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Deux ambulanciers menacés avec des armes au Havre : « On nous envoie au casse-pipe »

Dimanche 9 septembre 2018, deux ambulanciers du Havre ont été menacés de mort en pleine intervention. Ils dénoncent la dangerosité à laquelle ils peuvent être confrontés.

Dimanche 9 septembre 2018, deux ambulanciers du Havre (Seine-Maritime) ont été menacés de mort. Ils exigent des renforts de police pour leurs interventions.

Dimanche 9 septembre 2018, deux ambulanciers du Havre (Seine-Maritime) ont été menacés de mort. Ils exigent des renforts de police pour leurs interventions. (©SL / 76actu / Illustration)

« Heureusement, là c’était une équipe aguerrie », explique Yves*, ambulancier au Havre (Seine-Maritime), soulagé d’avoir évité le pire. Dimanche 9 septembre 2018, deux de ses collègues sont intervenus pour un malaise au domicile d’un homme déjà signalé comme pouvant être dangereux. Il les a menacés de mort, avec des armes.

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L’intervention lourde menée par la brigade anti-criminalité a permis de clore l’incident sans dommage physique. Mais pour Yves, cela traduit l’insécurité des équipes des Transports sanitaires urgents (TSU) et des secours en règle générale, « envoyés au casse-pipe » selon lui. Il exige, comme d’autres de ses collègues, « des renforts de police » pour ce type d’interventions. Un soutien impossible, assurent les forces de l’ordre et le Samu à 76actu

« Il faut une prise de conscience »

« Sur les quatre dernières années, j’ai été menacé au couteau, au tournevis, avec des armes… J’ai aussi eu une lame sous la gorge », témoigne Yves. La situation dans laquelle se sont retrouvés ses collègues – menacés avec un couteau puis un pistolet à gaz – était l’incident de trop. « Il faut une prise de conscience », martèle-t-il.

Yves estime la fréquence des agressions et menaces à « une tous les 15 jours ». Délégué normand du Collectif ambulancier des transports sanitaires d’urgence de France (Catsuf), Stéphane Barrassin n’a pas de données exactes mais évoque « des retours persistants » de témoignages d’ambulanciers comme Yves, au moins « une dizaine par an ». Lui-même a été « blessé en intervention dans un guet-apens » il y a une dizaine d’années, quand il officiait en TSU au Havre.

Ni la police havraise ni le Samu n’ont pu nous transmettre un chiffre. Si Yves a accepté de témoigner pour 76actu, c’est afin d’éviter « que ça parte en cacahuète » à l’avenir. Il avait « déjà signalé deux fois » le caractère « potentiellement dangereux » de l’homme de 58 ans chez qui ses collègues ont été menacés. 

Pas de fichier recensant les personnes dangereuses

Raison pour laquelle Yves et ses collègues « exigent le renfort de la police » sur les interventions qui, selon eux, pourraient être classées sensibles dès leur réception par le Samu. « On nous envoie au casse-pipe », dénonce-t-il. Interrogé par 76actu sur l’existence ou non d’un fichier recensant les individus signalés dangereux, le GHH nous a expliqué que « le Samu n’a pas de fichier interne les recensant ». Il précise : 

Un tel fichier est interdit par la loi et par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil, ndlr), et ne peut pas exister. 

Une affirmation contredite par la Cnil : « Nous n’avons jamais été saisis, donc n’avons jamais statué, sur un fichier de ce type. De plus, la loi informatique et libertés ne l’interdit pas et ne le mentionne même pas. » Le Samu pourrait donc être légalement doté d’un fichier interne pour sécuriser des interventions au risque perceptible. 

Stéphane Barrassin estime qu’un tel fichier « pourrait être une bonne solution », à condition de ne pas ralentir les secours. « Inconstituable », répond le GHH. Pourtant, le système pourrait être le suivant : quand un individu signalé appelle, le Samu préviendrait les forces de police juste après avoir envoyé un équipage de secouristes sur place. 

La police « ne peut intervenir systématiquement »

Ce qui rejoindrait la volonté affichée par Gérard Collomb lors de la cérémonie d’hommage au pompier de Paris tué en intervention, vendredi 7 septembre. Le ministre de l’Intérieur avait alors déclaré : « Nous agirons pour que dans les cas signalés comme dangereux, les sapeurs-pompiers soient accompagnés de policiers. » 

La police havraise, interrogée par 76actu, indique qu’il n’existe « pas de liaison directe avec le Samu ». Pour l’instant, le fonctionnement est le suivant : le patient appelle le 15, le médecin-régulateur jauge la situation et diligente une équipe. Sur place, si les intervenants s’estiment en danger, ils rappellent le Samu qui prévient la police. Laquelle « ne peut intervenir systématiquement », nous indique une source judiciaire : 

Il y a peu de solutions dans l’urgence. On peut nous appeler pour assistance car l’individu est connu de Janet (l’hôpital psychiatrique, ndlr) ou qu’il y a déjà eu un problème lors d’une intervention à son domicile. Mais il n’existe pas de protocole officiel.

Une série noire pour les secouristes français et normands

Ce qui explique l’absence d’escorte pour l’intervention du dimanche 9 septembre. Les ambulanciers y ont été envoyés après l’appel au Samu du quinquagénaire. L’homme ayant consommé alcool et médicaments s’était plaint d’un malaise, comme lors de ses appels précédents, quasiment chaque mois.

Yves, qui met un point d’honneur « à ne pas lyncher le Samu », pointe néanmoins un dysfonctionnement :

Les TSU sont envoyés sur les personnes ivres ou relevant de la psychiatrie sans présence policière parce que les tenues blanches apaisent les gens.

Les Transports sanitaires d’urgence sont des ambulances privées rattachées au Samu, public. Elles complètent les effectifs de Smur. « Le Service mobile d’urgence et de réanimation, comme son nom l’indique, se déplace en cas d’urgence vitale nécessitant une réanimation », a rappelé la communication du Groupe hospitalier du Havre (GHH). « Dans les autres cas d’urgences, ce sont les ambulanciers qui se rendent au domicile des personnes. »

Ce fait divers havrais se produit au cœur d’une actualité tendue pour les services de secours français. En premier lieu, il y a eu la mort d’un pompier de Paris poignardé par un patient mardi 4 septembre 2018. Le phénomène est national : « Il y a des gens qui veulent bouffer de l’ambulancier », assène Yves. Dans le Calvados, trois agressions de pompiers ont eu lieu en trois jours, entre le vendredi 8 et le lundi 10 septembre. Auprès de Liberté Caen, le chef des pompiers du département a estimé qu’une plainte était déposée « une fois tous les 15 jours ».

* À la demande de notre témoin, son anonymat a été préservé.