Un boulanger de 31 ans commandite l’attaque à la voiture-bélier de sa propre boulangerie. Lundi 23 janvier 2016, trois personnes, soupçonnées d’avoir participé à l’attaque et à l’incendie de deux boulangeries havraises ont été jugées et condamnées à des peines de prison ferme. Parmi elles, le boulanger lui-même, commanditaire présumé des deux attaques.
L’affaire remonte à 2014, au 3 avril très précisément. Ce jour-là, les secours étaient appelés pour un incendie dans une boulangerie, située avenue Longchamp, au Havre (Seine-Maritime). Rapidement la piste criminelle était privilégiée par les enquêteurs puisqu’une Renault Megane avait été propulsée, en marche arrière, dans la devanture du magasin.
Des traces d’accélérateur, vraisemblablement de l’essence, étaient alors relevées sur la voiture. Le feu s’était étendu au commerce, avant de se propager à l’appartement du boulanger et du pavillon voisin.
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Avec une voiture volée moins d’une heure avant
Lors de leurs investigations, les enquêteurs avaient entendu deux frères, finalement mis hors de cause dans l’incendie, qui s’était déclaré en l’absence des propriétaires, indique une source judiciaire, à Normandie actu. Les enquêteurs avaient pu déterminer que la voiture utilisée avait été dérobée quelques heures avant, à moins d’un kilomètre de la boulangerie.
Les investigations se poursuivaient alors quand, le 24 novembre 2014, une autre boulangerie, rue Aristide Briand prenait feu à son tour. Là encore, le caractère criminel des faits ne faisait aucun doute, puisque des chiffons brûlés avaient été retrouvés devant l’entrée du commerce.
Une nouvelle enquête commençait et une avancée importante était réalisée, quand un témoin essentiel se faisait connaître en mai 2015…
Début d’incendie devant une boulangerie, au Havre
Un début d’incendie s’est déclaré, lundi 24 novembre 2014, devant une boulangerie du Havre, vers 21h30. C’est l’artisan qui a aperçu le feu et qui l’a maîtrisé lui-même avec un extincteur. La vitrine du magasin a été noircie par les flammes et le store endommagé. À l’époque, un homme avait été aperçu s’enfuyant des lieux. La police, alertée, avait alors effectué des recherches dans le secteur mais n’avait pas retrouvé la trace d’un incendiaire. Le quart judiciaire a été chargé de poursuivre l’enquête.
Ouverture d’une information judiciaire le 5 mai 2016
Avec le témoignage essentiel de cette personne, de forts soupçons se sont portés sur l’un des frères entendus lors de l’incendie d’avril 2014 et le 5 mai 2016, une information judiciaire était ouverte, soulignent les enquêteurs.
Il faudra toutefois attendre le 28 juin 2016 pour que les deux frères soient finalement placés en garde à vue. L’un des deux, âgé de 24 ans, reconnaîtra, au cours de son audition, avoir participé aux deux incendies.
Il indiquera par ailleurs avoir agi avec un complice, (dont il refusera toutefois de livrer le nom)… pour le compte d’un commanditaire, qui n’était autre que le propriétaire de la première boulangerie incendiée, également mis en cause dans le sinistre de la deuxième boulangerie.
Le boulanger aurait lui-même commandité l’incendie
« Le commerçant aurait commandité cet acte, car il rencontrait des difficultés financières, indiquent les enquêteurs. En échange, l’incendiaire s’était fait remettre une somme de 500 euros. Il a affirmé que la voiture volée était déjà positionnée sur place, quand il est arrivé avec son complice, en scooter. »
Mais ce n’est pas tout. « Le boulanger aurait également commandité le deuxième incendie : cette fois, l’affaire avait été conclue pour un montant de 100 euros », précisent les enquêteurs, qui avaient toutefois interpellé et placé en garde à vue un deuxième homme, soupçonné d’être le complice recherché, le frère du suspect ayant été mis hors de cause.
Prison ferme pour les deux complices
Le principal mis en cause, un jeune homme de 24 ans, a été déféré le 30 juin 2016 et placé en détention provisoire en attente de son jugement, qui s’est déroulé le 23 janvier 2017. Il a écopé de quatre ans de prison et d’une mise à l’épreuve de deux ans.
Le deuxième mis en cause, âgé de 27 ans, a été présenté à un juge d’instruction, le 6 juillet 2016. Il a été mis en examen et placé en détention provisoire, avant son jugement, intervenu également le 23 janvier : il été condamné à trois ans de prison, dont un avec sursis et deux ans de mise à l’épreuve.
Le commanditaire reconnaît les faits
Quant au commanditaire, le boulanger âgé de 31 ans, est finalement passé aux aveux après avoir longtemps nié toute implication.
Déféré le 8 juillet 2016, il avait été placé en détention provisoire à la maison d’arrêt de Rouen, avant son jugement du 23 janvier : il a écopé de quatre ans de prison, dont un avec sursis et deux ans de mise à l’épreuve.