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INTERVIEW. Hubert-Félix Thiéfaine fête ses 40 années de discographie sur la scène du Zénith de Rouen

Dix-sept albums studio plus tard, Hubert-Félix Thiéfaine repart sur scène. Il fête ses 40 ans de discographie sur la scène du Zénith (Seine-Maritime) de Rouen le 19 octobre 2018.

Trente chansons vont être jouées au cours de la tournées des 40 ans de discographie d'Hubert-Félix Thiéfaine.  rendez-vous au Zénith de Rouen (Seine-Maritime) vendredi 19 octobre 2018.

Trente chansons vont être jouées au cours de la tournée des 40 ans de discographie d’Hubert-Félix Thiéfaine. Rendez-vous au Zénith de Rouen (Seine-Maritime) vendredi 19 octobre 2018. (©D.R.)

Pour fêter ses 40 ans de scène, Hubert-Félix Thiéfaine repart en tournée et fait étape au Zénith de Rouen (Seine-Maritime), vendredi 19 octobre 2018. Rencontre avec le chanteur aux 5 millions d’albums vendus et aux deux Victoires de la musique.

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Un rêve vécu

76actu : 40 années de discographie, mais beaucoup plus de scène. Comment voyez-vous cet étonnant parcours ?

En vrai, j’ai un regard un peu étrange sur tout cela. J’ai toujours eu l’impression d’être un adolescent attardé (sourire). Ce qui me réconforte quand je fait le bilan et en étant positif, c’est que j’ai vécu le rêve que j’avais quand j’étais gosse, celui d’être un artiste et d’arriver à en vivre.

Quel a été l’élément déclencheur, le déclic, qui a fait que vous avez décidé de faire de la chanson ?

À l’âge de 12 ans j’ai découvert la musique grâce à mes camarades. J’écoutais Salut les copains, ils m’ont initié aux Yéyés. Tout de suite je me suis mis à écrire et à créer un groupe. Ce fut rapide et spontané et je n’ai pas lâché depuis ce jour.

VIDÉO. Extrait du VIXI Tour XVII, 2015 : 

Guitare plutôt qu’Harmonium

Au séminaire de Dôle, dans le Jura, vous jouiez de la guitare en cachette, si j’ai bien compris.

Cela s’est produit quand j’étais en pension dans ce séminaire. Au bout de quinze jours à écouter la musique je voulais être Claude François ! On devait passer notre récréation à apprendre à jouer de l’harmonium. Moi, je passais ma récré complète à essayer d’apprendre des accords sur la guitare d’un copain. C’était déjà un combat rock’n’roll à cette époque.

Votre mère vous a également influencé dans ce cheminement vers la chanson ?

À l’époque où je l’ai découvert, je ne savais pas ce qu’était le rock. Au début des années 60 il y avait quelques mélanges musicaux.

Ma mère m’a influencé. Quand elle était jeune fille elle allait voir les chanteurs de rue et apprenait les chansons. Pendant ma petite enfance, j’ai été bercé par les chansons que ma mère chantait. Ce n’était pas franchement gai comme répertoire. Je pense qu’il reste des roses blanches au sein de mes chansons.

VIDÉO. Écoutez 113e cigarette sans dormir :

L’armée ou la Suisse, finalement c’est Paris

En 1971, vous quittez votre région pour monter à Paris avec de maigres bagages. Quel a été le déclencheur ?

Je suis monté avec un sac à dos et une guitare par le train de 17h…

Cela était motivé par le fait que je n’avais plus à faire mon armée. J’étais sursitaire de la classe 1968. Pour éviter l’armée, j’avais décidé de quitter la France et pour cela j’avais travaillé tout l’été pour me faire de l’argent afin de pouvoir partir en Suisse. Et puis j’ai reçu une lettre de l’armée me disant que si je voulais faire mon service militaire il fallait que je renvoie une vignette verte. J’ai toujours gardé cette vignette. Je voulais être chanteur et tout faire pour ça.

À l’automne 1973, je suis devenu ce que je voulais faire. J’ai abandonné tous les petits boulots pour être chanteur et écrire mes chansons.

Une carte de visite sonore

1978, sortie du premier album. Quel souvenir en avez-vous conservé ?

C’est comme si on m’avait donné une carte d’identité. c’est très important pour nous dans ce métier de la chanson, un album c’est comme une carte de visite. Je pouvais enfin faire écouter ce que je faisais. C’est très important, surtout quand c’est produit par une maison de disques. C’était une étape capitale.

VIDÉO. Extrait du premier album : 

De ce premier album, un titre a un peu occulté tous les autres, pourtant nombreux et intéressants, auprès du grand public : La fille du coupeur de joint. Ce n’est pas trop frustrant ?

C’est toujours interdit, donc ça me va, ça donne un côté caustique. Toute la discographie existante à côté est profonde. Quelques chansons m’amusent et je suis content de les avoir faites. En fait elle a été connue au moment où Dernières balises avant mutation et Soleil cherche futur sont sortis, plus qu’à la sortie de l’album.

