
La propriétaire d’une impressionnante collection d’animaux empaillés se retrouve au tribunal. Condamnée en 2015 pour possession et vente illégales d’espèces protégées, cette habitante d’Avranches (Manche) a comparu lundi 13 mars 2017 devant la cour d’appel de Caen (Calvados), qui rendra son verdict en juin, rapportent nos confrères de La Presse de la Manche.
En première instance, elle avait été condamnée par le tribunal de Coutances à une amende de 10 000 euros et à verser près de 7 000 euros aux trois associations qui s’étaient constituées partie civile. Les 50 spécimens de la collection dont l’origine n’avait pu être identifiée, avaient été confisqués.
> LIRE AUSSI : Normandie. À 74 ans, jugée pour une collection d’animaux et de colibris
Une collection estimée entre 800 000 et 1,5 million d’euros
Cette Normande et son mari ont réuni, en 60 ans de recherches, chasses et achats, près de 4 000 animaux naturalisés, dont 1 400 d’espèces protégées : loups, tamanoirs, lynx, colibris…
À la mort du mari, il y a sept ans, sa femme décide de se séparer de la collection. Une vente aux enchères était prévue en avril 2013 à l’hôtel Drouot, à Paris. La collection est alors estimé entre 800 000 et 1,5 million d’euros.
Mais la propriétaire est alors incapable de fournir les justificatifs indispensables pour de nombreuses espèces protégées. Alertée, la Dreal s’est saisie de l’affaire. Trois perquisitions ont été menées chez la septuagénaire, à Avranches.
Des doutes sur l’origine de certains spécimens
Les gardes de l’Office national de la chasse et les gendarmes envoyés sur place ont alors constaté que les numéros sur les étiquettes de certaines espèces « ne correspondaient pas aux numéros présents sur le catalogue de vente de l’hôtel Drouot », a expliqué la juge, lors de l’audience en appel.
Certains supports anciens ont été réutilisés sur des oiseaux récents et plusieurs étiquettes présentaient des mentions erronées.
La femme a admis lundi 13 mars « ne pas pouvoir assurer l’authenticité de l’origine de certaines espèces ». Elle a surtout expliqué n’être « ni collectionneuse, ni ornithologue ». Son avocat explique :
C’est son mari qui a rassemblé tous ces animaux. Elle s’est simplement contentée de le suivre dans sa passion
> LIRE AUSSI : Normandie impressionniste. Sylvain Wavrant, artiste de Rouen, mêle mode et taxidermie
Absence de documents justificatifs
Sceptique, la juge a fait remarquer que pendant sa garde-à-vue, elle maîtrisait parfaitement la collection et les espèces qui la composent. Lundi 13 mars, les auditions des trois experts appelés à témoigner n’ont pas permis d’établir avec certitude l’âge de nombreux spécimens de la collection.
L’avocat général, pour qui « l’expertise n’est pas la reine des preuves, mais seulement un élément de preuve de second rang », a surtout pointé du doigt le problème lié à « l’absence étonnante de documents justificatifs » indispensables à la mise en vente de plusieurs espèces.
Lors de ses réquisitions, il a demandé la confiscation de l’ensemble des 50 spécimens dont l’origine n’a pas pu être identifiée, mais aussi celle de nombreux autres animaux qui ne figuraient pas dans le jugement de première instance.
La cour d’appel de Caen, qui a mis son arrêt en délibéré, rendra sa décision le 19 juin 2017, à 14h.
Thibault Houlette, la Presse de la Manche