Thomas B. Reverdy présente son nouveau roman, « L’hiver du mécontentement », à La Galerne, le 22 novembre 2018. (©S.B./Normandie-actu)
Thomas B. Reverdy présentera, jeudi 22 novembre 2018, à La Galerne, au Havre (Seine-Maritime), son nouveau roman, L’hiver du mécontentement. Une immersion dans l’Angleterre de la fin des années 70, alors que l’arrivée de Margaret Thatcher annonce le libéralisme sauvage, auquel l’Europe est en proie.
Suivant le parcours de Candice, le roman raconte le passage à un autre monde, un « nouveau monde ». Entretien.
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Une critique du libéralisme sauvage
76actu : L’hiver du mécontement paraît à un moment clef : le Brexit. Alors que votre roman se déroule en 1979, au moment de l’arrivée de Thatcher au pouvoir, ne pensez-vous pas que se prépare un nouvel hiver du mécontentement ? Comment les événements relatés dans votre roman évoquent-ils l’actualité ?
Thomas B. Reverdy : L’Angleterre qui, en 1979, a voté Thatcher a une longueur d’avance car elle annonce le libéralisme. J’espère que le Brexit n’a pas une longueur d’avance et que cette décision de quitter l’Europe ne sera pas suivie par d’autres pays. Thatcher n’a pas été le chef d’État le plus européen, avec son fameux slogan « I want my money back ». Toutefois, l’Angleterre n’a jamais été très pro-Europe. En prenant l’Eurostar, on a toujours passé deux douanes, on a toujours changé de l’argent.
Votre roman raconte la fin d’un monde et celui d’un nouveau : l’arrivée d’un libéralisme ravageur.
L’arrivée de Thatcher au pouvoir est le résultat d’un vote démocratique, tout comme le Brexit. En 1979, et à notre époque aussi, il y a eu une campagne politique très agressive. Les Anglais n’ont pas voté forcément dans leur intérêt. Les classes populaires sont régulièrement amenées à voter pour se tirer une balle dans le pied.
Un roman d’apprentissage
Pourquoi cette période, celle de l’arrivée au pouvoir de la Dame de fer, a retenu votre attention ? Pourquoi l’avez-vous choisie comme cadre romanesque ?
C’est Thatcher qui est à l’origine de notre monde. Avec elle, on a plongé dans un monde ultra-libéral. 1979 est un moment de bascule. J’aurais pu me placer, comme David Peace, dans les années Thatcher, au moment de la grève des mineurs. Mais 1979 réunit plein de figures : l’hiver du mécontentement, une année charnière, Shakespeare et ma jeune comédienne qui, elle, bosse le rôle et doit se faire une place dans la société.
VIDÉO. Thomas B. Reverdy présente L’hiver du mécontentement :
Comment avez-vous construit Candice, votre personnage ?
Dans ce monde en train de changer, émerge une nouvelle donne de communication économique. Candice, parallèlement, est une jeune femme qui commence ses études. Elle est comédienne car elle essaie de créer son rôle, d’esquisser son destin. Par la voie de l’émancipation, elle cherche à construire sa vie. La culture -Shakespeare et la musique- va l’accompagner dans ce processus. Grâce à la culture, Candice parvient à s’ériger contre la politique thatchérienne. Même des siècles plus tard, Shakespeare continue de proposer des pistes de réflexion. C’est là toute la force de la culture qui est là avant nous, après nous.
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La culture : un rempart
Thomas B. Reverdy dénonce, dans son roman, l’ultra-libéralisme sauvage. (©Photo : David Ignaszewski/Koboy-Flammarion.)
Votre livre est constitué d’une véritable bande-son. Chaque chapitre porte le titre d’une chanson. C’est aussi une forme de combat, la musique ?
Candice monte le son : la musique représente la pop culture et est au-dessus de tout. Grâce à la culture, les artistes se hissent et forcent le respect des puissants : ils s’élèvent au-dessus de la working class. Je pense à des gens comme McCartney. La culture a une vraie prise sur les puissants. Ce n’est pas seulement un rempart : c’est un vrai art, qui donne l’énergie pour se battre.
Peut-on considérer L’hiver du mécontentement comme le pendant de votre livre, Il était une ville ?
J’ai toujours écrit des histoires de gens normaux, dont la vie, à un moment, en raison de l’histoire, bascule. Mes romans permettent d’observer comment l’humanité résiste à ces mouvements historiques et aux catastrophes annoncées. Dans Il était une ville, j’évoquais la faillite de Detroit. C’est le même genre d’histoire que L’hiver du mécontentement : je suis des gens normaux qui essaient de se débattre. Je choisis de ne pas décrire des personnes broyées par le système, mais qui se battent pour faire leur place.
Vous décrivez, dans vos romans, les ruines de la civilisation contemporaine, du capitalisme. Pensez-vous que le contexte actuel (la montée du populisme, le Brexit…) renforce le rôle de l’écrivain dans la société ?
À une période où la culture se joue plus au Stade de France qu’à l’Opéra de Paris et que règnent la bêtise et l’inculture, il me paraît capital d’écrire, de dire pour lutter contre les maux de la société. Nous avons un vrai rôle à jouer pour remuer les puissants et faire entendre une autre parole.
Infos pratiques :
Jeudi 22 novembre 2018, à 18h, à La Galerne, 148 rue Victor-Hugo, au Havre.
Entrée libre.
L’hiver du mécontentement de Thomas B. Reverdy, Flammarion. Prix : 18 euros.