
Le sujet est aussi sensible que des narines sur un camembert trop fait. Depuis plusieurs années, les producteurs du camembert « de » Normandie dénoncent la production du camembert « fabriqué en » Normandie. La guerre sémantique fait rage. Des pistes pour régler le conflit sont à l’étude, avec l’espoir d’une résolution en février 2018.
Un groupe restreint de travail autour du camembert
Mercredi 22 novembre, une réunion s’est tenue à l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao). « Une nouvelle étape a été franchie », fruit des réunions débutées en 2016, assure l’institut dépendant du ministère de l’Agriculture :
Jusque là, seules des rencontres bilatérales avaient eu lieu, acteur par acteur. Hier, l’ensemble des parties prenantes étaient réunies autour de la table.
Et autour du camembert. Décision a été prise de créer un « groupe restreint » de travail, composé d’une dizaine de personnes, « pour avancer vite, bien et en concertation » sur ce « dossier complexe ».
Camembert « de » / « fabriqué en » Normandie, quelles différences ?
D’un côté quelques centaines de producteurs de lait et fabricants de fromages, réunis au sein de l’ODG (organisme de défense et de gestion), répartis sur une zone géographique déterminée, couvrant la moitié de la Normandie et respectant le cahier des charges imposé par l’AOP (lait de vaches élevées en Normandie, pour la plupart de race normande, lait cru, moulage à la louche…). De l’autre, des fabricants, et notamment des industriels, qui, même si les usines sont situées en Normandie, n’utilisent pas forcément du lait produit en Normandie…
Des conclusions doivent être rendues en février 2018. Elles devront répondre à la bataille que livrent les producteurs du camembert « de » Normandie, régulés par une appellation d’origine protégée (AOP), et les industriels produisant du camembert « fabriqué en » Normandie.
« Tout le monde devra faire des efforts »
Les premiers, quelques centaines de producteurs, comptent pour environ 6 000 tonnes de fromage par an, contre 60 000 pour les seconds. « Des solutions doivent être trouvées », liste Patrice Chassard :
Cela doit permettre de rentrer dans le cadre réglementaire normal, d’éviter la confusion pour le consommateur et de préserver tant qu’on peut le camembert et permettre le développement régional de la Normandie.
Président du comité national des appellations d’origine laitières à l’Inao, il a présidé la réunion « animée mais sans blocages » de mercredi. Contacté par Normandie-actu, il a appuyé sur le fait que « l’AOP soit haut de gamme et le reste ». Selon lui, « tout le monde devra faire des efforts, Inao compris ».
« Avancer sans déchaîner les passions »
Pour l’heure, l’institut ne souhaite pas divulguer les pistes à l’étude. « Les échanges doivent être libérés de la pression professionnelle et médiatique », nous explique-t-on, « pour avancer sans déchaîner les passions ».
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Vieux de plusieurs années, le différend au « long long long historique » va-t-il enfin se régler ? « Il faut qu’on en sorte », souffle Patrice Chassard. Pour que la situation cesse de moisir.