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Automobile. Pourquoi plusieurs concessionnaires du Mont-Riboudet veulent quitter Rouen

Une vingtaine de concessionnaires s’entassent sur le boulevard du Mont-Riboudet de Rouen. Neuf marques veulent partir, pour créer un village de l’automobile hors de la métropole.

Toyota fait partie des marques qui souhaitent quitter le Mont-Riboudet pour s'installer à La Vaupalière, en 2020.

Toyota fait partie des marques qui souhaitent quitter le Mont-Riboudet pour s’installer à La Vaupalière, en 2020. (©RT/76actu)

INFORMATION 76ACTU. Plusieurs concessionnaires de Rouen (Seine-Maritime) veulent quitter le Mont-Riboudet, quartier historique de l’automobile à Rouen. Ils pestent contre le manque de place et la densification à venir avec l’arrivée de nouveaux habitants dans le quartier Luciline. Un projet, dont un grand pas sera franchi durant l’été 2018, prévoit la création d’un village de l’automobile, à quelques kilomètres de là, sur la commune de La Vaupalière. Un terrain de près de 30 hectares leur tend les bras.

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Les concessionnaires à l’étroit

Tout commence en 2015. Les concessionnaires entament des discussions avec la Ville. « Nous avons fait part de nos difficultés de stationnement, de nos problèmes d’extension et de la non-conformité de nos installations par rapport au cahier des charges des marques, en termes d’accueil des clients, notamment », rapporte Claude Met, président du groupe Mercedes/Smart et président de l’association des concessionnaires du Mont-Riboudet.

Aux yeux de certains professionnels, le quartier ne convient plus. « Les clients se plaignent. Nous sommes verbalisés parce que nous sommes mal stationnés. Je dois rembourser les PV des clients. Les salariés veulent partir. C’est l’enfer ! », peste un concessionnaire désireux de rester anonyme.

Les travaux de renouvellement d’une ligne très haute tension sur ce boulevard depuis le début de l’année 2018, ne sont pas pour arranger les choses.

Dès le début, l’idée a été de créer, avec quelques marques, un village de l’automobile. En avril 2017, un premier rendez-vous est pris avec la Métropole Rouen Normandie* pour réfléchir à une implantation sur la plaine de la Ronce à Isneauville, à côté de Leroy-Merlin. Le couperet est tombé fin novembre 2017. « Le président Frédéric Sanchez nous a dit que ce n’était pas possible. Des propositions nous ont été faites, mais elles n’étaient pas acceptables », se souvient le patron de Mercedes. Le projet d’investir sur un terrain de 10 hectares à Isneauville a donc avorté.

Les concessionnaires ont très vite braqué les projecteurs sur La Vaupalière, en bordure de l’autoroute A150. Un secteur situé hors des frontières de la Métropole Rouen Normandie, qu’à déjà choisi Porsche. Le divorce avec la Métropole et la Ville de Rouen semble consommé.

Nous ne comprenons pas ce manque d’intérêt pour la création d’un village automobile, regrette Claude Met.

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« On n’impose à personne de partir ou rester »

Dans ce dossier, la Ville se veut « accompagnatrice », selon les mots de l’adjointe chargée de l’urbanisme, Christine Rambaud :

On n’impose à personne de partir ou rester. Il y a la volonté pour quelques-uns de partir, c’est de leur responsabilité.

L’élue rappelle simplement que « la conception même de la zone d’activité Luciline [écoquartier de 1 000 habitants cher à la municipalité qui borde le boulevard du Mont-Riboudet, ndlr] a été faite avec l’idée de conserver et intégrer les concessionnaires. » Les intégrer comment ? En rez-de-chaussée avec des logements ou bureaux au-dessus.

La volonté de la municipalité est « d’avoir une ville avec une mixité sociale et fonctionnelle dans un cadre environnemental agréable ». « Avoir les concessionnaires, cela crée de l’animation, de la diversité économique », estime Christine Rambaud. Selon l’adjointe au maire, construire un village automobile serait « contraire aux orientations de la Métropole qui visent à limiter l’emprise foncière ».

