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GRAND PARIS: La bataille d’Hervé Le Normand contre les forces de l’AXE Philippe

La question de la gouvernance de l’Axe Seine n’est pas qu’une question d’aménagement économique, logistique ou technique d’une vallée fluviale qui relie un ou deux grands ports maritimes normands à une métropole de niveau mondial et ses 12 millions d’habitants.

C’est, avant tout, une question politique, voire géopolitique.

Car à l’Axe Seine géographique (la vallée de la Seine s’étirant de l’Ouest francilien jusqu’à son estuaire normand) semble correspondre, de plus en plus, un axe politique dont la tête pourrait bien être celle d’un ancien maire du Havre devenu Premier Ministre: Edouard Philippe réalisant ainsi ce qu’un Antoine Rufenacht n’avait jamais eu l’occasion de faire avec, en tête, cette fausse bonne idée que nous considérons comme mortelle qui consiste à croire qu’il serait plus utile, plus efficace d’organiser ou de gouverner depuis Paris le potentiel maritime et économique normand qui est un enjeu national.

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Nous sommes, de plus en plus, nombreux à considérer que cette idée est aujourd’hui devenue obsolète, caduque, dépassée, ringarde, inutile, inefficace, vaine mais surtout mortelle: il suffit de voir le bilan en terme d’attractivité et de rayonnement de la Normandie, à commencer par la Normandie maritime, de ces soixante dernières années depuis que notre région a été reconstruite dans la nationalisation et la division!

Dans les ruines de la Libération, c’est la Normandie aussi qui capitule devant le pouvoir central parisien tout à son désir quasi colonial d’organiser la Seine aval pour le seul profit de la capitale en subordonnant la Normandie utile.

L’expérience néo-régionale de la Haute-Normandie (1960 -2016) a été un double échec:

1) Celui de la division normande et de la disparition de Rouen comme métropole régionale.

2) Celui de la nationalisation du port du Havre et de l’asservissement des décideurs « haut » normands qui ont pris la mauvaise habitude d’aller quémander à Paris le pouvoir qu’ils auraient pu garder au Havre ou à Rouen.

Rien de mieux que ce triste logo « haut » Normand pour symboliser la situation:

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Un demi léopard se noyant dans la Seine en tentant de nager vers Paris en remontant le courant. Autrefois les Normands avaient des bateaux…

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Nous considérons que ces temps de captivité parisienne sont terminés et que le moment de sortir l’Axe Seine normand de son Egypte est arrivé. Car il est arrivé enfin ce que MM. Delouvrier, Lecanuet, Rufenacht, Fabius, LeVern, Grumbach, Attali, Lévy, Orsenna et quelques autres n’avaient jamais cru possible: la Normandie comme unité politique d’action existe de nouveau et c’est un certain Hervé Morin qui l’incarne avec la ferme volonté d’en faire quelque chose d’utile tant pour lui que pour les habitants d’une nouvelle collectivité territoriale régionale qui peut se prévaloir de onze siècles d’histoire pour entrer de plein droit non pas au musée mais dans le XXIe siècle.

Parce que le Grand Paris sur Mer tout comme l’Algérie de Grand Papa n’a jamais marché et ne marchera jamais !

Hervé Morin en est convaincu et nous aussi: on n’a pas assez essayé les solutions normandes ces dernières années parce que, politiquement, la Normandie n’existait plus.

De plus, le bilan du Jacobinisme parisien entre Paris et la Mer est consternant.

Enfin, la réussite des grands ports maritimes de l’Europe du Nord qui concurrencent sérieusement le port du Havre est fondé sur le modèle « hanséatique ». A savoir: un communalisme en réseau du « laissez-nous faire », pragmatique, efficace totalement opposé au centralisme administratif parisien autoritaire et discrétionnaire qui fait tourner tous les trois ans des quasi préfets à la tête de soit-disant « grands ports maritimes » avec des résultats plutôt médiocres parce que pour ces ingénieurs haut-fonctionnaires, une belle grue toute neuve c’est plus jouissif qu’un conteneur dans un entrepôt…

Hervé MORIN, grâce au tout nouveau pouvoir normand, veut expérimenter en Normandie l’importation du modèle portuaire hanséatique en France. Parce que les évidences géo-historiques normandes plaident en ce sens.

Mais il va falloir arracher politiquement ce droit normand à l’expérimentation portuaire tout comme le droit de faire exister la Normandie face au Grand Paris en démontrant qu’il est de l’intérêt du Grand Paris que l’intérêt national maritime qui se déploie en Normandie soit piloté par un pouvoir politique normand qui en fait expressément la demande.

Il va falloir que les léopards se battent comme des lions contre les forces de l’Axe… Seine:

Car Hervé Morin est, pour l’instant, politiquement isolé. Nous plaidons donc pour que notre président normand s’appuie plus qu’il ne le fait sur les forces agissantes d’une société civile normande qui se réveille depuis le retour à l’unité régionale car le combat pourra être rude face aux forces de l’Axe…

La référence à la Seconde Guerre mondiale pourra paraître outrée à certains mais tous les éléments sont réunis pour une vraie bataille politique qui aura pour enjeu la confirmation ou non de l’unité retrouvée de la Normandie autour de son coeur battant: l’Axe Seine.

La question sur la table est simple:

L’Axe Seine est-il définitivement parisien ou peut-il être, à nouveau, normand?

Pour l’instant, seul Hervé Morin ose répondre: l’Axe Seine est et restera NORMAND !

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Parce que depuis qu’il a été élu président de la Normandie, Monsieur Morin ne fait plus de politique politicienne puisqu’il est à la tête, désormais, d’un projet authentique et positif auquel adhère une majorité de Normands fiers de renouer avec la Normandie.

