
La journée internationale des droits des femmes, c’est le 8 mars. À cette occasion, Normandie-actu présente une galerie de portraits de huit rouennaises aux destins différents (artistes, entrepreneuses, responsables associatives etc.), mais tous marqués par la passion et l’engagement. Portraits.
Les liens du cœur
Evelyne Butez (80 ans)
Derrière cette retraitée et mère de quatre enfants se cache une véritable femme d’action. Tournée vers les autres, elle a, tout au long de sa vie, concilié son rôle de femme au foyer, avec le besoin de multiplier les projets pour venir en aide aux plus démunis. Mariée depuis 60 ans, elle fêtera ses noces de diamant cette année.
Vivre à la caserne auprès d’un mari militaire de carrière n’est pas chose facile. Il faut savoir s’adapter au monde masculin et trouver le temps nécessaire pour mettre en œuvre ses propres convictions.
Elle a fondé plusieurs associations qui perdurent encore aujourd’hui : Coup de cœur pour Botosani, pour le soutien des aménagements scolaires et des pouponnières en Roumanie ou encore Rires d’enfants, avec le CHU de Rouen, pour visiter et procurer aux petits hospitalisés et leur famille, bien-être et moments de détente. « J’ai également créé, au sein de l’association SHMA, un repas fait d’une soupe et de sandwiches, servis aux gens de la rue chaque week-end. » Elle a traversé les ans et s’est adaptée à toutes les situations : l’important pour elle était de participer au bonheur des autres.
La santé au quotidien
Marie Parain (40 ans)
De l’énergie, Marie en a à revendre. Souriante et rayonnante, elle mène sa carrière professionnelle de front et allie valeurs éthiques et sens des responsabilités. Née d’un père médecin en neurologie pédiatrique au CHU de Rouen et d’une mèren professeure de philosophie, elle s’impose très tôt des règles et des devoirs afin de réussir sa vie. Responsable de la communication au centre Henri Becquerel depuis trois ans, cette nouvelle orientation lui permet aujourd’hui de s’affirmer dans le monde de la santé.
Après avoir travaillé pendant plus de dix ans dans l’industrie pharmaceutique, elle souhaitait se confronter aux réalités du milieu hospitalier. Elle s’inscrit également dans l’association Culture du cœur Normandie, afin de défendre le droit à l’accès à la culture pour tous.
Je me sens libre, consciente des discriminations et des inégalités, c’est ce qui me rend battante et passionnée.
Cette vitalité, elle la met au service des autres, elle fait ses propres choix sans oublier ses amis et aussi sa famille, essentiels pour assurer son équilibre. Chaque année en France, au moins 216 000 femmes sont victimes de violences par leur conjoint ou ex-conjoint. Dans le monde une jeune fille sur dix a déjà été victime de violences sexuelles… Et ces chiffres ne semblent pas vouloir évoluer dans le bon sens. Or, « aucune société ne peut s’épanouir si la moitié de la population vit dans la peur des violences et demeure victime de préjugés », souligne Marie.
Contre le sexisme ordinaire
Aurore Levasseur (29 ans)
Qu’en est-il de l’image de la femme pulpeuse et ronde dans notre société d’aujourd’hui face au regard des autres ? Féministe et profondément humaniste, Aurore s’emploie à essayer de bousculer les traditions et les mentalités sans les renier. Artiste peintre et professeur pour l’association Carrefour Culture et Loisirs de Bihorel , elle développe couleurs, formes et techniques auprès des adultes. Mais si son quotidien contribue à révéler les talents, le sien n’est pas à négliger.
J’ai toujours été forte et mes rondeurs m’ont souvent valu bien des souffrances.
Libre et indépendante, elle peint essentiellement des femmes dont les courbes sont arrondies et charnues et redore l’image négative des « grosses ». La femme est le corps qu’elle connait le mieux, il dégage sensualité, érotisme, force mais aussi douleur quelques fois . « Vous avez dit journée de la femme, moi je la mets à l’honneur tous les jours et ne supporte pas l’idée de pouvoir réduire les capacités et les tâches à un genre bien défini. »
Une femme volontaire
Karine Chapron (44 ans)
La réussite est le résultat d’un travail de chaque instant. Karine Chapron n’a rien laissé au hasard, elle a autofinancé toutes ses études, pour aujourd’hui pouvoir occuper des postes à responsabilités. Directrice des fonctions de supports au sein de l’association Emergence-S, elle est en charge, avec ses équipes des ressources humaines, des payes, de la comptabilité et des achats. Venue du secteur marchand privé, elle aussi a eu de la chance – et elle mesure ce mot – d’être traitée comme une professionnelle et non comme une femme… ce qui n’est pas forcement le cas de tout le monde.
J’ai choisi mon parcours de vie, j’ai été amenée à décider, j’ai pris des engagements sans aucune discrimination.
Elle s’est rendue disponible, autant dans sa vie privé que pour son métier. L’association pour laquelle elle s’emploie donne réponse à l’accueil d’urgence, l’hébergement, l’accès aux soins d’un public en insertion sociale et professionnelle. Elle gère une direction majoritairement féminine, un seul homme travaille dans son service et il ne s’en plaint pas… Il est d’ailleurs traité avec bienveillance et humour ! Aujourd’hui, l’égalité hommes/femmes nécessite une vigilance particulière et c’est pourquoi elle a souhaité mettre tous les atouts de son côté.