« Intégrer des garages automobiles en rez-de-chaussée d’immeubles d’habitations est une hérésie. Personne ne fait ça, sauf à Paris, mais ils en reviennent », s’étrangle de son côté le président de l’association des concessionnaires.

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« J’ai fait le choix de rester »

Ceux qui veulent partir ne représentent pas la moitié du marché. En plus de Mercedes, cela concerne Mazda, Toyota, Lexus, Nissan, Range-Rover, Jaguar, Hyundai et Mitsubishi. Soit seulement 20 % des volumes de ventes. « Pour le moment, mais nous savons que d’autres suivront », affirme Claude Met.

« Le jour où les concurrents partent, je regarderai attentivement où ils vont », confie Charles Guez, patron des concessions Ford, Opel, Infinity et Volvo. Le président du groupe Guez à été le premier à s’inscrire dans l’écoquartier Luciline. Pour le moment, il a fait « le choix de rester ». « J’essaie d’être acteur du nouveau Mont-Riboudet. L’histoire me dira si j’ai bien fait. »

Toutefois, l’homme reconnaît les inconvénients relatifs à son emplacement :

Travailler sur le Mont-Riboudet est très compliqué. Mes salariés ont de plus en plus de mal à se garer. Le lundi matin, lorsqu’il y a les livraisons de voitures, le quartier est bouché.

Sa stratégie est simple : coller au plus près les trois plus gros vendeurs qui représentent près de 50 % du marché : Renault, Citroën et Peugeot. « Tant que les majors restent, j’ai intérêt à rester pour récupérer les miettes », schématise Charles Guez.

Pour nouvelle pour lui, l’un des poids lourd du boulevard, Renault-Dacia (20 % des ventes à lui seul), a bien l’intention de rester. « Le commerce automobile se situe ici. On pourra envisager un grossissement et un redéploiement ailleurs, mais on ne partira pas, même si le quartier est compliqué », assure Laurent Le Roux, directeur de plaque Renault retail group Normandie.

De son côté, le directeur commercial Normandie du groupe Toys motors (Toyota, Lexus) ne veut plus attendre. « Avec l’apparition de Luciline, la Ville construit des logements tout autour, mais elle va multiplier la population du quartier par 10, 30, 40… », s’inquiète Thomas Miloux. En plus des soucis de stationnement, le directeur pointe du doigt le prix au m2 : « Le foncier n’est pas donné, c’est un truc de fou. » « 1 000 euros ! C’est de la folie », dénonce un de ses concurrents, qui préfère rester anonyme.

Un village auto pour 2020 ?

Pour Thomas Miloux, il y a « urgence » à quitter les lieux : « Nous avons des objectifs importants et une pression de la part des constructeurs, mais il faut des outils adaptés pour les réaliser ! »

Tout s’accélère juste avant l’été. Une première réunion est prévue entre les marques désireuses de migrer et la communauté de communes Inter-Caux-Vexin*, dont dépend La Vaupalière, le 29 juin 2018. « Nous sommes près à investir 60 millions d’euros dans un village auto. Si en 2020 nous sommes là-bas, ça sera très bien », pousse Claude Met qui croit comprendre que du côté de la communauté de communes voisine de la Métropole Rouen Normandie, « l’accueil est bon ».

Avec ce projet, Claude Met estime que 50 % du marché actuel au Mont-Riboudet pourrait se délocaliser sur le plateau ouest.

Pour Charles Guez (Opel, Ford, Volvo), la vocation du Mont-Riboudet d’accueillir des professionnels demeurera bien : « Je fais le pari qu’il y aura encore des concessionnaires dans 15 ans… Peut-être pas tous, mais il y en aura. »

* La Métropole Rouen Normandie et la communauté de communes Inter-Caux-Vexin n’ont pas souhaité répondre à nos questions.