Fort de ce constat, Hervé Morin a donc décidé d’attaquer le premier:

Mardi 24 octobre 2017, il a prévu de rencontrer à Paris l’ensemble de la représentation parlementaire nationale de la Normandie pour expliquer aux députés et sénateurs les enjeux existentiels qui menacent l’avenir même de la Normandie et son projet:

Celui d’expérimenter la régionalisation des grands ports maritimes de Rouen et du Havre. Les propositions normandes pour un Axe Seine normand seront sur la table avant le 6 novembre prochain date de la conférence territoriale sur le Grand Paris (initialement prévu le 23 octobre 2017) pendant laquelle Emmanuel Macron livrera sa vision et sa feuille de route pour le Grand Paris. De même, Morin le Normand compte bien couper l’herbe sous le pied d’Edouard Philippe: Jacques Attali Grumbach et consort seront obligés de réécrire leurs conférences aux prochaines assises de la Mer du Havre car les Normands sont de retour dans la vallée de la Seine…

Dans le camp d’en face c’est plus compliqué mais on constate, néanmoins, qu’un axe politique se met en place derrière un Edouard Philippe qui réseaute depuis le perron de Matignon pour ne pas s’en laisser compter sur le perron de l’Elysée:

Antoine Rufenacht avait été nommé, in extremis à la fin du mandat Sarkozy, « haut commissaire au développement de la vallée de la Seine ». Débarqué par le premier Premier ministre de Hollande, Jean-Marc Ayrault, en novembre 2012 à la demande d’Alain LeVern et de Laurent Fabius, l’ombrageux havrais a été remplacé par un préfet délégué interministériel assez fantomatique et préposé à la tuyauterie d’une usine à gaz dont le jacobinisme parisien a le secret. L’ancien préfet de la Saône-et-Loire, François Philizot est encore en poste sous une sous-pente de l’hôtel de Matignon jusqu’au 1er janvier 2018, date à laquelle il partira à la retraite… 

Et après? Il est très probable que l’Axe Seine, enjeu national, va retrouver un pilotage politique: c’est, d’ailleurs, la seule idée qui fasse consensus… Edouard Philippe, suivant l’exemple de son mentor Rufenacht, aura très certainement l’intention d’être le patron d’un Axe Seine piloté depuis… Matignon. Car il lui faut exister face au Macron-Paris mais aussi face à Hervé le Normand qui veut le retour de l’Axe Seine normand en Normandie.

Et c’est ainsi que l’Axe Seine devient, peu à peu, un Axe Philippe au lieu d’être un axe normand si Edouard Philippe et Hervé Morin pouvaient s’entendre comme larrons en foire pour « chasser en meute » et défendre l’intérêt supérieur de la Normandie. Mais les deux grands élus normands ne s’apprécient guère d’autant plus que leurs désaccords politiques se nourrissent d’un véritable antagonisme géopolitique:

Pour Hervé Morin, l’Axe Seine c’est le coeur même de la Normandie.

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Edouard Philippe sait nager en eau trouble…

Mais pour Edouard Philippe qui avait été, en novembre 2014, le seul député de droite à voter POUR la loi permettant la réunification de la Normandie et qui s’était même jeté à l’eau du bassin du commerce pour saluer la divine surprise de l’unité normande retrouvée, on ne sait toujours pas et c’est bien là tout le problème car défendre l’exfiltration vers le Macron Paris d’un axe Seine normand serait un reniement suicidaire…

Il avait été évoqué, récemment, du côté de la préfète de région, Fabienne Buccio, une solution de compromis:

A savoir la création d’une agence nationale de l’Axe Seine avec le président de région normand à sa tête. Mais on n’entend plus parler car il est probable qu’Hervé Morin a refusé de présider un pâté d’alouette normand avec un gros cheval parisien dedans.

En attendant, les grandes manoeuvres se préparent. Hervé Morin part à l’offensive, on vient de le voir, et le président de région normand avait déjà fulminé contre l’inefficacité d’une conception jacobine de l’Etat central lors de la dernière plénière du conseil régional de Normandie à Caen, le 16 octobre 2017:

http://www.paris-normandie.fr/actualites/politique/herve-morin-tacle-le-gouvernement-OH11169241

De son côté, Edouard Philippe constitue un réseau des grands élus de l’Axe Seine: à commencer par Luc Lemonnier son factotum à la mairie du Havre. Mais aussi Agnès Canayer la députée LR du Havre ou encore Agnès Poussier-Winsback, présidente de l’agglomération de Fécamp et conseillère régionale normande dans la majorité d’Hervé Morin. A ceux-ci, il faut ajouter, bien entendu, Bruno Lemaire désormais ministre (pas encore exclu de Les Républicains alors que la droite euroise est plutôt déboussolée) ou Sébastien Lecornu ci-devant maire LR de Vernon et président du département de l’Eure avant de choisir d’être le sous-ministre de Monsieur Hulot.

On observera, en outre, que Frédéric Sanchez, le socialiste président de la métropole de Rouen et Pascal Martin le président centriste (UDI) du département de la Seine Maritime ainsi que l’ancienne députée socialiste de Lisieux, Clotilde Valter se retrouvent nommés dans le très jacobin « Comité d’action public 2022 »: ces trois élus normands dont deux se livrent à un clochemerle rouennais dans la presse régionale, sont passés, de fait; dans l’orbite « philippienne ».

Et pour parfaire le tableau, on rappelera que notre très cher Nicolas Mayer Rossignol, qui n’a que des philippiques pour Hervé Morin, réserve ses ramages les plus agréables pour Monsieur Philippe…

Enfin, on notera que la stratégie subtile d’Edouard Philippe qui n’est pas le véritable chef politique de l’actuelle majorité présidentielle, consiste à se bâtir une autonomie politique dans les ruines de la droite en évitant soigneusement d’être le chef de la piétaille piteuse des députés godillots officiellement « en marche ».

