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Donald Trump, président « efficace » ou « imbécile » : réactions d’Américaines vivant en Normandie

Deux semaines après l’investiture de Donald Trump, nouveau président des États-Unis, Normandie-Actu a recueilli les réactions de trois Américaines installées en Normandie.

(Fotolia & EA/Normandie-Actu)
Deux semaines après l'investiture du nouveau président des États-Unis Donald Trump, des Américaines expatriées en Normandie réagissent à ses premiers jours de mandat. (Fotolia & EA/Normandie-Actu)

Président des États-Unis depuis le vendredi 20 janvier 2017, Donald Trump exacerbe les tensions au sein de la population américaine avec son zèle et ses positions frontales. Normandie-Actu a recueilli les sentiments de trois Américaines vivant en Normandie. Trois femmes aux opinions et aux profils différents, unies par leur région d’adoption.

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« Donald Trump is an imbecile »

« Donald Trump is an imbecile ». Catlin O’Brien, 30 ans, vit à Caen depuis deux ans. Elle ne mâche pas ses mots : « je suis dégoûtée ». Parmi les dernières mesures, elle regrette le Muslim ban avec lequel « il bannit des immigrants et des réfugiés, ces gens qui ont traversé deux années ou plus d’enquête par le gouvernement américain, et qui sont dégagés à la dernière minute à cause d’un seul homme raciste. Plusieurs d’entre eux sont des étudiants, comme moi, des traducteurs qui ont aidé les troupes américaines ou des réfugiés qui fuient la guerre. »

Le Muslim ban, décret signé par Donald Trump, interdit aux réfugiés l’accès aux États-Unis pendant 120 jours, et aux ressortissants de sept pays (Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen), l’entrée sur le territoire pendant 90 jours.

Elle cite aussi son « déni de l’impact humain sur le changement du climat. Je crois personnellement qu’il a nommé des personnes non qualifiées à ces agences pour les détruire de l’intérieur tout en minant simultanément la confiance du public dans le gouvernement »

Climat : Donald Trump a nommé, entre autres, à la tête de l’agence américaine de protection de l’environnement (EPA) Scott Pruitt et comme ministre de l’Environnement Myron Ebell, deux personnalités connues pour avoir des positions climatosceptiques.

Enfin, sa volonté de tuer l’Obama Care, une loi qui a donné accès à des dizaines de milliers de personnes, y compris moi, aux soins, qui n’étaient pas abordables.

Comme beaucoup d’Américains expatriées, Catlin a suivi les mouvements populaires à la suite de l’investiture de Donald Trump. Le 20 janvier 2017, trois millions de personnes ont défilé dans les rues américaines lors du Women’s march pour défendre les droits de la femme. Une semaine plus tard, des milliers d’Américains y retournaient pour dénoncer la signature d’un décret interdisant aux ressortissants de sept pays musulmans d’entrer sur le territoire.

Je suis très fière de ma mère, âgée de 66 ans, qui a pris un bus très tôt de Philadelphie pour Washington afin de rejoindre la Women’s March, le 21 janvier dernier. Comme moi, elle est dégoûtée par Trump et son administration. C’est la première fois qu’elle protestait depuis les années 60, poursuit la doctorante.

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« Un manque de respect total de l’opposition »

Des manifestations qui ont également surpris Patricia L, retraitée de 70 ans et résidente dans le Calvados depuis 38 ans.

Aux États-Unis, ce n’est pas dans nos habitudes de faire comme en France, mais là il exagère tellement que les gens descendent dans la rue. Quand on a élu un président, on a élu tous les officiels de l’État et du département. Je n’avais pas connu de tels mouvements depuis les années 60.

Donald Trump a signé un décret, le 26 janvier 2017, qui fixe l’objectif de « sécuriser la frontière sud des Etats-Unis grâce à la construction immédiate d’un mur ». Des barrières existent déjà sur 1050 km.

Adrienne Sion, chef d’entreprise de 42 ans installée à Bayeux (Calvados)  se dit choquée :

Je suis très patriotique et j’ai beaucoup de respect pour les personnes. Le jour où Obama a été élu, personne n’est descendu dans la rue. C’est un manque de respect total de l’opposition.

« Le système électoral ne reflète pas la volonté majoritaire du peuple »

Si Patricia et Adrienne estiment l’investiture de Donald Trump légitime, Catlin y voit la démonstration d’un système électoral « corrompu » :

Hillary Clinton a remporté le vote populaire de plus de 2,7 millions de voix. Cela, en plus des manifestations qui ont suivi l’investiture de Donald Trump, montre clairement que le système électoral ne reflète pas la volonté majoritaire du peuple. Le système a permis à un démagogue corrompu de tirer parti de son charisme auprès de certains Américains sans éducation dans la position la plus puissante dans le monde. Ce n’est pas acceptable.

Un président « très efficace »

Un avis contraire à la républicaine Adrienne Sion, qui soutient les actions de son président qu’elle juge « très efficace » : « Il a été élu sur des objectifs et promis de faire des choses. Et il les fait. »

Républicaine, elle se réjouit notamment de la volonté de Donald Trump de créer de l’emploi dans le pays, notamment via la construction de l’Oléoduc Keystone, un projet de pipeline géant reliant le Canada aux Golfe du Mexique et bloqué par Obama. Les reproches faits au candidat qu’elle a soutenu, elle les balaie d’un revers de main.

Il est très pro-entreprise. Il va faire lever beaucoup de paperasses qui bloquent de nombreuses PME. Concernant le Muslims ban, c’est un décret qui a été écrit par Obama et que Trump a signé. Il a fait ce qu’il fallait faire. Depuis le 11 septembre, personne ne fait quoi que ce soit. C’est le seul qui fait les choses en prévention, Obama n’était pas protectionniste. Contre le féminisme ? Il n’est pas contre les femmes, pas du tout. Au contraire il est très pro femmes.

Un avenir incertain

Ni démocrate, ni républicaine, Patricia a, elle, préféré voté pour un candidat indépendant.Bien qu’elle juge le personnage «mégalo », du genre « en avant toute sans se rendre compte des conséquences », elle tempère ses positions :

Renvoyer des gens importants et mettre en place des personnes sans expérience, bousculer la diplomatie… On ne sait pas trop où il nous mène.  C’est bien beau de s’agiter : l’histoire du mur au Mexique, tout le monde ne semble pas d’accord avec lui. Il est un peu excessif et il veut faire plein de choses, mais il faut que le congrès l’accepte.

Si un sentiment rassemble finalement les trois Américaines, c’est l’inquiétude quant à l’avenir des États-Unis, et la conscience que leur pays joue un rôle important à l’international. Pour Catlin, c’est aussi la crainte de subir les conséquences de ses actions :  « Je pense que ses politiques anti-immigration et les choses qu’il dit me confrontent, en tant qu’Américaine vivant à l’étranger, à un risque plus important de violence  inspiré par le sentiment anti-américain. »