Avec les nombreux chantiers, l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite n’a pas été le point fort de Rouen (Seine-Maritime) durant l’été 2018. (©JB / 76actu)
Les travaux de l’été 2018 à Rouen (Seine-Maritime) n’ont pas fait beaucoup d’heureux. Entre les automobilistes agacés par les conditions de circulation et les riverains et commerçants qui vivent avec le bruit des engins de chantier, tous ont dû s’adapter. C’est le cas aussi des personnes à mobilité réduite (PMR) qui, en plus de leurs difficultés quotidiennes à se déplacer, ont dû composer avec une ville en chantier.
« J’ai évité de sortir dans Rouen cet été »
Julie est la maman du petit Arthur, six ans. Le garçon est atteint d’un syndrome épileptique et du syndrome de West. Aveugle et hypotonique, il ne peut pas se déplacer de façon autonome et doit rester en position couchée. Lorsqu’elle se déplace avec lui, cette maman de Petit-Quevilly doit donc utiliser une poussette adaptée, moins large qu’un fauteuil roulant, mais tout de même imposante.
« J’ai évité de sortir dans Rouen avec Arthur cet été », confie la jeune femme. Mais pour 76actu, elle a accepté de faire une entorse à sa règle, jeudi 16 août 2018, pour mettre à jour les difficultés à se déplacer dans Rouen lorsque l’on est à mobilité réduite.
Des petites difficultés qui compliquent la vie
Alors, disons-le de suite, la ville n’est pas impraticable, heureusement. Mais notre parcours avec Julie et Arthur, de la place Joffre à la gare en passant par les boulevards, a été parsemé de petites difficultés. « Au quotidien, il y a toujours plein de petites choses qui compliquent la vie et les travaux en rajoutent une couche », explique Julie.
Sur les boulevards de la rive droite par exemple, difficile de se faire croiser deux fauteuils roulants ou deux poussettes. Les trottoirs sans revêtement sont également une épreuve. « La poussette est ralentie et ce n’est pas forcément bon pour les roues », note Julie.
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Publiée par Un rêve pour Arthur sur Lundi 13 août 2018
Sur le pont Jeanne-d’Arc, sur lequel les ouvriers s’affairent à rénover les rails du tramway, un trottoir est fermé à la circulation. Résultat, davantage de piétons (et de cyclistes !) sur le trottoir restant et donc des difficultés à se frayer un chemin pour Julie et Arthur.
Et parfois, les difficultés s’additionnent. Ainsi, sur le boulevard de la Marne, c’est triple-peine. Les barrières de chantier réduisent la place au niveau d’un passage piéton déjà encombré d’un feu tricolore et le trottoir très élevé oblige Julie à manœuvrer tant bien que mal la poussette d’Arthur pour traverser la rue. Et impossible de traverser, le trottoir de l’autre côté du boulevard est impraticable.
Sur le boulevard de la Marne, il faut faire preuve d’astuce (et d’un peu de muscle) pour passer avec les travaux. (©JB / 76actu)
En effet, au niveau des passages piétons, les bateaux se font rares, y compris sur ceux qui viennent d’être refaits dans le cadre de l’opération « Cœur de Métropole ». Il faut souvent faire un petit détour ou soulever la poussette d’Arthur.
Julie remarque toutefois que « c’est moins difficile aujourd’hui que cela a pu l’être il y a quelques semaines ». La jeune maman constate que l’accès aux quais rive gauche était plus simple désormais depuis le pont Jeanne-d’Arc bien que toujours impossible depuis le pont Guillaume-le-Conquérant, comme elle l’a immortalisé dans une vidéo tournée en juillet 2018.
VIDÉO. Difficile accès aux quais rive gauche pour Arthur et Julie :
Des incivilités
Il faut aussi composer avec quelques incivilités, qui elles ne se limitent pas aux périodes de travaux. Boulevard des Belges, un véhicule visiblement en livraison stationne sans vergogne sur le trottoir, obligeant Julie a emprunter la chaussée pour passer.
« Cela arrive tout le temps. Heureusement, la poussette d’Arthur n’est pas trop grosse, elle est plus facile à manœuvrer qu’un fauteuil », relativise-t-elle :
Quand on est valide, on ne se rend pas compte de toutes ces petites choses. On a juste à les contourner. Mais quand notre mobilité est réduite, cela complique tout.
Ce genre de comportement est monnaie courante et oblige les PMR à passer sur la route pour circuler. (©JB / 76actu)
Sans compter que tout le monde ne fait pas preuve d’une grande compréhension. « Quand quelqu’un de valide se gare sur une place PMR devant moi, je lui signale. Et parfois, ces gens-là s’en prennent verbalement à moi ou à mon fils », signale Julie.
Quelques chiffres. Dans son rapport annuel, la commission communale d’accessibilité donne les chiffres des contraventions pour stationnement potentiellement gênant pour les PMR en 2017 :
– 894 sur place PMR sans carte mobilité inclusion.
– 2612 sur voie piétonne.
– 5992 sur trottoir.
Consultée par la Ville
Face aux différentes difficultés, Julie est loin de se laisser abattre. Elle a ainsi créé l’association « Un rêve pour Arthur », notamment pour partager le quotidien de son fils. Elle fait également partie de la commission d’accessibilité de la Ville de Rouen. « Nous travaillons bien avec Hélène Klein, l’adjointe en charge notamment du handicap », souligne-t-elle ajoutant :
Cela nous permet de voir les projets d’aménagement par exemple. On peut ainsi dire s’il y a des choses qui ne vont pas pour les personnes à mobilité réduite.
Toutefois, la commission, selon elle, n’est pas consultée pour ce qui est de l’accessibilité de la ville lors des travaux.
• EN IMAGES. Julie a fait des photos de ses promenades dans Rouen durant l’été 2018 :





Un plan de mise en accessibilité
Lors du dernier conseil municipal, la commission communale d’accessibilité a rendu son rapport annuel pour 2017. Le document rappelle ainsi que « le Plan de mise en accessibilité de la voirie et des espaces publics (PAVE) élaboré par la ville a été approuvé lors du conseil municipal du 22 février 2016 » et que « La Métropole Rouen Normandie est chargée de [le] mettre en oeuvre ».
Des visites de terrain ont été mises en place pour « permettre aux associations d’exposer leurs difficultés et aux agents métropolitains d’expliquer les contraintes techniques rencontrées afin de trouver des solutions pertinentes ». Ainsi les avenues Jacques-Chastellain et de Bretagne ainsi que le carrefour entre les rues Henri-Gadeau-de-Kerville et Blaise-Pascal ont bénéficié de travaux de « mise en accessibilité et sécurisation des traversées ».
Le rapport avance aussi qu’en 2019, « trois quartiers historiques et touristiques (Musées, Cathédrale, Vieux Marché) seront rendus totalement accessibles dans le cadre du projet Cœur de Métropole ». Au prix avant cela, de quelques chantiers qui le sont parfois beaucoup moins.