Cette stratégie se trouve ainsi confirmée à l’occasion de la prestation du Premier ministre devant le 97ème congrès des départements de France qui vient de se réunir à Marseille:

Il lui fallait surtout éviter que la colère des élus départementalistes ne coagule dangereusement avec celle des présidents de région qui ont claqué la porte de la conférence territoriale.

Alors qu’il se dit qu’Hervé le Normand prendrait prochainement la présidence de l’Association des Régions de France laissée vacante par un alsacien démissionnaire, il fallait qu’Edouard le Havrais évite de se mettre à dos les élus départementalistes plus que jamais inquiets de leur disparition entre la montée en puissance des métropoles et celle des grandes régions: l’exemple de la fusion de la métropole de Lyon avec le département du Rhône ou les projets de Macron pour le Grand Paris sont des épouvantails. Edouard Philippe a, biensûr, déclaré que l’exemple lyonnais ne serait, en aucun cas, généralisé… La fusion département-métropole était, pourtant, l’une des rares mesures qui étaient clairement affichées dans le programme fumeux du candidat Macron !

Conclusion:

Hervé Morin et Edouard Philippe sont, désormais, clairement en lice avec pour enjeu l’existence même de notre Normandie sachant que Macronaparte 1er, depuis l’Elysée, demeure le véritable maître du jeu. Réponse: le 6 novembre prochain…


Pour prendre connaissance de la prestation d’Edouard Philippe devant le congrès des départements de France à Marseille lire sous le lien suivant: le titre de l’article de la gazette des communes est plutôt… édifiant!

http://www.lagazettedescommunes.com/530564/congres-de-ladf-edouard-philippe-maintient-les-departements-dans-le-flou/

Lire aussi, si vous en avez le courage, les sept pages de la lettre du discours prononcé par Edouard Philippe devant le congrès de Marseille qui s’ouvre par un hommage (funèbre ?) à la décentralisation et à son initiateur, Gaston Deferre, le maire de Marseille:

Discours_de_M

Sur le risque d’un Grand Paris qui pourrait croquer la pomme normande jusqu’au trognon, cet article du Journal Du Dimanche (JDD) en date du 1er octobre 2017, fait le tour de la question: Normandes, Normands sensibles… S’abstenir !

http://www.lejdd.fr/jdd-paris/comment-macron-veut-reorganiser-le-grand-paris-3451649

Comment Macron veut réorganiser le Grand Paris

18h00 , le 1er octobre 2017

Emmanuel Macron va réorganiser l’Île-de-France et ses institutions. Les élus, inquiets, tentent d’infléchir les décisions attendues début novembre.

Le big-bang institutionnel du Grand Paris, esquissé par Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle, aura-t-il lieu? Certains l’espèrent, d’autres le redoutent, tous spéculent sur les intentions du président de la République. Celui-ci pilote personnellement ce vaste chantier, épaulé par la secrétaire générale adjointe de l’Elysée, Anne de Bayser, et le préfet d’Ile-de-France, Michel Cadot. La conférence territoriale du Grand Paris, initialement prévue le 23 octobre, devrait être organisée début novembre. Une réunion des ministres concernés est d’ores et déjà planifiée le 6 octobre pour mettre au point ce petit séisme francilien.

Lire la tribune de François Kalfon (PS), conseiller régional d’Ile-de-France : « Emmanuel Macron essaie d’étouffer en catimini les territoires »

« Les choses s’accélèrent », se réjouit Patrick Ollier, le président LR de la Métropole du Grand Paris (MGP), cette intercommunalité géante regroupant 131 communes dont la capitale, les 123 villes de la petite couronne et 7 de la grande couronne. Lors de cette conférence territoriale, le chef de l’Etat dévoilera ses arbitrages. S’ouvrira ensuite une période de concertation, puis un projet de loi pourrait être présenté au Parlement en février-mars. Emmanuel Macron s’est engagé mi-juillet à « simplifier drastiquement les structures ». En clair, le Président pourrait annoncer : la suppression des trois départements de la petite couronne (92, 93 et 94) ; l’élargissement du périmètre et des compétences de la Métropole ; le rééquilibrage des pouvoirs avec les 12 territoires, dont Paris, qui la composent (des intercommunalités comptant toutes plus de 300.000 habitants). Il créerait aussi la surprise s’il décidait d’agrandir l’Ile-de-France jusqu’à la mer.

