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Centres médico-psychologiques : un système « en souffrance » dénoncé par des médecins de Seine-Maritime

Dans les centres médico-psychologiques (CMP), lieux d’accueil pour les personnes en souffrance, les conditions de travail se dégradent. En Seine-Maritime, des médecins dénoncent.

Dans les centres médico-psychologiques (CMP), le personnel soignant et médical a de plus en plus de mal a faire son travail.

Dans les centres médico-psychologiques (CMP), le personnel soignant et médical a de plus en plus de mal a faire son travail. (©Illustration : AdobeStock)

Pivots entre la médecine générale et les hôpitaux psychiatriques, les centres médico-psychologiques (CMP) sont essentiels pour les enfants et les adultes souffrant de troubles psychiques. Là, des équipes médicales et soignantes accueillent, écoutent, soignent et orientent les patients en fonction de leurs pathologies, le tout gratuitement : service public oblige. 

Problème : en Normandie, « entre 2013 et 2016, le nombre de ces structures a baissé d’un tiers, passant de 346 à 224 », selon les chiffres de l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (IRDES), repris par le journal Le Monde. Une diminution des centres qui s’accompagne d’une dégradation des conditions de travail d’un personnel désemparé.

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« Si vous avez de l’argent, vous pourrez aider votre enfant »

« La médecine à deux vitesses a déjà commencé, mais elle me saute à la gorge aujourd’hui. » Pédopsychiatre au sein d’un CMP géré par le Groupe hospitalier du Havre (Seine-Maritime), Marie* a « failli » craquer devant un jeune patient et sa maman. « J’ai une liste d’attente d’environ deux ans : quand je reçois un enfant de trois ans, je dois dire aux parents qu’il sera pris en charge à cinq ans », pose-t-elle. Et de poursuivre : 

Hier, j’ai reçu une maman à qui j’ai expliqué ce qu’il fallait qu’elle fasse pour son fils, pour lequel je venais de diagnostiquer un autisme. La renvoyant vers le libéral, elle m’a demandé le prix d’une consultation. Je l’ai vu calculer dans sa tête, avant de me dire qu’elle ne pourrait payer qu’un mois de consultations, alors que son fils aurait besoin d’être suivi pendant au moins deux ans. 

« Je n’arrivais pas à lui dire ‘si vous avez de l’argent, vous pourrez aider votre enfant’ », confie Marie, la voix brisée. « J’ai pris cette situation de plein fouet dans la figure. Je voudrais juste faire mon travail, mais nous ne sommes pas en nombre suffisant ». Le soir, elle a eu besoin d’écrire son impuissance. Dans une lettre sans réel destinataire, elle n’a pas mâché ses mots :

Vision à court terme, management entrepreneurial, réductions des effectifs soignants, absence de moyens matériels, formations inadaptées aux besoins de la population sont désormais notre quotidien. Je n’ai pas fait dix ans d’études pour me trouver dans une impasse et y mettre mes patients.

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Les CMP prônaient la proximité, ils « s’éloignent des populations »

Basile Gonzales, pédopsychiatre responsable des CMP de Saint-Étienne-du-Rouvray et de Grand-Couronne, dans la banlieue de Rouen (Seine-Maritime), dénonce lui aussi un système « en souffrance ».

« Que nous soyons médecin ou soignant, nous arrivons à tenir, nous faisons le maximum pour nos patients, mais nous pourrions faire mieux s’il y avait plus de moyens. » Et de pointer notamment la hausse « des structures dans lesquelles il n’y a plus de médecin » et qui doivent alors fermer. 

On nous parle beaucoup de lien social, d’intégration, mais on ferme les CMP dont l’idée de base était de proposer des soins psychiatriques de proximité, pour éviter la stigmatisation des personnes malades. Là, à cause du manque de moyens, les centres de soins s’éloignent des populations.

« Sauf que quand un parent doit prendre le bus avec son enfant de trois ans hyperactif pour se rendre en CMP, ça peut vite être compliqué », poursuit Basile Gonzales. Si le patient dont le centre médico-psychologique a fermé n’abandonne pas et fait la démarche de se rendre dans un autre CMP, il risque alors d’être confronté à un personnel qu’il ne connaît pas et qui ne le connaît pas.

Nous connaissons mieux les familles lorsque nous sommes implantés dans leur secteur. C’est aussi plus facile pour identifier les secteurs moins favorisés ou organiser des réunions avec l’école, la mairie, l’assistante sociale, puisqu’en pédopsychiatrie, nous travaillons beaucoup avec ces partenaires.

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« J’aime travailler avec des patients que je connais »

Plutôt que d’être fermées, certaines structures « sans médecin » sont rattachées à un autre centre : une seule équipe travaille alors sur deux établissements. « C’est le cas du CMP de Grand-Couronne, devenu une antenne de celui du Rouvray », note Basile Gonzales. 

Une « fusion » des moyens humains qui « inquiète » également car, « même si cela permet de continuer à apporter une réponse aux patients, l’absence d’un médecin référent crée des difficultés de fonctionnement ». 

Psychiatre dans le public, notamment en CMP, Gilles Barthe a choisi de ne plus transiger : il va s’installer à son compte en novembre 2018, dans le centre-ville de Rouen. « Le projet s’est précipité depuis un an et demi, au vue de la manière dont mon activité évolue, du manque de moyen humain qui altère le temps et la qualité d’accompagnement des patients ». Et de se faire plus précis :

On nous dit qu’il faut mutualiser les moyens, ce qui signifie fermer ou regrouper des CMP, alors que l’objectif est la proximité, le développement de partenariats avec les structures du secteur. Personnellement, j’aime travailler avec une équipe et des patients que je connais. Je suis attaché à ce mode de fonctionnement qui s’appuie sur le lien pour développer une confiance.

En ouvrant son cabinet, le médecin espère ainsi retrouver ce temps médical, ces relations humaines que le service public ne lui offre plus.

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*Le prénom a été modifié.