Serge Joncour présentera son nouveau roman, « Chien-Loup », mardi 9 octobre à Fécamp et mercredi 10 octobre, au Havre.
Émouvant avec son roman Repose-toi sur moi, prix interallié 2016, Serge Joncour envoûte et bouscule ses lecteurs avec son nouveau roman Chien-Loup, paru aux éditions Flammarion à l’occasion de la rentrée littéraire 2018. Un roman qu’il présentera devant ses lecteurs lors de rencontres, mardi 9 octobre 2018, 17h30, à la librairie Le Chat Pitre de Fécamp et le mercredi 10 octobre, 18h, à la librairie La Galerne du Havre (Seine-Maritime).
Un couple de Parisiens loue un gîte perdu dans la campagne du Lot, pour trois semaines de vacances estivales. Un supplice pour Franck, producteur de cinéma ultra-connecté, en panique devant son téléphone qui ne capte aucun réseau. Lui et son épouse, Lise, ne savent rien du passé de cette vieille maison. Certains la pensent hantée. Cent ans plus tôt, ce lieu était l’abri d’un dompteur allemand et de ses fauves, lors de la mobilisation de 1914. Depuis cette époque, rien ne semble avoir changé et la nature comme véritable maître des lieux. Et ce chien-loup qui vient à la rencontre de Franck et Lise semble le démontrer…
L’homme et la nature
76actu : Dans Chien-Loup, vous proposez deux histoires dans un même roman, avec une maison du Lot pour fil rouge. Vous expliquiez qu’il vous avait fallu de nombreuses années pour le terminer.
Serge Joncour : C’est une maison qui existe et qui est très fidèle à ce que j’en dis dans le roman, c’est le point de départ. J’ai commencé ce livre il y a plus de 20 ans, avant même que je ne sois publié. J’ai commencé en écrivant l’histoire de ce dompteur allemand, qui a vraiment existé. Mais je ne voulais pas en faire un roman historique et trouver une façon de le rattacher au présent. Je l’ai alors laissé « dans sa cage ». C’est finalement cette maison qui a déclenché la deuxième histoire, contemporaine, en parallèle, pour faire des allers-retours dans le temps. Cela m’a permis de conserver une unité de lieu, avec une maison qui ne change pas au fil des époques. Elle est très préservée dans les fins fonds du Lot et reste très sauvage.
La nature et le monde sauvage sont au cœur du récit. Est-ce l’hommage d’un passionné pour ces territoires isolés ?
C’est plutôt la nature en elle-même, qui ne bouge pas. Il y a des tas de périmètres qui ne sont pas accessibles et qui sont presque à l’état primitif. L’idée d’y plonger un couple plutôt citadin était intéressante, pour suivre leur émerveillement. Il n’y a pas besoin d’aller aux fins fonds de l’Océanie pour découvrir des territoires sauvages. Il suffit de sept heures de train depuis Paris. S’y rendre, c’est un peu entrer dans une autre dimension.
L’hommage aux « femmes guerrières »
Cet isolement que vous évoquer dans le roman passe également par le manque de réseau téléphonique. Vous retrouvez-vous dans le personnage de Franck, producteur de cinéma à la recherche de la moindre connexion, ou plutôt de Lise, à la recherche d’une déconnexion ?
Plutôt les deux. Je vais sur Twitter plusieurs fois par jour. Mais quand je suis là-bas, il faut descendre dans le village pour aller sur ses réseaux sociaux. J’y vais moins, mais au bout de deux jours sans aller sur internet, progressivement, je me mets à distance. Même si j’ai du mal à perdre l’habitude les premiers jours, on bascule sur un autre mode de penser au bout d’une semaine. J’oublie de le recharger et il reste sur la table de nuit pour avoir l’heure.
Vous rendez aussi hommage aux femmes, celles de 1914 qui voient les hommes partir au front, ou Lise qui s’est battue contre la maladie. Elles donnent l’impression d’être, à leur manière, des « guerrières »…
On a tout écrit et montré sur les poilus au front, les combattants donnant la mort, alors qu’à l’inverse, les femmes étaient mobilisées pour maintenir la vie, s’occuper des cultures et de leurs enfants, élever le bétail pour nourrir les hommes au front. Elles devaient travailler avec des outils qui n’étaient pas faits pour les femmes, qui étaient lourds. J’avais envie de montrer ces « combattantes » qui luttaient pour la vie. Il y a toute une littérature du combattant, mais très peu de choses ont été écrites sur les femmes.