Une répartition nouvelle des pouvoirs
« Le fait métropolitain est incontestable, il est du devoir de l’Etat de le faire vivre », martèle Patrick Ollier, à l’unisson avec Anne Hidalgo, laquelle insiste surtout sur les projets – le grand concours d’urbanisme Inventons la métropole, les JO, Vélib’… – qui « donnent corps à la métropole, davantage que les institutions ». Tous deux souhaitent toutefois que les frontières de la MGP soient repoussées au nord jusqu’à Roissy et son aéroport international, au sud jusqu’au plateau de Saclay, ses universités et ses centres de recherche. Le patron de la Métropole créée en janvier 2016, également maire de Rueil-Malmaison, évoque un élargissement « sur l’ensemble de la zone dense », mais aussi jusqu’au Triangle de Gonesse et jusqu’à Evry et Courcouronnes. En revanche, il ne convoite aucune nouvelle prérogative : « Je n’en demande pas plus pour l’instant. » De son côté, Valérie Pécresse, la présidente LR du conseil régional, plaide activement pour la disparition pure et simple de la MGP, dont elle récupérerait les compétences. « C’est la seule façon de jouer dans la cour des grands », dit-elle invoquant les 7 millions d’habitants du Grand Paris, les 12 millions de l’Ile-de-France et les 14 millions du Grand Londres ; « Veut-on se condamner à être toujours derrière Londres? », scande-t-elle. « Le président de la République m’a reçue en tête à tête, ajoute-t-elle. J’ai eu une bonne écoute. Mais j’ai l’impression que les vieux réflexes politiciens reprennent le dessus dès que je quitte le bureau. »
Il est très dangereux de séparer l’urbain du rural, cela risque de créer un véritable affrontementPatrick Devedjian (LR), à la tête des Hauts-de-Seine, préférerait fusionner son département avec celui des Yvelines de Pierre Bédier (LR). Il dénonce un « projet de technocrates » : « Il est très dangereux de séparer l’urbain du rural, cela risque de créer un véritable affrontement entre la métropole et le reste du pays. » Valérie Pécresse est sur la même ligne : « L’Ile-de-France ne va plus croître en poing fermé mais en forme de main ouverte, avec des doigts [en étoile]. Eriger un mur de Berlin – où qu’on le positionne – serait une coupure artificielle. » La présidente de Région pointe le « sentiment d’abandon des zones périurbaines qui votent déjà à 40% pour le FN ». Elle propose un « projet totalement transgressif », un « équilibre entre l’homme, la ville et la nature » : « La métropole doit se comprendre avec ses forêts, ses champs et ses villages. » Patrick Ollier explique exactement l’inverse : « La métropole, c’est la zone dense. On ne peut pas raisonnablement considérer que les zones rurales en font partie. » Même son de cloche dans l’entourage de la maire de Paris : « La MGP est le bon échelon pour agir sur l’urbanisme, le logement, la pollution l’attractivité. Les problématiques ne sont pas les mêmes au fin fond de la campagne de Seine-et-Marne ou des Yvelines. »
Trois départements supprimés
Les présidents des sept conseils départementaux d’Ile-de-France viennent de s’unir afin de porter une « vision commune ». Ils estiment que « les Français ne veulent pas d’un nouveau big-bang institutionnel qui oublierait les populations périurbaines et rurales ». Tous sont vent debout, avec des nuances. Pour Stéphane Troussel, président PS de Seine-Saint-Denis, « aborder la question uniquement par le Meccano institutionnel, c’est le meilleur moyen de se retrouver dans une situation de blocage. On fait avancer le Grand Paris par les projets : le supermétro, les JO, l’Exposition universelle… » Et de s’interroger : « Qui paiera pour le RSA? La protection de l’enfance? Qui gérera les crèches municipales? » Pour lui, le président Macron est « comme le serpent Kaa, qui dit à Mowgli : ‘aie confiance’ pour mieux l’étouffer. »

 

A la tête du dernier département communiste de France, le Val-de-Marne, Christian Favier (PCF) n’est pas mois offensif : « Je suis très hostile à ce schéma annoncé de recentralisation à l’échelle métropolitaine. Au lieu de simplifier cette région, on est en train de la complexifier, voire de l’asphyxier. Il y a un risque de développement à deux vitesses entre ceux qui sont dedans et ceux qui sont dehors. » Lui se demande ce que vont devenir les quelque 20.000 fonctionnaires employés par les trois collectivités menacées. Il s’inquiète aussi pour les politiques propres à chaque département, comme les ordinateurs portables remis à chaque élève de sixième ou le remboursement de la moitié de la carte Imagin R pour les jeunes dans le 94. Patrick Devedjian, lui, ne décolère pas : « Si l’on casse ce que font les départements franciliens, on cassera la croissance de l’économie française, car le temps d’adaptation sera très long pour les nouvelles structures. Sous prétexte de simplification, on supprimerait trois départements pour confier leurs compétences soit à un mastodonte de 7 millions d’habitants, soit à onze territoires qui seraient autant de sous-département? C’est absurde! »

A l’opposé, Anne Hidalgo estime que « les compétences départementales devront être réparties équitablement entre la Métropole et les échelons de proximité que sont les territoires et les communes ». Quant à Patrick Ollier, il juge « logique cette suppression des conseils départementaux » de la petite couronne « si l’on veut réduire le millefeuille territorial ». Il réclame aussi des territoires qui ne soient plus des « ludions autonomes » : « Ils ne doivent pas être inféodés à la MGP mais partie prenante », c’est-à-dire sans autonomie fiscale. Sur ce point, la maire de Paris « trouve qu’il va un peu loin ».

L’Ile-de-France élargie… jusqu’à la mer?

« Ce serait une catastrophe pour les régions limitrophes, s’alarme Valérie Pécresse. Si vous intégrez le Loiret, l’Oise ou l’Eure à l’Ile-de-France, ces départements [[aujourd’hui]] dynamiques se paupériseraient à coup sûr. Et nous, il nous faudrait prolonger les RER? Impensable! » Avant d’être élu, Emmanuel Macron imaginait de déplacer les frontières franciliennes en annexant l’Oise, voire l’ancienne Haute-Normandie (Eure et Seine-Maritime). Il ajoutait : « Il ne peut y avoir de Grand Paris sans le port du Havre. » Pour Patrick Ollier, « François Hollande a agrandi presque toutes les régions sauf l’Ile-de-France, alors qu’elle est toute petite ; une erreur stratégique monumentale ». Il y a un an déjà, Anne Hidalgo préconisait de « fusionner l’Ile-de-France et la Normandie ». Jusqu’où ira le président Macron? Réponse dans quelques semaines.


 

Il existe une autre option qui permettrait d’éviter de toucher aux régions voisines de l’Ile de France: cette option, présentée le 20 octobre 2017 dans une tribune du Monde par Jérôme Chartier, vice-président du conseil régional d’Ile de France, consiste à tout fusionner dans le périmètre francilien pour faire la région Paris-métropole à l’instar de ce qui a été fait en Angleterre avec le Grand Londres: avec une telle option, la Normandie ne serait plus perçue comme un « paillasson » (Patrick Devedjan) ou comme une variable d’ajustement pour résorber les égos territoriaux blessés grand-parisiens ! Nous aurions, enfin, la base d’un partenariat clair entre d’un côté:

NORMANDIE AXE SEINE: gestion de l’accès maritime

et

REGION PARIS METROPOLE: rayonnement mondial de la France

Grand Paris Ile de France

 

La question de la gouvernance de l’Axe Seine n’est pas qu’une question d’aménagement économique, logistique ou technique d’une vallée fluviale qui relie un ou deux grands ports maritimes normands à une métropole de niveau mondial et ses 12 millions d’habitants.

