Aller au contenu

Attentat de Charlie. La veuve de Franck Brinsolaro a toujours des interrogations

Ingrid Brinsolaro, veuve du policier Franck Brinsolaro, tué dans l’attentat contre Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, fait le point, deux ans après le drame. Interview.

Ingrid Brinsolaro, la veuve de Franck Brinsolaro, le policier tué lors de l'attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, constate des contradictions dans les procès-verbaux. (Photo archives © L'Éveil normand)
Ingrid Brinsolaro, la veuve de Franck Brinsolaro, le policier tué lors de l'attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, constate des contradictions dans les procès-verbaux. (Photo archives © L'Éveil normand)

Ingrid Brinsolaro, rédactrice en chef de L’Éveil normand, femme du policier Franck Brinsolaro, tué lors de l’attentat de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, fait le point, deux ans après le drame, et un an après le dépôt d’une plainte pour « homicide involontaire aggravé ».

Dans l’interview publiée par L’Éveil normand, elle explique la situation, et fait part de ses interrogations.

Deux ans après le drame, comment allez-vous, vos enfants et vous ?

C’est toujours difficile. On en est au même point. Le travail de deuil sera compliqué, sera long, je le sais. Il l’est déjà. Les enfants essayent d’avoir leur quotidien, ils vont bien.

J’étais présente jeudi 5 janvier 2016 à la commémoration officielle à Paris. À titre privé, je retourne à Paris avec les enfants, le samedi 7 janvier.

Il y a un an, vous déposiez plainte pour « homicide involontaire aggravé ». Vous souhaitiez ainsi, disiez-vous alors, « savoir pourquoi mon mari n’a pas eu les moyens de faire son travail ». Où en est cette plainte aujourd’hui ?

Ça avance tout doucement. Ma plainte n’a pas été écartée, ils travaillent dessus, c’est un bon signe. On a eu les premiers retours, les premières auditions. Plusieurs personnes ont été auditionnées par la police des polices.

Quelques contradictions apparaissent à mon sens dans ces auditions. Il y a encore des interrogations, encore des mises en perspective à faire, notamment des éclaircissements sur plusieurs événements. Par exemple, quelque temps avant les attentats, une balle avait été envoyée à Stéphane Charbonnier [plus connu sous le nom de Charb, il était le directeur de publication de Charlie Hebdo. Franck Brinsolaro assurait sa protection. Tous deux sont morts assassinés le 7 janvier 2015 par les frères Kouachi, tout comme neuf autres personnes, N.D.L.R.], un rapport avait été fait, qui n’a pas été transmis à l’UCLAT [Unité de coordination de la lutte antiterroriste, N.D.L.R.].

Il y avait aussi eu une alerte à la voiture piégée près de Charlie Hebdo, ça n’est pas remonté à l’UCLAT non plus. On souhaite savoir pourquoi ces éléments n’ont pas été transmis d’un service à l’autre. On attend encore plusieurs éléments de réponse. Ce qui ressort de ces auditions, ce sont de belles contradictions, qui demandent plus d’investigations. C’est ce qu’on a demandé.

Il y a six mois, lorsque le rapport d’enquête parlementaire sur les attentats de janvier et novembre 2015 avait été dévoilé, votre avocat nous avait confié votre souhait de vous porter partie civile, pour permettre d’avoir accès à certains documents. L’avez-vous fait ?

Je ne l’ai pas encore fait mais c’est dans les tuyaux. On attend encore un peu mais c’est imminent.

Vos rapports avec les autorités ont-ils évolué avec les récents changements au gouvernement ?

[Bernard Cazeneuve est devenu Premier ministre et Bruno Le Roux l’a remplacé au ministère de l’Intérieur, N.D.L.R.] Ça n’a pas changé. J’attends toujours des excuses très officielles de la part du ministère de l’Intérieur et du ministère des Affaires étrangères concernant les inaugurations auxquelles nous avons été écartées, ma fille et moi [l’inauguration d’une salle au ministère des Affaires étrangères, en octobre 2015, d’une école Franck Brinsolaro dans l’Aveyron, en mai 2016, et d’une place au nom du policier, à Marseille, le 3 novembre dernier, N.D.L.R.].

Je suis en lien avec une personne à l’Élysée. J’ai formulé par écrit mon indignation quant au traitement réservé à la veuve et à l’orpheline d’une personne morte en service commandé. J’attends une réponse de l’Élysée mais je ne demande pas de contrepartie.

Propos recueillis par Florent Lemaire