Mes grands-mères me parlaient aussi de la Seconde Guerre mondiale, de leurs maris qui partaient loin sans avoir de nouvelles pendant de longues périodes. C’est une chose qui me sidère a posteriori. Aujourd’hui, si j’envoie un texto à un proche et qu’il ne me répond pas dans la demie-journée, je vais être inquiet. Elles, elles voyaient partir leurs maris sans savoir s’ils reviendraient dans un mois ou un an… C’est fou à vivre ! J’entendais parler de ça quand j’étais môme, mais je n’écoutais pas vraiment. Je regrette aujourd’hui de ne pas avoir posé plus de questions sur la vie de mes grands-mères à l’époque. Ecrire sur ça me permet de recréer, d’imaginer par le roman et l’écriture ce qui pouvait être ressenti à l’époque.
« On n’est jamais loin de cet instinct animal »
Qui est ce « chien-loup » ? Est-il le reflet de l’homme, « civilisé » par définition, mais toujours avec un côté sauvage, prêt à se battre ?
ce chien est directement inspiré d’un chien qui vient à cette maison perdue et qui est amical. Sinon, je suis dans un café en face d’un carrefour où se croisent des cyclistes, des piétons et des voitures… On sent qu’il suffit de pas grand chose pour que les insultes montent, que tous ces êtres sont sous tension. On n’est jamais loin de cet instinct animal, c’est un rapport entre chien et chat.
L’homme et la nature sont-ils faits pour s’entendre, finalement ?
Ils devraient s’entendre, mais l’homme à trop tendance à croire qu’il a le dessus sur la nature et qu’il la maîtrise, alors que c’est plutôt l’inverse. Comme pour mon dompteur de lions, on peut se dire que le rapport de force peut s’inverser. Quand on voit l’été caniculaire que nous venons de passer, on pourrait se dire que la nature nous prépare une sacrée correction. En septembre, il y avait encore des prairies cramées en Bourgogne, je n’avais encore jamais vu ça. Cela me fait paniquer. Par exemple, cet été dans le Lot, au bout de huit jours à 38°C, on n’en pouvait plus. Ça fait réfléchir sur le réchauffement climatique et le nouveau rapport que nous aurons avec la nature… et il n’est pas gagné d’avance. C’est un peu une allégorie de nous tous, pour rappeler qu’il y a le monde autour de nous, nous ne sommes pas seuls.
Je mets Franck dans cet univers sauvage, où il va devoir apprendre à se connecter, non pas à son téléphone, mais à la nature. Il va découvrir un monde qui n’est pas tendre, avec des animaux qui s’épient, se chassent. Quand les oiseaux chantent, ce n’est pas pour saluer le soleil ! J’avais envie de montrer ce retour d’un homme dans la nature et de voir comment il s’y retrouve. Il finira par y retrouver de la vitalité et de son énergie. Il est aidé par ce chien, il n’y serait pas arrivé sinon.
Après le calme de l’écriture, vous passez maintenant par l’étape des rencontres en librairie. Que représentent ces moments pour vous ?
Cela me permet d’aller vers des villes et villages où je ne serais pas allé sans ces rendez-vous, pour découvrir d’autres décors. Je parle de mon livre, mais très vite ce sont d’autres gens qui me parlent. Je suis un cueilleur d’histoires, je fais mon herbier des histoires des autres. Tout ça m’alimente. Et ça permet de découvrir des angles de lecture sur mon livre auxquels je n’avait pas pensé. La chose est plus vivante plus humaine. Quand j’écris, je suis dans mon coin pendant deux ans et je ne vois pas grand-monde. Le danger est de se couper du monde et j’ai besoin de ses phases d’ouvertures vers l’autre. Les conversations avec les libraires sont intéressantes aussi, pour discuter des derniers livres qu’on a lu. Le livre a aussi une fonction d’échanger, pour communiquer sur ce que l’on a ressenti à sa lecture, comme quand on va au cinéma voir un bon film. On veut en parler.
Infos pratiques :
Serge Joncour en dédicace, mardi 9 octobre, 17h, à la librairie Le Chat Pitre de Fécamp et le mercredi 10 octobre, 18h, à la librairie La Galerne du Havre.
Entrée libre.