C’est, avant tout, une question politique, voire géopolitique.

Car à l’Axe Seine géographique (la vallée de la Seine s’étirant de l’Ouest francilien jusqu’à son estuaire normand) semble correspondre, de plus en plus, un axe politique dont la tête pourrait bien être celle d’un ancien maire du Havre devenu Premier Ministre: Edouard Philippe réalisant ainsi ce qu’un Antoine Rufenacht n’avait jamais eu l’occasion de faire avec, en tête, cette fausse bonne idée que nous considérons comme mortelle qui consiste à croire qu’il serait plus utile, plus efficace d’organiser ou de gouverner depuis Paris le potentiel maritime et économique normand qui est un enjeu national.

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Nous sommes, de plus en plus, nombreux à considérer que cette idée est aujourd’hui devenue obsolète, caduque, dépassée, ringarde, inutile, inefficace, vaine mais surtout mortelle: il suffit de voir le bilan en terme d’attractivité et de rayonnement de la Normandie, à commencer par la Normandie maritime, de ces soixante dernières années depuis que notre région a été reconstruite dans la nationalisation et la division!

Dans les ruines de la Libération, c’est la Normandie aussi qui capitule devant le pouvoir central parisien tout à son désir quasi colonial d’organiser la Seine aval pour le seul profit de la capitale en subordonnant la Normandie utile.

L’expérience néo-régionale de la Haute-Normandie (1960 -2016) a été un double échec:

1) Celui de la division normande et de la disparition de Rouen comme métropole régionale.

2) Celui de la nationalisation du port du Havre et de l’asservissement des décideurs « haut » normands qui ont pris la mauvaise habitude d’aller quémander à Paris le pouvoir qu’ils auraient pu garder au Havre ou à Rouen.

Rien de mieux que ce triste logo « haut » Normand pour symboliser la situation:

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Un demi léopard se noyant dans la Seine en tentant de nager vers Paris en remontant le courant. Autrefois les Normands avaient des bateaux…

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Nous considérons que ces temps de captivité parisienne sont terminés et que le moment de sortir l’Axe Seine normand de son Egypte est arrivé. Car il est arrivé enfin ce que MM. Delouvrier, Lecanuet, Rufenacht, Fabius, LeVern, Grumbach, Attali, Lévy, Orsenna et quelques autres n’avaient jamais cru possible: la Normandie comme unité politique d’action existe de nouveau et c’est un certain Hervé Morin qui l’incarne avec la ferme volonté d’en faire quelque chose d’utile tant pour lui que pour les habitants d’une nouvelle collectivité territoriale régionale qui peut se prévaloir de onze siècles d’histoire pour entrer de plein droit non pas au musée mais dans le XXIe siècle.

Parce que le Grand Paris sur Mer tout comme l’Algérie de Grand Papa n’a jamais marché et ne marchera jamais !

Hervé Morin en est convaincu et nous aussi: on n’a pas assez essayé les solutions normandes ces dernières années parce que, politiquement, la Normandie n’existait plus.

De plus, le bilan du Jacobinisme parisien entre Paris et la Mer est consternant.

Enfin, la réussite des grands ports maritimes de l’Europe du Nord qui concurrencent sérieusement le port du Havre est fondé sur le modèle « hanséatique ». A savoir: un communalisme en réseau du « laissez-nous faire », pragmatique, efficace totalement opposé au centralisme administratif parisien autoritaire et discrétionnaire qui fait tourner tous les trois ans des quasi préfets à la tête de soit-disant « grands ports maritimes » avec des résultats plutôt médiocres parce que pour ces ingénieurs haut-fonctionnaires, une belle grue toute neuve c’est plus jouissif qu’un conteneur dans un entrepôt…

Hervé MORIN, grâce au tout nouveau pouvoir normand, veut expérimenter en Normandie l’importation du modèle portuaire hanséatique en France. Parce que les évidences géo-historiques normandes plaident en ce sens.

Mais il va falloir arracher politiquement ce droit normand à l’expérimentation portuaire tout comme le droit de faire exister la Normandie face au Grand Paris en démontrant qu’il est de l’intérêt du Grand Paris que l’intérêt national maritime qui se déploie en Normandie soit piloté par un pouvoir politique normand qui en fait expressément la demande.

Il va falloir que les léopards se battent comme des lions contre les forces de l’Axe… Seine:

Car Hervé Morin est, pour l’instant, politiquement isolé. Nous plaidons donc pour que notre président normand s’appuie plus qu’il ne le fait sur les forces agissantes d’une société civile normande qui se réveille depuis le retour à l’unité régionale car le combat pourra être rude face aux forces de l’Axe…

La référence à la Seconde Guerre mondiale pourra paraître outrée à certains mais tous les éléments sont réunis pour une vraie bataille politique qui aura pour enjeu la confirmation ou non de l’unité retrouvée de la Normandie autour de son coeur battant: l’Axe Seine.

La question sur la table est simple:

L’Axe Seine est-il définitivement parisien ou peut-il être, à nouveau, normand?

Pour l’instant, seul Hervé Morin ose répondre: l’Axe Seine est et restera NORMAND !

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Parce que depuis qu’il a été élu président de la Normandie, Monsieur Morin ne fait plus de politique politicienne puisqu’il est à la tête, désormais, d’un projet authentique et positif auquel adhère une majorité de Normands fiers de renouer avec la Normandie.

