Moussa, 16 ans, attend son évaluation de minorité prévue le 21 novembre 2018. Alors qu’il devrait être mis à l’abri par le Département, ce jeune guinéen dort dans les rues de Rouen (Seine-Maritime). (©RT/76actu)
Moussa erre de squats en ponts dans les rues de Rouen. À seulement 16 ans, la « survie » de ce jeune guinéen dépend de la bonne volonté de militants associatifs, alors que cette mission de protection incombe au Département de Seine-Maritime, qui s’avoue dépassé. Moussa est le visage de ces adolescents qui affluent dans la capitale normande, comme partout ailleurs.
« Mon quotidien est très dur »
L’émigration des étrangers mineurs, appelés « mineurs isolés non-accompagnés », est conséquente. « Une dizaine par jour », assure Nathalie Lecordier, vice-présidente du Département en charge de l’enfance et de la famille. « Une bonne trentaine par semaine », ajuste Florence Capron, porte-parole du collectif la Garenne qui lutte pour la protection des migrants.
Au-delà des chiffres, ce qui est sûr, c’est que le Département, qui légalement est responsable de ces mineurs, ne peut plus faire face. L’institution est dépassée. « Je ne peux pas inventer des places d’hébergement. Avec toute l’empathie du monde, il y a un constat d’impuissance », reconnaissait l’élue.
Moussa est dans l’attente son évaluation de minorité prévue le 21 novembre 2018. En attendant, « [s]on quotidien est très dur » :
Je dors dehors la plupart du temps. Je sais qu’ils doivent me prendre en charge, mais je n’ai pas le choix. Je suis très mal.
Les passeurs, la mort de son cousin, la prison…
Le jeune homme a fui la misère de son pays. Après avoir quitté ses parents, qui ne pouvaient plus subvenir à ses besoins, il a trouvé refuge chez sa tante. « Elle m’a, en quelque sorte, mis en esclavage. C’était très dur. Je suis parti. » Moussa ne voudra pas en dire davantage.
Avec son cousin, il quitte son pays natal en 2017. Il n’est plus très sûr du mois de son départ. « C’était au moment de la saison pluvieuse », se souvient-il. Les deux jeunes hommes traversent le Mali, puis le Niger. « On a cherché des passeurs. Ils nous ont mis dans des camions pour passer en Libye. » Moussa, n’a pas d’argent sur lui. Son cousin lui a payé cette traversée de tous les dangers.
L’attente à Tripoli a duré près d’un mois. Moussa enchaîne les petits boulots. « J’ai été peintre pour la première fois », sourit l’ado. Fin juillet 2017, une opportunité se crée. Les deux hommes naviguent dans deux embarcations différentes. Son cousin n’a pas survécu à l’avarie. Lui, a été fait prisonnier par les gardes de cotes. « Des passeurs ont payé les gardiens de prison pour nous reprendre. J’ai retenté ma chance et je suis arrivé en Italie. »
Après un passage par Paris, Moussa a tenté sa chance au Havre. « Les associations m’ont dit qu’il n’y avait plus de place ici et de me rendre à Rouen. » Sur son quotidien, Moussa ne veut pas s’étendre, mais lâche simplement : « Je ne croyais pas survivre jusque-là. »
Le Département condamné
Une trentaine de mineurs étrangers #migrants affluent à #Rouen chaque semaine. Le Département @seinemaritime reconnaît ne pas pouvoir tous les mettre à l'abri. Ici, devant le siège du Département, à l'instant. Ces mineurs demandent protection et l'application du droit pic.twitter.com/sPGGAjzrRK
— Raphaël Tual (@raphtual) November 6, 2018
Mercredi 31 octobre et le 5 octobre, la justice a reconnu comme mineurs sept adolescents recalés lors de leur examen de minorité effectué par le Comité d’action et de promotion sociale (Caps) de Rouen. La collectivité a été condamnée à payer 600 euros par jour et par jeune. « Pour l’instant, il ne paye à personne. Notre avocate est en train de voir comment l’argent peut leur profiter directement », souligne la militante Florence Capron.
Pour la première fois, Florence Capron assure avoir reçu une « menace » de la part du Département :
Si l’évaluation au Caps est négative, ils nous ont signifié que la police aux frontières les arrêterait avec à l’issue, une obligation de quitter le territoire. Le recours auprès d’un juge ne serait alors plus possible. Ça ne se faisait pas à Rouen jusque-là.
Les élus écologistes de Rouen du groupe Décidons Rouen, avaient dénoncé le « cynisme » du président du Département Pascal Martin. Ces élus dénoncent la « médaille de la honte » remise au président Martin des mains du Premier ministre, alors même que « nous constatons qu’ils [l’État et le Département, ndlr] se défaussent sur les associations, les citoyens et les communes ».
Des polémiques qui passent un peu au-dessus de la tête de Moussa qui « espère pouvoir continuer [s]es études. » Chez lui, il n’y a plus que l’espoir qu’il reste à éteindre.