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Dans la peau d’un obèse, les soignants du CHU se confrontent au regard des gens à Rouen

Jeudi 4 octobre 2018, des soignantes du CHU de Rouen se sont glissées dans la peau d’une personne obèse et se sont confrontées au regard des gens. Une expérience édifiante.

Jeudi 4 octobre 2018, des soignantes du CHU de Rouen (Seine-Maritime) ont testé une tenue simulant l'obésité. Objectif, se confronter au regard des autres pour mieux appréhender les patients obèses.

Jeudi 4 octobre 2018, des soignantes du CHU de Rouen (Seine-Maritime) ont testé une tenue simulant l’obésité. Objectif, se confronter au regard des autres pour mieux appréhender les patients obèses. (©JB/76actu)

Changer leur regard sur l’obésité. Tel était l’objectif de la formation suivie, jeudi 4 octobre 2018, par des soignantes du CHU de Rouen (Seine-Maritime). Point d’orgue de ce cours de sensibilisation, certaines ont endossé une tenue leur donnant la corpulence d’une personne de 200kg pour mieux appréhender les difficultés des personnes obèses. Et se confronter au regard des gens.

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Une tenue de 17kg

Premier défi une fois enfilée la tenue, qui leste les soignantes de 17kg supplémentaires, s’habiller. « Je ne vois pas mes pieds », remarque Jessica. Et sa corpulence nouvelle ne lui facilite pas la tâche pour mettre ses chaussures. Debout, assise, elle ne sait trop comment s’y prendre.

Une fois habillées, les participantes ont dû relever des challenges : monter et descendre un escalier, aller aux toilettes, monter dans une voiture…

L’escalier est une épreuve pour Christelle. « C’est impressionnant, on est vite essoufflée », s’étonne l’aide-soignante.

On doit presque marcher en canard pour monter les marches. On ne se rend pas compte de la difficulté.

« Marcher devient très compliqué »

Et pour cause, comme le souligne Vanessa Folope, endocrinologue et nutritionniste qui dispense la formation, « lorsqu’on est en surpoids, le centre de gravité change ». Cela affecte la façon de se déplacer mais provoque aussi des douleurs au dos des élèves du cours. « Marcher c’est très compliqué, c’est vraiment du sport. Ça fait cinq minutes et je suis déjà fatiguée », constate Christelle. 

La tenue ne pèse "que" 17kg mais simule la corpulence d'une personne qui en pèse 200.

La tenue ne pèse « que » 17kg mais simule la corpulence d’une personne qui en pèse 200. (©JB/76actu)

Jennifer s’est essayée à monter dans une voiture, une petite Fiat 500. « C’est bon, je rentre », s’exclame-t-elle, victorieuse avant de se rendre compte qu’elle ne peut pas attacher sa ceinture, tourner le volant ou passer les vitesses. Vient la prise de conscience :

En fait, quand on est obèse, si on n’a pas de véhicule adapté, on ne peut pas conduire et on perd complètement en autonomie. C’est quelque chose qui peut vraiment isoler ces personnes qui se sentent déjà exclues.

Confrontées au regard des autres

Un sentiment d’exclusion que les participantes vont constater dans la rue. Déjà aux abords du CHU, Jessica remarque : « Les gens ne me regardent pas dans les yeux, mais toutes les têtes se tournent dans ma direction ». Elle ajoute :

Au quotidien, ça doit être horrible. Je comprends pourquoi certaines personnes obèses ne sortent plus.

Dans le Teor, Laeticia, elle aussi aide-soignante, peine à trouver une place. Elle culpabilise presque. « Je suis obligée de prendre une des places pour handicapé. Et heureusement, il n’y a pas beaucoup de monde à cette heure-ci ».

Une fois arrivée rue du Gros Horloge, elle doit relever un défi, aller acheter des chouquettes dans une boulangerie. Lorsqu’elle marche dans la rue ou qu’elle attend devant la vitrine de la boulangerie, les regards se font tantôt curieux, tantôt insistants. « C’est horrible », glisse une jeune fille à son ami après être passée à côté de Laeticia. Cette dernière l’a bien senti, « les regards sont pesants. Très vite, je me suis focalisée sur la vitrine pour ne pas les subir. J’ai essayé de faire au plus vite à la boulangerie pour que ça s’arrête ».

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« Ça fait 20 minutes et j’en ai marre »

La promenade se poursuit, et Laeticia, face aux curieux qui la dévisagent, décide de répondre à leurs regards par des plaisanteries. « Spontanément, j’ai pris l’humour comme carapace pour mettre en avant autre chose que mon ‘poids’. C’est une façon de détourner l’attention », analyse-t-elle, face aux personnes qui sont « méchantes ».

Ça fait 20 minutes et j’en ai marre, alors j’imagine pendant 20 ans. Ça doit être horrible…

L’expérience est donc concluante pour Laeticia. « Je ne pense pas avoir ce genre de regard ou de jugement face aux patients, mais maintenant, je serai plus vigilante », retire-t-elle.

Rue du Gros Horloge, les regards se tournent et persistent sur Laeticia.

Rue du Gros Horloge, les regards se tournent et persistent sur Laeticia. (©JB/76actu)

« Ça nous aide à être de meilleurs soignants »

Une autre participante sort grandie de cette formation. « Ça nous remet en question, on révise les préjugés qu’on peut avoir et on fait attention aux mots qui peuvent blesser. » Et de conclure :

Ça va nous aider à être de meilleurs soignants.

Vanessa Folope, qui dispense la formation, note que « la grossophobie est partout, y compris parfois chez des soignants, quand bien même ils sont empathiques par nature ». Il est donc « important d’apprendre à gérer son comportement » pour ne pas heurter des patients déjà fragiles.

Depuis 2014, environ 200 soignants, essentiellement du CHU de Rouen, ont suivi ce stage de sensibilisation à l’obésité. Un apprentissage d’autant plus utile en Normandie, une des régions de France les plus touchées par l’obésité.

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