Fort de ce constat, Hervé Morin a donc décidé d’attaquer le premier:

Mardi 24 octobre 2017, il a prévu de rencontrer à Paris l’ensemble de la représentation parlementaire nationale de la Normandie pour expliquer aux députés et sénateurs les enjeux existentiels qui menacent l’avenir même de la Normandie et son projet:

Celui d’expérimenter la régionalisation des grands ports maritimes de Rouen et du Havre. Les propositions normandes pour un Axe Seine normand seront sur la table avant le 6 novembre prochain date de la conférence territoriale sur le Grand Paris (initialement prévu le 23 octobre 2017) pendant laquelle Emmanuel Macron livrera sa vision et sa feuille de route pour le Grand Paris. De même, Morin le Normand compte bien couper l’herbe sous le pied d’Edouard Philippe: Jacques Attali Grumbach et consort seront obligés de réécrire leurs conférences aux prochaines assises de la Mer du Havre car les Normands sont de retour dans la vallée de la Seine…

Dans le camp d’en face c’est plus compliqué mais on constate, néanmoins, qu’un axe politique se met en place derrière un Edouard Philippe qui réseaute depuis le perron de Matignon pour ne pas s’en laisser compter sur le perron de l’Elysée:

Antoine Rufenacht avait été nommé, in extremis à la fin du mandat Sarkozy, « haut commissaire au développement de la vallée de la Seine ». Débarqué par le premier Premier ministre de Hollande, Jean-Marc Ayrault, en novembre 2012 à la demande d’Alain LeVern et de Laurent Fabius, l’ombrageux havrais a été remplacé par un préfet délégué interministériel assez fantomatique et préposé à la tuyauterie d’une usine à gaz dont le jacobinisme parisien a le secret. L’ancien préfet de la Saône-et-Loire, François Philizot est encore en poste sous une sous-pente de l’hôtel de Matignon jusqu’au 1er janvier 2018, date à laquelle il partira à la retraite… 

Et après? Il est très probable que l’Axe Seine, enjeu national, va retrouver un pilotage politique: c’est, d’ailleurs, la seule idée qui fasse consensus… Edouard Philippe, suivant l’exemple de son mentor Rufenacht, aura très certainement l’intention d’être le patron d’un Axe Seine piloté depuis… Matignon. Car il lui faut exister face au Macron-Paris mais aussi face à Hervé le Normand qui veut le retour de l’Axe Seine normand en Normandie.

Et c’est ainsi que l’Axe Seine devient, peu à peu, un Axe Philippe au lieu d’être un axe normand si Edouard Philippe et Hervé Morin pouvaient s’entendre comme larrons en foire pour « chasser en meute » et défendre l’intérêt supérieur de la Normandie. Mais les deux grands élus normands ne s’apprécient guère d’autant plus que leurs désaccords politiques se nourrissent d’un véritable antagonisme géopolitique:

Pour Hervé Morin, l’Axe Seine c’est le coeur même de la Normandie.

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Edouard Philippe sait nager en eau trouble…

Mais pour Edouard Philippe qui avait été, en novembre 2014, le seul député de droite à voter POUR la loi permettant la réunification de la Normandie et qui s’était même jeté à l’eau du bassin du commerce pour saluer la divine surprise de l’unité normande retrouvée, on ne sait toujours pas et c’est bien là tout le problème car défendre l’exfiltration vers le Macron Paris d’un axe Seine normand serait un reniement suicidaire…

Il avait été évoqué, récemment, du côté de la préfète de région, Fabienne Buccio, une solution de compromis:

A savoir la création d’une agence nationale de l’Axe Seine avec le président de région normand à sa tête. Mais on n’entend plus parler car il est probable qu’Hervé Morin a refusé de présider un pâté d’alouette normand avec un gros cheval parisien dedans.

En attendant, les grandes manoeuvres se préparent. Hervé Morin part à l’offensive, on vient de le voir, et le président de région normand avait déjà fulminé contre l’inefficacité d’une conception jacobine de l’Etat central lors de la dernière plénière du conseil régional de Normandie à Caen, le 16 octobre 2017:

http://www.paris-normandie.fr/actualites/politique/herve-morin-tacle-le-gouvernement-OH11169241

De son côté, Edouard Philippe constitue un réseau des grands élus de l’Axe Seine: à commencer par Luc Lemonnier son factotum à la mairie du Havre. Mais aussi Agnès Canayer la députée LR du Havre ou encore Agnès Poussier-Winsback, présidente de l’agglomération de Fécamp et conseillère régionale normande dans la majorité d’Hervé Morin. A ceux-ci, il faut ajouter, bien entendu, Bruno Lemaire désormais ministre (pas encore exclu de Les Républicains alors que la droite euroise est plutôt déboussolée) ou Sébastien Lecornu ci-devant maire LR de Vernon et président du département de l’Eure avant de choisir d’être le sous-ministre de Monsieur Hulot.

On observera, en outre, que Frédéric Sanchez, le socialiste président de la métropole de Rouen et Pascal Martin le président centriste (UDI) du département de la Seine Maritime ainsi que l’ancienne députée socialiste de Lisieux, Clotilde Valter se retrouvent nommés dans le très jacobin « Comité d’action public 2022 »: ces trois élus normands dont deux se livrent à un clochemerle rouennais dans la presse régionale, sont passés, de fait; dans l’orbite « philippienne ».

Et pour parfaire le tableau, on rappelera que notre très cher Nicolas Mayer Rossignol, qui n’a que des philippiques pour Hervé Morin, réserve ses ramages les plus agréables pour Monsieur Philippe…

Enfin, on notera que la stratégie subtile d’Edouard Philippe qui n’est pas le véritable chef politique de l’actuelle majorité présidentielle, consiste à se bâtir une autonomie politique dans les ruines de la droite en évitant soigneusement d’être le chef de la piétaille piteuse des députés godillots officiellement « en marche ».

