
416 noms… Ceux des soldats tués durant la guerre d’Algérie. 416 noms et prénoms égrenés un à un par des collégiens de Seine-Maritime, devant une haie de porte-drapeaux immobiles et recueillis, jeudi 1er février 2018, pour l’inauguration du Mémorial départemental Algérie-Maroc-Tunisie 1952-1962, sur la place Carnot, devant l’hôtel du Département de Seine-Maritime. Un lieu de mémoire qui manquait pour les Seinomarins, une lacune que Jean-Pierre Marchand et son épouse Nadine avaient à cœur de combler.
Des noms gravés dans le granit
C’est pour ce faire qu’ils ont créé l’association du Mémorial… et après des années de travail, de recherches inlassables, de moments de doute et de découragement, ils étaient enfin là, ce 1er février, pour l’aboutissement de leur volonté : rappeler les noms de ces jeunes soldats qui sont morts pour la France, au cours de la guerre d’Algérie, dite de décolonisation, fratricide, bouleversante, et ô combien traumatisante, tant du côté français qu’algérien.
Des noms qui désormais s’étalent sur des barrettes de granit, à même le sol, pour que chaque passant puisse s’arrêter, s’interroger et se demander : qui sont-ils ? Et ainsi faire en sorte que jamais ils ne soient oubliés.
Deux femmes et la douleur de l’absence
Deux femmes assises sur un banc, avec au milieu un espace pour signifier l’absence… et toutes ces barrettes noires autour donc, gravées du nom des soldats disparus et qui furent rapatriés jusqu’à Rouen par la Seine, et déchargés sur les quais.
Toute une histoire symbolisée dans ce Mémorial, conçu par l’architecte Caroline Camillerapp de l’Atelier de la Corderie et réalisé par le sculpteur Jean-Marc de Pas, tous deux aussi émus que Jean-Pierre Marchand avec lesquels ils ont tant échangé ces derniers mois, pour parvenir à ce concept sobre et pourtant tellement explicite de l’absence et de la douleur.
« Aller plus loin que la mémoire officialisée, protocolisée »
Une sobriété voulue et qui permettra sûrement à chacun de marquer un temps d’arrêt devant ce Mémorial, attiré par la finesse de cette belle réalisation, que toutes les (nombreuses) personnes présentes ce 1er février ont été unanimes à reconnaître.
« Le Mémorial saura créer dans les esprits un vecteur particulier d’histoire remémorée, offrant au visiteur un repère visuel permanent. Porteur de souvenir, comme le Monument aux Morts auquel il ne se substitue pas, le Mémorial doit permettre d’aller plus loin que la mémoire officialisée, protocolisée et quelque peu figée », a en substance déclaré le président du Département Pascal Martin, ajoutant que ce monument érigé « doit être un lieu vivant, fréquenté, animé, exprimer une symbolique qui touche le cœur et l’esprit ».
Tout était dit ou presque dans la vocation de ce Mémorial, mais le plus poignant, était sûrement contenu dans l’intervention de Jean-Pierre Marchand, emporté par un élan de tribun pour raconter ce que fut cette guerre… et les douleurs enfouies qu’elles ont générées chez lui, ses camarades de combat, ceux qui sont revenus et les autres, disparus à jamais… des douleurs dont il n’a pas oublié de rappeler qu’elles ont aussi été celles des Algériens, mais aussi des populations civiles contraintes de quitter leur terre, sans oublier le sort terrible des harkis… tant de souvenirs cruels qui ont marqué cette guerre déchirante en Algérie, qui a durablement marqué l’histoire du pays.
Il sera donc désormais possible d’y songer, en un lieu, à Rouen où s’asseoir, pour réfléchir et rendre hommage à tous ces jeunes appelés qui quittèrent la Seine-Maritime, pour mourir dans la chaleur et la beauté sauvage des paysages algériens, au nom d’une guerre qu’ils n’ont peut-être pas toujours comprise.
• EN IMAGES. L’inauguration du Mémorial, place Carnot, à Rouen :