Une artiste écolo
Vanessa Guérard, alias Charabia (44 ans)
Après avoir été traductrice pendant plus de dix ans et suite à un divorce qui lui laisse de longues plages de solitude, « Charabia » s’éprend de passion pour la peinture. Autodidacte, elle souhaite donner sens à sa vie et se dirige vers un art écologique. Pour elle, la femme, la terre et la créativité ont un point commun, celui de la fécondité. Elle a choisi de peindre sur du bois, qu’elle récupère au gré de ses pérégrinations. Elle joue avec les veines, dialogue avec les lignes et donne naissance à une histoire naturelle.
Il y a deux ans, le cancer du sein se déclare et ses préoccupations envers la nature et l’environnement s’en trouvent renforcées. Elle pense que, historiquement, dans chaque femme sommeille une gardienne de la terre qui transmet la vie. À la recherche du rêve « vert », Vanessa pense qu’il est important de prendre en compte toutes actions venant à nuire à notre santé et notre bien-être dans la vie de tous les jours et que chacun puisse participer à la sauvegarde des espèces.
Je me sens apparentée au mouvement féministe de Vandana Shiva, militante altermondialiste qui a créé la première banque de graines, ainsi qu’un vaste réseau de distribution gratuite et d’échange de semences en Inde.
Les femmes ne sont jamais plus fortes que quand elles s’arment de leurs faiblesses !
À égalité avec les hommes
Pascale Marchal (63 ans)
« Je me suis toujours sentie à égalité avec les hommes et n’ai pas l’impression d’avoir souffert du sexisme ordinaire, ni dans ma vie personnelle, ni au sein de l’éducation nationale. » Peut-être parce qu’elle avais 15 ans en 1968 et que ça lui a ouvert le monde et « dessillé le regard ». De plus, une dizaine d’années après, les femmes ont bénéficié de la pilule puis du droit à l’avortement… Pascale est donc intimement consciente d’avoir vécu une période faste de l’histoire des femmes. Cependant, sa colère de militante au quotidien s’est trouvée ravivée récemment et, « si certains pays sont aujourd’hui émergents, ce n’est qu’à titre économique car on assiste à une régression mondiale des mentalités et les droits de la femme sont bafoués ».
Les femmes l’accompagnent et ont jalonné toute sa vie de poète, de l’adolescence à aujourd’hui. Il y eu d’abord Simone de Beauvoir puis Marguerite Duras, Agnès Varda , Niki de St Phalle, Gena Rowlands… À ce jour, elle entretient une amitié épistolaire avec Annie Ernaux , qui a su raconter, analyser, « transcender par l’écriture » ce que chaque femme a vécu ce dernier demi-siècle.
En tant que poète et professeure de lettres, je m’échappe dans la fiction, dans les interstices du temps, je tisse les mots au rythme de ma respiration, de mes pas, de mon souffle. Je suis corps-paysages, je suis cousue de fils rouges et je suis une femme, bruissement d’elle !
Dirigeante dans un milieu masculin
Céline Mayer (40 ans)
La place des femmes dans le monde du travail est un enjeu primordial, puisque c’est par le travail que les femmes gagnent leur autonomie financière, l’un des piliers de l’égalité. De fait, la situation s’améliore pour certaines femmes cadres, en particulier les plus diplômées. Céline a suivi une formation d’architecte à l’école de Normandie et s’est spécialisée dans l’urbanisme. Depuis quatre ans, elle co-dirige L’Atelier Lignes à Rouen et participe au processus de décisions et aux discussions des politiques d’aménagements des villes et de l’environnement.
Dès mon enfance, j’ai toujours été une leader des filles, à l’école, en cours de récréation… alors, pas si difficile d’être une femme.
Énergique, un caractère bien trempé et vive d’esprit, Céline semble se plaire dans ce milieu plutôt masculin. Elle s’est aussi inscrite et engagée envers le club Plato de la CCI où les réunions ne rassemblent que des hommes. Cet électron libre est une personne bien réelle qui s’affirme avec aisance et conviction d’égal à égal face à la gent masculine. « Quelque soit votre statut social, vous pouvez faire des petites et des grandes choses avec beaucoup d’amour ! » Être une femme dirigeante relève encore de l’atypisme, parfois même du parcours du combattant. La faute à la persistance des préjugés.
Une voix libre et citoyenne
Cécile Charbonnel (52 ans)
Dans le jazz, un courant musical pourtant autrefois réputé misogyne, les femmes ne s’en laissent plus conter… Sa voix , Cécile l’a trouvée il y a bien longtemps et mène aujourd’hui une carrière de chanteuse et professeure de chant, au Kalif, à Rouen, et à l’école de jazz de Mont-Saint-Aignan. Un souffle de liberté et un répertoire éclectique, c’est aussi se qu’elle nous propose chaque week-end en se produisant au domaine de Forges-les-Eaux, non loin de Rouen. Animée par sa passion et son enthousiasme, elle brise les codes et démontre que la musique est universelle et d’une grande mixité. Ceci étant, elle aime la compagnie des femmes qui l’entourent, l’inspirent et l’épaulent dans son parcours de vie.
Tout commence et finit par le public, juge de paix aussi décisif qu’essentiel, généreux et impitoyable. Trouver l’accord parfait entre voix et instrument et transmettre du plaisir à son public et à ses élèves, voici ce que Cécile s’emploie à réaliser tous les jours.
Je ne suis d’aucun mouvement, mais je suis active dans mes démarches citoyennes, attentive et dans l’empathie envers mon entourage et mes petits virtuoses.
Avec un sens parfait du rythme et de la mélodie, elle nous enchante et nous prouve que la musique est toute sa vie.
De notre correspondante Catherine Dente
A64A2417.JPGEvelyne-Butez.JPGMarie-Parain.JPGA64A24171.JPGKarine-Chapron.JPGVanessa-Guerard.JPGPascale-Marchal.JPGCline-Mayer.JPGA64A7804.JPGportraits-de-femmes-rouen.jpg