, c’est Édouard Philippe, alors maire du Havre, qui faisait entendre sa voix contre le canal, estimant qu’il privilégierait les ports d’Anvers et de Rotterdam, au détriment du Havre :
La décision du gouvernement de faire du canal Seine-Nord une priorité est déconcertante de naïveté.
À l’époque, pour lui, ce projet était celui « de tous les excès » : par son « gigantisme », son « impact environnemental » et, bien sûr, son coût. Un « gâchis économique et environnemental » auquel Édouard Philippe préférait l’alternative ferroviaire reliant Le Havre à l’Europe centrale par Amiens et Châlons-en-Champagne.
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Une opinion partagée par Jacques Attali, économiste et écrivain, qui dénonce alors, en 2015, le choix du gouvernement Valls de relancer le canal, « le pire choix possible » qui « détruit le Havre au bénéfice d’Anvers et de Rotterdam (respectivement 3 et 7 fois plus importants). On a choisi le Nord contre la Normandie, en prétendant qu’on peut favoriser les deux. Sans aucun débat national. »
D’autres voix se font entendre alors. Les écologistes émettent des craintes en terme de préservation de l’environnement, les chambres de commerce et d’industrie de Rouen et du Havre évoque « un risque majeur d’affaiblissement des ports normands et de l’axe Seine » :
Face à la saturation annoncée de l’axe nord-sud, il faudrait privilégier une nouvelle dynamique de développement sur l’axe ouest-est de l’Europe, alors que le choix qui est fait est celui d’ouvrir un axe de communication majeur qui offre aux ports du Benelux un accès direct au principal marché français, celui de l’Île-de-France.
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Des détails à finaliser
Depuis 2015, les choses ont changé. Édouard Philippe, l’un des plus vigoureux opposant au canal Seine-Nord est aujourd’hui à la tête du gouvernement qui relance le projet.
En visite à Amiens, mardi 3 octobre 2017, le président de la République Emmanuel Macron a déclaré : « Je crois que la décision qui a été prise est la bonne. C’est celle qui permet, de manière crédible et soutenable pour l’ensemble des collectivités publiques, de donner une visibilité à ce projet et d’avancer, sachant que nous avons jusqu’à mars 2018 pour finaliser tous les détails, les transmettre au niveau européen et sécuriser les financements européens », rappelle Le Monde. Le projet est relancé, mais pas encore tout à fait finalisé.