
L’artiste associée au Centre dramatique national de Normandie, Laëtitia Guédon, consacre sa première création labellisée « Comédie de Caen » au peintre américain Jean-Michel Basquiat. Dans la pièce SAMO, elle revient sur la jeunesse de cette icône de la mouvance underground, mort à 27 ans, d’une overdose d’héroïne et de cocaïne. À découvrir en avant-première les 27 et 28 février, et les 1er et 2 mats 2017, au théâtre des Cordes, à Caen (Calvados).
« Mes spectacles sont assez indisciplinés »
Normandie-actu : Pouvez-vous revenir sur votre parcours artistique en quelques mots ?
Laëtitia Guédon : Je suis metteure en scène et artiste-associée à la Comédie de Caen depuis deux ans. Je dirige également un établissement de la Ville de Paris qui s’appelle Les Plateaux Sauvages, qui est une grande fabrique artistique dédiée à l’émergence. Avant cela, j’avais fait mes armes en tant que comédienne à l’école du Studio d’Asnières, puis à l’unité de mise en scène du Conservatoire national. En 2006, j’ai fondé la Compagnie 0,10, avec laquelle je produis tous mes spectacles, dont SAMO.
Comment définiriez-vous la « patte » Laëtitia Guédon ?
C’est difficile à dire, car je me considère comme une metteure en scène émergente et j’ai encore beaucoup de choses à découvrir. Mes spectacles sont assez indisciplinés et convoquent des arts très différents. Je travaille souvent avec des musiciens ou des danseurs par exemple. Plus que tout, j’aime les auteurs, qu’ils soient classiques ou contemporains.
« Basquiat a une carrière aussi foudroyante que fulgurante »
Pourquoi avez-vous choisi de travailler sur Basquiat ?
Jean-Michel Basquiat, figure de proue du mouvement underground des années 80, repéré par Andy Warhol a une carrière aussi foudroyante que fulgurante, puisqu’il a produit près d’un millier d’œuvres en à peine 10 ans, avant de mourir d’une overdose à 27 ans. Ce qui m’intéressait vraiment, c’est la période lorsqu’il fugue de chez parents avant ses 18 ans, et traverse le pont de Brooklyn pour rejoindre Soho-Manhattan. Quand il commence à taguer sur les murs de la ville des messages lapidaires, poétiques ou politiques, sous le pseudonyme de SAMO, qui est l’anagramme de « same old shit » (« toujours la même merde » en anglais Ndlr).
Il avait un problème d’identité ?
Son parcours m’a fascinée car il fait écho à une histoire très personnelle : lorsque j’étais petite, à la fin des années 80, j’habitais dans une petite cité de banlieue, à Aubervilliers. Mon père était le peintre et musicien Henri Guédon et on vivait tous dans un énorme triplex de 200 m2. J’ai grandi loin des clichés des cités d’aujourd’hui, avec Claude Nougaro qui passait faire un bœuf ou Danièle Mitterrand qui nous rendait visite. Puis mon père s’est mis à sortir de son atelier et à peindre des fresques sur les murs. Quand j’y suis revenue 20 ans plus tard, j’étais persuadée que tout serait recouvert de tags, ce qui était le cas, à l’exception des fresques de mon père ! Et cela m’a fait penser à Basquiat.
Comme un opéra sans partition…
Comment retranscrivez-vous son parcours sur scène ?
Pour commencer, j’ai commandé un texte à Koffi Kwahulé. Il a écrit une pièce en trois parties, qui échappe aux codes habituels du théâtre. La première, que j’appelle « la Chambre », est consacrée à l’enfance de Basquiat. Dans la deuxième, « La Rue », il fugue de chez lui et traverse le pont de Brooklyn pour se rendre à Soho. Et dans la troisième, « l’Atelier », plus onirique, on commence à voir émerger l’immense artiste qu’il va devenir, juste avant qu’il ne soit découvert par Warhol.
Il faut imaginer cette pièce comme opéra dont on n’aurait pas encore la partition.
C’est l’histoire d’une descente aux enfers ou d’une élévation ?
D’une élévation ! Koffi témoigne, avec son style, crûment, du parcours d’un jeune homme qui était persuadé qu’il allait devenir une star. Pas forcément de l’art contemporain, mais il avait l’intime conviction qu’il serait célèbre un jour. Lorsqu’il avait 12-13 ans, par exemple, il avait dit à son père qu’il serait célèbre un jour, et qu’il ferait entrer les noirs – « les têtes crépues » comme il disait – dans les musées. Et lorsqu’il signait SAMO, il l’accompagnait toujours d’un petit copyright. Très jeune, il avait eu l’idée d’une marque et d’un style déposés.
Pour conclure, avez-vous déjà votre prochain projet en tête ?
Oui. Je vais travailler sur Penthésilée d’Heinrich von Kleist. C’est l’histoire de la reine des Amazones, qui s’est battue contre Achille pendant la Guerre de Troie et qui était tombée amoureuse de lui. C’est le mythe de la femme guerrière par excellence. Je présenterai cette pièce à la Comédie de Caen, lors de la saison 2018-2019.
Infos pratiques :
Lundi 27 et mardi 28 février, et mercredi 1er et jeudi 2 mars 2017, à 20h,
à la Comédie de Caen, au théâtre des Cordes, 32 rue des Cordes, à Caen (Calvados).
Tél : 02 31 46 27 29. Tarifs : 5 à 25 euros.