Cette stratégie se trouve ainsi confirmée à l’occasion de la prestation du Premier ministre devant le 97ème congrès des départements de France qui vient de se réunir à Marseille:

Il lui fallait surtout éviter que la colère des élus départementalistes ne coagule dangereusement avec celle des présidents de région qui ont claqué la porte de la conférence territoriale.

Alors qu’il se dit qu’Hervé le Normand prendrait prochainement la présidence de l’Association des Régions de France laissée vacante par un alsacien démissionnaire, il fallait qu’Edouard le Havrais évite de se mettre à dos les élus départementalistes plus que jamais inquiets de leur disparition entre la montée en puissance des métropoles et celle des grandes régions: l’exemple de la fusion de la métropole de Lyon avec le département du Rhône ou les projets de Macron pour le Grand Paris sont des épouvantails. Edouard Philippe a, biensûr, déclaré que l’exemple lyonnais ne serait, en aucun cas, généralisé… La fusion département-métropole était, pourtant, l’une des rares mesures qui étaient clairement affichées dans le programme fumeux du candidat Macron !

Conclusion:

Hervé Morin et Edouard Philippe sont, désormais, clairement en lice avec pour enjeu l’existence même de notre Normandie sachant que Macronaparte 1er, depuis l’Elysée, demeure le véritable maître du jeu. Réponse: le 6 novembre prochain…


Pour prendre connaissance de la prestation d’Edouard Philippe devant le congrès des départements de France à Marseille lire sous le lien suivant: le titre de l’article de la gazette des communes est plutôt… édifiant!

http://www.lagazettedescommunes.com/530564/congres-de-ladf-edouard-philippe-maintient-les-departements-dans-le-flou/

Lire aussi, si vous en avez le courage, les sept pages de la lettre du discours prononcé par Edouard Philippe devant le congrès de Marseille qui s’ouvre par un hommage (funèbre ?) à la décentralisation et à son initiateur, Gaston Deferre, le maire de Marseille:

Discours_de_M

Sur le risque d’un Grand Paris qui pourrait croquer la pomme normande jusqu’au trognon, cet article du Journal Du Dimanche (JDD) en date du 1er octobre 2017, fait le tour de la question: Normandes, Normands sensibles… S’abstenir !

http://www.lejdd.fr/jdd-paris/comment-macron-veut-reorganiser-le-grand-paris-3451649

Comment Macron veut réorganiser le Grand Paris

18h00 , le 1er octobre 2017

Emmanuel Macron va réorganiser l’Île-de-France et ses institutions. Les élus, inquiets, tentent d’infléchir les décisions attendues début novembre.

Le big-bang institutionnel du Grand Paris, esquissé par Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle, aura-t-il lieu? Certains l’espèrent, d’autres le redoutent, tous spéculent sur les intentions du président de la République. Celui-ci pilote personnellement ce vaste chantier, épaulé par la secrétaire générale adjointe de l’Elysée, Anne de Bayser, et le préfet d’Ile-de-France, Michel Cadot. La conférence territoriale du Grand Paris, initialement prévue le 23 octobre, devrait être organisée début novembre. Une réunion des ministres concernés est d’ores et déjà planifiée le 6 octobre pour mettre au point ce petit séisme francilien.

Lire la tribune de François Kalfon (PS), conseiller régional d’Ile-de-France : « Emmanuel Macron essaie d’étouffer en catimini les territoires »

« Les choses s’accélèrent », se réjouit Patrick Ollier, le président LR de la Métropole du Grand Paris (MGP), cette intercommunalité géante regroupant 131 communes dont la capitale, les 123 villes de la petite couronne et 7 de la grande couronne. Lors de cette conférence territoriale, le chef de l’Etat dévoilera ses arbitrages. S’ouvrira ensuite une période de concertation, puis un projet de loi pourrait être présenté au Parlement en février-mars. Emmanuel Macron s’est engagé mi-juillet à « simplifier drastiquement les structures ». En clair, le Président pourrait annoncer : la suppression des trois départements de la petite couronne (92, 93 et 94) ; l’élargissement du périmètre et des compétences de la Métropole ; le rééquilibrage des pouvoirs avec les 12 territoires, dont Paris, qui la composent (des intercommunalités comptant toutes plus de 300.000 habitants). Il créerait aussi la surprise s’il décidait d’agrandir l’Ile-de-France jusqu’à la mer.

