
Du 18 au 21 janvier 2018, Le Havre (Seine-Maritime) accueillait le festival Le Goût des autres. La 7e édition de la manifestation mettait les littératures new-yorkaises à l’honneur. Paul Auster et Siri Hustvedt étaient les invités d’honneur de cet événement littéraire qui a attiré plus de 13 000 visiteurs.
Créations, masterclasses, lectures musicales, after party avec Christophe et Enki Bilal aux Bains des Docks étaient au programme. Quatre jours de festivités pour un montant de 400 000 euros. Présenté comme un « rendez-vous populaire pour des spectateurs de tous les milieux », le festival a-t-il trouvé son public ?
Paul Auster fait le plein
Parmi les habitués du festival, le public a pu retrouver les écrivains havrais Christophe Ono-dit-Biot et Maylis de Kerangal, qui confirment par leur présence leur attachement à ce festival qui se veut intimiste et proche du public. Misant sur la proximité, l’événement a opté pour des petites jauges ne permettant pas d’accueillir l’ensemble des visiteurs qui se sont massés en nombre, samedi 20 janvier, au Magic Mirrors, pour écouter Paul Auster, dans le cadre d’une masterclasse animée par le journaliste de France Culture, Arnaud Delaporte.
Le public présent, mais resté dehors, est invité à écouter l’émission sur France Culture cet été.
#Masterclasses de #PaulAuster #LGDA18 @LH_LeHavre : 800 personnes dans la salle, 200 dehors qui n’ont pu entrer. Mais tout le monde pourra l’écouter cet été sur @franceculture !@SandrineTreiner @ActesSud @EPhilippePM pic.twitter.com/J5ghx5Thc2
— Arnaud Laporte (@Arnaud_Laporte) January 21, 2018
Une affiche prestigieuse
Carton plein pour l’affiche concoctée par l’équipe du festival, avec Paul Auster et Siri Hustvedt, deux auteurs qu’Édouard Philippe, alors maire du Havre, était allé courtiser jusqu’à New York. Aujourd’hui, Premier ministre, il ne cache pas sa fascination pour Paul Auster et s’est même offert un passage au festival, son « bébé », inscrit dans le vaste plan lecture de la Ville.
Toujours aussi impressionné devant ce grand écrivain ! Merci à Paul Auster de sa présence au festival littéraire le Goût des Autres au Havre. #LGDA2018 pic.twitter.com/r4CKkbU71f
— Edouard Philippe (@EPhilippePM) January 20, 2018
Un beau succès pour l’ancien maire qui a fait de sa politique culturelle une vraie arme politique, comme il le rappelait dans le documentaire de Laurent Cibien, Édouard, mon pote de droite :
Le festival Le Goût des autres, je me suis fait sérieusement emmerder au moment où on l’a pensé, y compris par des élus proches de moi qui me disaient : c’est un truc de gauchistes, ça va pas marcher, c’est totalement cérébral. OK. On l’a fait exactement pour ça. D’abord parce que c’est bien. Ensuite parce que ça permet de les siphonner.
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« Un festival d’intellectuels »
Si le festival a trouvé son public, certains s’interrogent sur la dimension populaire de la manifestation :
Pour moi, ce n’est pas un festival populaire. C’est un festival d’intellectuels auquel j’assiste avec plaisir, mais on ne peut pas dire que ça touche le plus grand nombre. Ce n’est pas populaire comme des événements comme la Jacques-Vabre ou les géants, commente une adepte du festival.
Le Goût des autres n’est-il pas du goût de tous ? « C’est plutôt réservé à un certain type de public, à mon avis. Je ne crois pas que ça mise sur la diversité et que ça ouvre à la lecture. C’est déjà destiné à un public acquis. »
La gratuité du festival (à l’exception de l’after avec Christophe et Enki Bilal, 15 euros, et du brunch Transatlantique, à 30 euros) suffit-elle à capter de nouveaux publics ? La manifestation touche-t-elle le plus grand nombre ? Seule une étude précise des publics pourrait répondre à ces questions.
Et le jeune public ?
Si le festival met en place des partenariats avec des collèges et lycées (ce fut le cas pour le lycée Porte Océane associé à la création du spectacle sur le journal imaginaire de Lou Reed), le jeune public est moins présent dans le dispositif : « C’est difficile de faire travailler des jeunes enfants sur cette programmation. Pour ma part, je travaille plus facilement sur les expositions du Muséum ou des événements comme la Transat », commente une institutrice qui, à titre personnel, « apprécie le festival et ses propositions ».
Certains parents, quant à eux, regrettent que la programmation jeune public ne soit pas plus étoffée :
J’ai emmené ma fille de six ans voir « Little Man » et je trouve que le spectacle n’est pas très adapté à un tout jeune public. C’est chouette d’assister à un concert dessiné et plaisant de voir comment ce travail se construit, mais j’ai trouvé l’univers très sombre et un peu complexe pour les petits, commente une maman. « La sieste électro-acoustique proposée le dimanche aurait peut-être été plus adaptée. »
Un festival victime de son succès ?
Populaire ou pas ? Le débat est lancé. Pour cette édition « de la maturité », une chose est sûre : le public a été au rendez-vous et l’événement, grâce à un partenariat avec France Culture, a rayonné au-delà des frontières normandes. À l’heure du bilan se pose une nouvelle question : le festival parviendra-t-il à se développer tout en conservant la proximité voulue entre auteurs et spectateurs ? La dimension intime est-elle compatible avec le succès ?