VIDÉO. Écoutez La fille du coupeur de joint

Un nouveau départ

Pourquoi à la fin des années 80 vous avez décidé d’aller enregistrer aux USA ?

Oui, à New-York et Hollywood, en 1991 et 1993. Les années 80 avaient été très chargées, avec beaucoup de tournées. J’ai décidé de repartir tout seul et j’avais envie d’aller voir de prêt ce qu’était cette aventure américaine dont j’entendais parler quand j’étais adolescent. Après j’ai également enregistré à Abbey road aussi.

VIDÉO. Écoutez Pogo sur la deadline :

Progressivement votre parcours est devenu une histoire de famille avec vos fils : un en tant que manager et l’autre comme arrangeur et guitariste.

C’est sympathique. Lucas faisait déjà des arrangements en cachette. Quant à Hugo, il tient une place très importante. c’est principalement son idée l’histoire des 40 ans. Leur implication n’a pas été le fruit d’une longue discussion, tout s’est fait simplement.

VIDÉO. Écoutez Père et fils

Douze concerts

Votre tournée des 40 ans comprend 12 dates seulement.

On a beaucoup tourné dans cette décennie. On a fait une tournée avec un philharmonique, en acoustique aussi. Mais pour cet anniversaire nous avons voulu marquer le coup. C’est important de fêter ses 40 ans. Hugo a eu cette idée magnifique de coffret vinyle. On prévoyait une fête pour ces 40 ans, ce n’était pas facile de repartir en tournée, mais nous avons décidé de faire 12 concerts uniques en France pour l’occasion, mais en essayant de bien les répartir géographiquement pour faire plaisir à tout le monde.

40 ans de discographie, mais finalement une exposition médiatique assez modeste.

J’ai beaucoup de respect pour les journalistes de province qui m’ont suivi au cours de ces 40 ans. C’est très important pour moi. La presse spécialisée, la télé, la radio, du moins ceux qui pensent faire la pluie et le beau temps, je pense que je peux m’en passer avec internet. Quelque part ça me libère, je me sens être un homme libre.

Si vous deviez retenir un seul album parmi ceux que vous avez enregistré en studio, ce serait lequel ?

Chaque album représente une balise importante. Chacun est vraiment important, il marque quelque chose qui s’est produit. Chacun est un moment dans le temps… En fait il y en aurait deux : Dernières balises avant mutation et le dernier Stratégie de l’inespoir qui est important par les arrangements signés de mon plus jeune fils et par son écriture.

VIDÉO. Écoutez Stratégie de l’inespoir :

Vous avez déclaré que vous êtes spectateur de vos textes. Qu’entendez-vous par là ?

À la fin d’un morceau, on est spectateur. Quand je suis concentré dans mes écritures, le temps est différent. Trois heures correspondent à un quart d’heure. On se retrouve aspiré dans une spirale intérieure. C’est l’inconscient qui dirige l’histoire. On n’écrit pas, ce sont les choses qui s’écrivent pour nous.

Un travail organisé

Quel a été l’influence du séminaire dans votre parcours ?

C’est utile de savoir qu’il faut travailler tous les jours, ne pas se laisser aller. J’ai cette discipline et c’est efficace, il faut l’inspiration aussi. Ces quatre années de séminaire m’ont appris à organisé mon temps et mon travail.

VIDÉO. Écoutez Rendez-vous au dernier carrefour

Vous avez même écrit pour Johnny qui a refusé les textes. Cela fut à l’origine de votre album avec Paul Personne.

C’était dans l’air, on en parlait depuis un moment mais ce n’étais absolument pas prévu. Après le refus de Johnny, j’ai demandé à Paul s’il avait d’autres musiques à mettre en parole. Il m’a alors envoyé des enregistrements. Ce job m’a intéressé car je n’avais jamais fait des paroles à partir de musiques.

Avec le côté blues, il fallait rester très nature. Il ne fallait pas faire exploser les mots, ne pas torturer la grammaire. J’ai dû écrire l’album en 10 jours. On s’est retrouvé au studio ICP, en Belgique, ensuite, puis dans la campagne anglaise pour faire le mix. Début juin nous n’avions pas l’idée du projet, fin août c’était fini.

VIDÉO. Écoutez Lorelei sébasto cha

De quoi va se composer le concert que vous allez nous proposer au Zénith de Rouen ?

Il y aura une trentaine de chansons, ce sera donc plus long que ce qu’on a pu donner jusque alors. Je veux que la musique et les textes soient mis en avant. Il y aura dix musiciens sur scène, soit cinq qui vont rejoindre le noyau constitué depuis 2006.

Nous voulons un confort de l’oreille. On recherche les sonorités et nous allons veiller à ce que ce soit le mieux possible. Ce concert sera exceptionnel par sa longueur, par le son. On va parcourir toute la discographie, mais peut être un peu moins les titres des deux derniers albums qu’on a beaucoup joué ces dernières années.

Infos pratiques :
Au Zénith, avenue des Canadiens, au Grand-Quevilly, le 19 octobre 2018 à 20h.
Tarifs : de 39 à 52 euros.