Une répartition nouvelle des pouvoirs
« Le fait métropolitain est incontestable, il est du devoir de l’Etat de le faire vivre », martèle Patrick Ollier, à l’unisson avec Anne Hidalgo, laquelle insiste surtout sur les projets – le grand concours d’urbanisme Inventons la métropole, les JO, Vélib’… – qui « donnent corps à la métropole, davantage que les institutions ». Tous deux souhaitent toutefois que les frontières de la MGP soient repoussées au nord jusqu’à Roissy et son aéroport international, au sud jusqu’au plateau de Saclay, ses universités et ses centres de recherche. Le patron de la Métropole créée en janvier 2016, également maire de Rueil-Malmaison, évoque un élargissement « sur l’ensemble de la zone dense », mais aussi jusqu’au Triangle de Gonesse et jusqu’à Evry et Courcouronnes. En revanche, il ne convoite aucune nouvelle prérogative : « Je n’en demande pas plus pour l’instant. » De son côté, Valérie Pécresse, la présidente LR du conseil régional, plaide activement pour la disparition pure et simple de la MGP, dont elle récupérerait les compétences. « C’est la seule façon de jouer dans la cour des grands », dit-elle invoquant les 7 millions d’habitants du Grand Paris, les 12 millions de l’Ile-de-France et les 14 millions du Grand Londres ; « Veut-on se condamner à être toujours derrière Londres? », scande-t-elle. « Le président de la République m’a reçue en tête à tête, ajoute-t-elle. J’ai eu une bonne écoute. Mais j’ai l’impression que les vieux réflexes politiciens reprennent le dessus dès que je quitte le bureau. »
Il est très dangereux de séparer l’urbain du rural, cela risque de créer un véritable affrontementPatrick Devedjian (LR), à la tête des Hauts-de-Seine, préférerait fusionner son département avec celui des Yvelines de Pierre Bédier (LR). Il dénonce un « projet de technocrates » : « Il est très dangereux de séparer l’urbain du rural, cela risque de créer un véritable affrontement entre la métropole et le reste du pays. » Valérie Pécresse est sur la même ligne : « L’Ile-de-France ne va plus croître en poing fermé mais en forme de main ouverte, avec des doigts [en étoile]. Eriger un mur de Berlin – où qu’on le positionne – serait une coupure artificielle. » La présidente de Région pointe le « sentiment d’abandon des zones périurbaines qui votent déjà à 40% pour le FN ». Elle propose un « projet totalement transgressif », un « équilibre entre l’homme, la ville et la nature » : « La métropole doit se comprendre avec ses forêts, ses champs et ses villages. » Patrick Ollier explique exactement l’inverse : « La métropole, c’est la zone dense. On ne peut pas raisonnablement considérer que les zones rurales en font partie. » Même son de cloche dans l’entourage de la maire de Paris : « La MGP est le bon échelon pour agir sur l’urbanisme, le logement, la pollution l’attractivité. Les problématiques ne sont pas les mêmes au fin fond de la campagne de Seine-et-Marne ou des Yvelines. »
Trois départements supprimés
Les présidents des sept conseils départementaux d’Ile-de-France viennent de s’unir afin de porter une « vision commune ». Ils estiment que « les Français ne veulent pas d’un nouveau big-bang institutionnel qui oublierait les populations périurbaines et rurales ». Tous sont vent debout, avec des nuances. Pour Stéphane Troussel, président PS de Seine-Saint-Denis, « aborder la question uniquement par le Meccano institutionnel, c’est le meilleur moyen de se retrouver dans une situation de blocage. On fait avancer le Grand Paris par les projets : le supermétro, les JO, l’Exposition universelle… » Et de s’interroger : « Qui paiera pour le RSA? La protection de l’enfance? Qui gérera les crèches municipales? » Pour lui, le président Macron est « comme le serpent Kaa, qui dit à Mowgli : ‘aie confiance’ pour mieux l’étouffer. »

 

A la tête du dernier département communiste de France, le Val-de-Marne, Christian Favier (PCF) n’est pas mois offensif : « Je suis très hostile à ce schéma annoncé de recentralisation à l’échelle métropolitaine. Au lieu de simplifier cette région, on est en train de la complexifier, voire de l’asphyxier. Il y a un risque de développement à deux vitesses entre ceux qui sont dedans et ceux qui sont dehors. » Lui se demande ce que vont devenir les quelque 20.000 fonctionnaires employés par les trois collectivités menacées. Il s’inquiète aussi pour les politiques propres à chaque département, comme les ordinateurs portables remis à chaque élève de sixième ou le remboursement de la moitié de la carte Imagin R pour les jeunes dans le 94. Patrick Devedjian, lui, ne décolère pas : « Si l’on casse ce que font les départements franciliens, on cassera la croissance de l’économie française, car le temps d’adaptation sera très long pour les nouvelles structures. Sous prétexte de simplification, on supprimerait trois départements pour confier leurs compétences soit à un mastodonte de 7 millions d’habitants, soit à onze territoires qui seraient autant de sous-département? C’est absurde! »

A l’opposé, Anne Hidalgo estime que « les compétences départementales devront être réparties équitablement entre la Métropole et les échelons de proximité que sont les territoires et les communes ». Quant à Patrick Ollier, il juge « logique cette suppression des conseils départementaux » de la petite couronne « si l’on veut réduire le millefeuille territorial ». Il réclame aussi des territoires qui ne soient plus des « ludions autonomes » : « Ils ne doivent pas être inféodés à la MGP mais partie prenante », c’est-à-dire sans autonomie fiscale. Sur ce point, la maire de Paris « trouve qu’il va un peu loin ».

L’Ile-de-France élargie… jusqu’à la mer?

« Ce serait une catastrophe pour les régions limitrophes, s’alarme Valérie Pécresse. Si vous intégrez le Loiret, l’Oise ou l’Eure à l’Ile-de-France, ces départements [[aujourd’hui]] dynamiques se paupériseraient à coup sûr. Et nous, il nous faudrait prolonger les RER? Impensable! » Avant d’être élu, Emmanuel Macron imaginait de déplacer les frontières franciliennes en annexant l’Oise, voire l’ancienne Haute-Normandie (Eure et Seine-Maritime). Il ajoutait : « Il ne peut y avoir de Grand Paris sans le port du Havre. » Pour Patrick Ollier, « François Hollande a agrandi presque toutes les régions sauf l’Ile-de-France, alors qu’elle est toute petite ; une erreur stratégique monumentale ». Il y a un an déjà, Anne Hidalgo préconisait de « fusionner l’Ile-de-France et la Normandie ». Jusqu’où ira le président Macron? Réponse dans quelques semaines.


 

Il existe une autre option qui permettrait d’éviter de toucher aux régions voisines de l’Ile de France: cette option, présentée le 20 octobre 2017 dans une tribune du Monde par Jérôme Chartier, vice-président du conseil régional d’Ile de France, consiste à tout fusionner dans le périmètre francilien pour faire la région Paris-métropole à l’instar de ce qui a été fait en Angleterre avec le Grand Londres: avec une telle option, la Normandie ne serait plus perçue comme un « paillasson » (Patrick Devedjan) ou comme une variable d’ajustement pour résorber les égos territoriaux blessés grand-parisiens ! Nous aurions, enfin, la base d’un partenariat clair entre d’un côté:

NORMANDIE AXE SEINE: gestion de l’accès maritime

et

REGION PARIS METROPOLE: rayonnement mondial de la France

Grand Paris Ile de France