Le bâtiment s’est effondré jeudi 11 octobre 2018, après un terrible incendie. Il ne reste que des gravats en tôle et des denrées alimentaires calcinés du Carrefour Market de Duclair. (©RT / 76actu)
Dans le bourg, la cicatrice et l’odeur de plastique brûlé sont toujours perceptibles après l’incendie du Carrefour Market de Duclair (Seine-Maritime). Les habitants sont encore choqués par le violent incendie qui a ravagé ce supermarché, jeudi 11 octobre 2018. Un élan de solidarité est né dans les heures suivant le « drame ».
Des cagnottes ont vu le jour et certains commerçants alentours ont proposé leurs services. Le maire appelle à la méfiance et le patron du Carrefour n’est pas particulièrement emballé et préférerait que tout cela « reste très professionnel ».
« C’est un vrai handicap »
Ce supermarché de 2 000 m2 était bien pratique pour les personnes âgées qui habitent juste en face. Elles n’avaient qu’à traverser la rue pour faire leurs provisions. « C’est un vrai handicap », confirme Edith, cliente depuis toujours puisque native de la commune.
La résidence comprend 24 logements, gérés par la commune. Tous ont été évacués le soir de l’incendie. Une semaine après, les résidents regardent encore abasourdis le tas de ferraille tombé comme un château de cartes. Les retraités s’organisent pour pallier l’absence du magasin. « Je viens lui rendre visite et je lui amène les courses », détaille Florence, belle-fille d’Edith. De son côté, Daniel, 75 ans, n’hésite pas à prendre le bus :
Pour acheter à manger, je prends la ligne 30 pour aller au Trait. En retraite, on a le temps.
Même chose pour Marie, 84 ans : « C’est plus long, mais heureusement, il y a le bus. » Denise, 87 ans, également habitante de la résidence Germaine-Coty, fait appel « à [son] aide ménagère », comme la plupart des seniors vivant ici.
« Beaucoup de monde dans le souci »
L’incendie du Carrefour Market de Duclair a mis 60 emplois au chômage technique. (©RT / 76actu)
Cette grande surface était la seule présente sur la ville de plus de 4 000 âmes. Tout de suite, les réseaux sociaux se sont fait l’écho d’un élan de solidarité. Certains habitants, ont spontanément proposé de jouer les taxis. Ainsi, Fabienne, suggère d’emmener « les personnes qui le souhaitent » faire leurs courses « jeudi après midi et vendredi matin. Gratuitement bien sûr ».
Une boucherie-charcuterie-traiteur de Yainville a également proposé de livrer les Duclairois gratuitement. La responsable, Valérie Horn, est une ancienne salariée du Carrefour
Je connais la clientèle et je sais que ça va mettre beaucoup de monde dans le souci. Comme il n’y a pas de traiteur à Duclair, nous proposons ce service le temps de la réouverture du magasin.
Des cagnottes ont même été lancées, pour aider les salariés du commerce sinistré. Une, sur Leetchi, a été mise en ligne dans l’heure qui suivait le départ de feu. Elle a été retirée depuis.
« Je suis foncièrement contre les cagnottes »
Comme tout le monde, Jean-Sébastien Havard, patron du Carrefour a vu passer ces cagnottes pour venir en aide à ses 60 salariés : « Je suis foncièrement contre! » Le patron s’en explique :
Cela reste une entreprise. C’est un outil de travail qui a brûlé, ce n’est pas une gamine qu’on essaie de sauver. Moi, je vais faire ce qu’il faut pour que mon personnel se sente bien.
Jeudi 18 octobre, Jean-Sébastien Havard a annoncé qu’il garantissait 100 % des salaires à l’ensemble de ses salariés, « au moins pendant six mois, quitte à ce que cela se fasse sur mes fonds propres ». « Ils vont avoir un soutien psychologique, le soutien de leurs patrons, ma femme et moi. On ne sait pas d’où peut provenir l’argent des cagnottes. Il faut que tout cela reste contrôlé et professionnel », insiste le chef d’entreprise qui nuance tout de même : « Si cagnotte il devait y avoir, elle devrait être destinée à la fleuriste du Bouquet d’Agathe qui a tout perdu. »
Même méfiance de la part du maire de Duclair, Jean Delalandre :
Il faut regarder à deux fois qui lance une cagnotte et être certain de ce qu’il adviendra de l’argent. J’encourage tout le monde à faire très attention.
« Duclair n’est pas pas une ville sans commerces »
Concernant les autres propositions de la part de commerces voisins, Jean-Sébastien Havard ne « bloque rien », mais « n’encourage à rien » : « On a même demandé à mes salariés de tracter pour promouvoir les services de mes concurrents. Il ne faut pas aller trop loin. Ce ne sont pas de faux élans de générosité, mais disons que des gens savent rebondir… »
Avec toutes ces bonnes volontés, le maire ne voudrait surtout pas laisser se répandre une fausse image de sa commune : « Il y a des bouchers, des boulangers, des fleuristes, on peut acheter ses œufs ici. Duclair n’est pas une ville sans commerces. » L’édile rappelle également qu’il existe « un réseau de transport performant », avec en plus des bus, le Filo’R qui propose des transports à la demande.
Pour éviter toute arnaque et abus, Jean Delalandre préfère que la mairie se charge « d’organiser et de centraliser la solidarité », si cela était nécessaire.