
Selon le site d’informations Médiapart, la direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP) de Paris aurait été informée de la dangerosité d’un des tueurs du Père Hamel une semaine avant l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime). Selon l’article publié jeudi 4 janvier 2018, la DRPP a antidaté « deux documents afin de masquer sa passivité ».
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Une vidéo postée cinq jours avant l’attentat
Le premier acte se déroule le 21 juillet 2016, dans les bureaux de la section T1, antenne chargée de la lutte antiterroriste au sein de la DRPP. Ce jour-là, un brigadier découvre sur internet une chaîne appelée « Haqq-Wad-Dalil » (la vérité et la preuve), administrée depuis la messagerie électronique Telegram par un certain Adel K. de Saint-Étienne-du-Rouvray.
L’auteur déclare souhaiter la création d’une province « virtuelle » de l’État Islamique en France et caresse l’idée d’ « attaquer des églises ». Au gré de ses recherches, le policier apprend également qu’Adel K. a purgé une peine de dix mois de prison entre juin 2015 et mars 2016 pour avoir tenté de rejoindre la Syrie à deux reprises.
Interpellé, il remplit pour ses supérieurs de la section T1 une fiche de renseignements qui se perdra dans les mails du commissaire adjoint, alors parti en vacances, et ne sera jamais lue. Adel K. passe à l’action le 26 juillet 2016 dans l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray, avec son acolyte Abdel-Malik P., qui fait également l’objet d’une surveillance des services de sécurité pour avoir menacé la France dans une vidéo. Les deux jeunes égorgent le prêtre Hamel avant d’être abattus par la police.
Effacer les traces
Selon Médiapart, la DRPP découvre alors qu’Adel K. avait été repéré par la section T1, mais que son cas n’était pas remonté. Afin de masquer cette erreur, l’équipe de direction de la DRPP, avec à sa tête l’inspecteur général René Bailly, somme donc le brigadier auteur de la fiche de renseignement sur Adel K. de la supprimer et d’en réécrire une, postdatée au 26 juillet. Toutefois, la manipulation est faite dans la précipitation et la fiche de renseignements conserve sa date initiale dans l’onglet « propriétés ». Un agent interrogé confirme par ailleurs :
Oui, nos supérieurs ont bien essayé d’effacer les traces et ils l’ont mal fait
Dans un communiqué (lire ci-dessous) la préfecture de police de Paris dément ces informations, objectant que les messages d’Adel Kermiche sur sa chaîne n’évoquait « en aucun cas (…) l’imminence d’un passage à l’acte et que la première fiche de renseignements n’a pas été supprimée. Contactée par Normandie-actu, l’administration a déclaré qu’il n’y aura « pas d’autres commentaires (…) pour l’instant ».
Ouverture d’une information judiciaire
Après les révélations sur une possible falsification des documents de la direction du renseignement, deux victimes, les époux Guy et Janine Coponet présents au moment de l’attaque, par le biais de leur avocat Méhana Mouhou, réclament l’ouverture d’une information judiciaire afin « d’enquêter sur l’authenticité » de ses « révélations graves », rapporte LCI.
• Le communiqué de presse de la préfecture de police de Paris :