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L’addition s’il vous plaît : en Normandie, des restaurateurs dénoncent des manipulations

Deux semaines après le tournage de l’émission de TF1 « L’addition s’il vous plaît », en janvier 2017, certains restaurateurs dénoncent la manipulation et le manque de réalisme.

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En vignette : Jules Bertrand, patron du restaurant Le Grand manège. De gauche à droite : les patrons des restaurants de Méry-Corbon, de Sainte-Adresse, d’Asnelles et des Docks à Trouville (© Richard Duval / Le Pays d'Auge)

Cinq restaurateurs de Normandie ont été repérés et contactés fin 2016 par TF1 production pour participer à la saison 4 de l’émission « L’addition s’il vous plaît ».

Un jeu culinaire diffusé l’après-midi, qui engage chaque professionnel à juger et noter ses confrères afin d’attribuer le titre de meilleur restaurateur de la semaine.

Mercredi 18 janvier 2017, l’hebdomadaire Le Pays d’Auge s’est rendu sur le tournage au Grand Manège, restaurant du pôle international du cheval qui a mobilisé 70 figurants à Saint-Arnoult (Calvados).

> LIRE AUSSI : Retour dans les coulisses du tournage de l’émission “L’addition, s’il vous plaît” sur TF1

Quelques jours après, son patron Jules Bertrand revient sur l’aventure :

J’ai passé une super semaine. Ces cinq jours ont été enrichissants. J’ai joué le jeu à fond et c’est une magnifique expérience.

Plusieurs raisons de participer

Le jeune homme a accepté de participer pour plusieurs raisons. D’abord, parce qu’il a ouvert son établissement il y a tout juste un an alors qu’il n’était pas du métier. Ainsi, « ça nous a permis de nous mettre un bon coup de pied aux fesses pour se bouger ».

Ensuite, pour le coup de projecteur sur le restaurant, « il n’y a pas de mauvaise publicité. Et quoi que l’on fasse, le risque zéro n’existe pas ».

Les aléas du tournage

Enfin, cela lui a permis de rencontrer des confrères du métier. « Avec qui, j’espère garder contact ». Jules Bertrand poursuit :

Nous avons été choyés et chouchoutés. La production a fait de belles images, sans chercher à faire le buzz. Mais elle force un peu trop sur nos traits de tempérament. Reste que j’avais sous-estimé les contraintes liées au tournage. Et ce n’est pas si simple.

D’autant que durant le repas, et malgré les trois personnes au service et les trois en cuisine, des figurants n’ont pas supporté l’attente entre les plats et ont préféré claquer la porte.

Cette scène sera-t-elle gardée au montage ? Tout comme celle où un confrère est allé directement en cuisine pour demander une autre cuisson de sa viande…

« De la manipulation »

Chez Romain Martinelli, du bar à tapas les Docks à Trouville, le tournage a eu lieu la veille, le mardi 17 janvier 2017. Lui aussi reconnaît avoir  vécu une belle aventure.

Je ne connaissais pas ce milieu et c’est bien pour faire parler de mon établissement. Et puis je ne regrette pas d’avoir connu d’autres restaurateurs.

Mais le patron garde un goût un peu plus amer du tournage que son confrère de Saint-Arnoult :

Il y a beaucoup de manipulation psychologique de la part de la production. Et puis que va-t-il en ressortir des scènes ? Que va-t-il rester au montage ?

Romain Martinelli avoue être fatigué, après « cinq journées intenses avec peu de liberté ». Pour cause, début du tournage vers 8 h pour une fin aux alentours de minuit durant toute la semaine ! Samedi, Romain Martinelli avouait, « moi, je n’ai pas voulu rentrer dans le jeu des notes. Il y a d’abord l’humanité dans tout cela… ».

« C’est absolument de la télé-réalité »

De l’autre côté de la Seine, à Sainte-Adresse près du Havre, Éric lui, est très en colère après tout ce qu’il a vu et vécu. C’est dans son établissement Le Grand large qu’a eu lieu le dernier jour de tournage.

« C’est extrêmement bien fait, je dois le reconnaître ». Mais avec du recul, « j’ai peur de ce qui va être diffusé. D’autant que le dernier soir, j’ai vidé mon sac. Alors forcément… ».

Quid du bon client ?

Éric estime ne pas avoir été « le bon client » pour la production.

Il faut un méchant, un gentil, un faible… Au bout de quelques échanges, ils font main basse sur vous et vous font tout faire. Jusqu’à nous demander de nous mettre à genou sous les tables pour vérifier la propreté. Moi, j’ai refusé. Dès que l’on dit une phrase, elle est enregistrée par la régie. C’est absolument de la télé-réalité.

Les « commandes » de la production

Pour ce dernier, « Le lundi, ils ont fait chanter un des restaurateurs. Le mercredi ils lui ont fait claquer une porte et le vendredi l’ont fait pleurer. Pour un autre, ils l’ont fait se déguiser en vache normande dans sa salle de restaurant… »

Éric, comme les autres, ne connaissait pas ses confrères participants :

Je pensais vraiment assister à une vraie compétition de cuisine. Moi je n’étais pas parti pour salir des chefs d’entreprise, des confrères, qui ont des crédits, une famille,…

Aujourd’hui, le patron du Grand large regrette sa participation. Mais il est trop tard. Désormais, il appréhende la diffusion qui aura lieu en avril ou mai.

Richard Duval pour Le Pays d’Auge