
À 50 ans passés, la Lorraine Patricia Kaas a connu des hauts et des bas dans sa vie de femme et d’artiste. Elle est enfin de retour, avec un album éponyme, après 13 années sans passer par la case studio pour y enregistrer ses propres chansons. Un disque qui l’a aidé à remonter la pente après un « burn-out ».
La chanteuse présentera ce nouvel opus sur les scènes des Zénith de Caen (Calvados) et de Rouen (Seine Maritime), les samedi 4 et dimanche 5 mars 2017. Interview.
« Je partais de loin avec mon accent ! »
Normandie-actu : Vous fêtez cette année les 30 ans de votre premier tube, Mademoiselle chante le blues. Quel regard portez-vous sur votre parcours ?
Patricia Kaas : Je ressens une certaine fierté, car 30 années de carrière, c’est énorme. J’ai dû beaucoup travailler et apprendre, mais aussi m’émanciper car j’étais très proche de ma famille et très dépendante d’elle, à tous les niveaux. Et avec cet accent de l’est de la France, je partais vraiment de loin ! (Rires)
Vous êtes aussi l’une des rares chanteuses françaises à avoir une carrière internationale. Comment l’expliquez-vous ?
C’est très difficile à dire. C’est un ensemble de choses. Parfois, on tombe juste au bon moment, avec une chanson qui marque les esprits. Par exemple, en Europe de l’est, en 1989, Mon Mec à Moi a accompagné un grand changement politique. Et dans certains pays, le simple fait d’être Française est déjà un atout, car on y associe un certain charme, la mode, et d’autres clichés.
Vous vous êtes beaucoup livrée dans la presse ces derniers mois, parfois sur des sujets très personnels…
Les gens pensent toujours qu’on n’a aucun problème parce qu’on a du succès et qu’on est célèbre. Mais bien sûr qu’on en a ! Après, une certaine presse appuie trop sur certains sujets, puisque j’imagine que vous faites référence à mon burn-out. C’est vrai que je n’allais pas bien à un moment, mais je me suis tout de suite battue pour remonter la pente. Ça faisait 10 ans que je fonçais, que je voulais tout le temps me surpasser avec des projets hyper ambitieux et fatigants. J’ai fini par exploser. Et c’est important de le dire, il ne faut pas en avoir honte. J’en ai aussi beaucoup parlé car mon nouvel album est le reflet de cette période difficile.
« Un nouveau départ dans ma vie »
C’est un album de la maturité qui arrive tardivement ?
Non, définitivement pas, je l’ai fait il y a longtemps celui-là ! (Rires) C’est l’album qui ressemble à la femme que je suis devenue, tout simplement. Beaucoup de choses ont changé dans ma tête et dans mon état d’esprit lors de ces deux dernières années. Ce disque marque un nouveau départ dans ma vie.
Pourquoi lui avez-vous donné votre nom ?
Je suis passée par plusieurs titres, que j’éliminais au fur et à mesure que les chansons m’arrivaient. Ça faisait 13 ans que je n’avais pas enregistré mes propres chansons. C’est une forme de renaissance, avec l’âme et la sagesse en plus. C’est un disque émotionnellement engagé et féministe ; le meilleur nom à lui donner était le mien. Puis je n’avais jamais eu d’album éponyme, c’était le moment ou jamais.
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Cette « renaissance » a été aussi l’occasion de procéder à quelques changements dans votre vie professionnelle…
Oui, je voulais avoir moins de poids sur les épaules. Je produisais mes disques et mes tournées, et cela devenait lourd à porter. J’étais devenue une sorte de femme d’affaires, qui avait toujours un œil sur les coûts et de nombreux autres détails. J’avais envie de revivre ma passion à fond et de monter sur scène sans avoir à penser à tout ça. Ce qui ne m’empêche pas d’être toujours impliquée dans la création de mes spectacles. Tout ce qu’on peut voir sur scène, c’est moi qui l’ai décidé. Mais j’ai mis de côté l’aspect production. Cela prouve encore une fois, que les plus beaux moments qu’on puisse vivre en tant qu’artiste, c’est lorsqu’on est face à son public.
« C’est très agréable de retrouver mon répertoire »
Vous semblez apaisée et épanouie, mais ce nouveau disque est plutôt mélancolique…
Je ne me suis imposée aucun interdit. J’évoque les femmes battues, l’inceste… Je ne prétends pas pouvoir changer les choses, mais je ne vois pas en quoi aborder ces sujets est un souci, ce sont des problèmes qui existent. Cet album révèle la femme que je suis aujourd’hui et je pense que c’est important qu’on le comprenne. Je suis arrivée à un âge où je n’ai plus rien à prouver, si ce n’est à moi-même.
Et sur scène, ça ressemble à quoi ?
C’est un mélange d’anciennes et de nouvelles chansons. Les plus connues ont été réarrangées par Frédéric Helbert, avec des sons plus modernes. Il a vraiment fait un super travail. Je sais que cela fait toujours un peu peur aux fans, mais certaines d’entre-elles ont plus de 30 ans, comme Mon Mec à Moi par exemple, et avaient besoin d’un petit coup de jeune. Mais je suis très heureuse depuis le début de la tournée car, que ce soit les spectateurs ou les médias, nous n’avons que des bons échos. Puis je sors de Cabaret et Piaf, deux spectacles dans lesquels je ne chantais pas mes chansons, c’est donc très agréable de retrouver mon répertoire.
Infos pratiques :
Samedi 4 mars 2017, à 20h30, au Zénith, 6 rue Joseph-Philippon, à Caen (Calvados).
Dimanche 5 mars 2017, à 18h, au Zénith, 44 avenue des Canadiens, à Rouen (Seine-Maritime).
Tél : 08 91 67 00 17. Tarifs : 45 à 70 euros.