Plusieurs dizaines d’acteurs de la solidarité en Normandie étaient réunis à la préfecture de Rouen, mercredi 5 décembre 2018, avec le délégué interministériel à la lutte contre la pauvreté, Olivier Noblecourt. (©Illustration Adobe stock)
« Nous avons l’objectif d’éradiquer la pauvreté, pas de la réduire », a appuyé Olivier Noblecourt devant les acteurs de la solidarité en Normandie, mercredi 5 décembre 2018 à la préfecture de Rouen (Seine-Maritime). Délégué interministériel à « la prévention et la lutte contre la pauvreté », il a invité les acteurs présents à être les forces de propositions pour la « Stratégie pauvreté » du gouvernement. Les Départements, « inquiets », s’y sont engagés.
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Les Départements normands « inquiets » mais « pleinement engagés »
Le travail de concertation enclenché mercredi matin est la suite du « Plan pauvreté » dévoilé en septembre par Emmanuel Macron. Doté de huit milliards d’euros pour quatre ans, ce plan doit s’appuyer sur plusieurs leviers : accès universel aux crèches dès trois ans, formation obligatoire jusqu’à 18 ans, réflexion autour d’un revenu universel d’activité, accompagnement des sans emplois, renforcement de la présence des travailleurs sociaux.
Il y a en France 8,8 millions de pauvres, des personnes qui vivent en dessous du seuil de 1015 euros par mois et par personne. Premier département normand touché : l’Orne, avec 15,8 % d’habitants sous ce seuil, selon l’Insee en 2017. Après la présentation du plan, les Restos du coeur de L’Aigle (Orne) l’avaient estimé « insuffisant ». D’où les inquiétudes du vice-président du Département aux Affaires sociales, Jean-Pierre Blouet :
Nous venons de voter notre budget. Le médico-social et le social comptent pour 71 % du budget 2019. Comment va-t-on faire ?
Son confrère Michel Roca, vice-président à l’enfance, la famille, le logement et l’insertion dans le Calvados, s’est aussi dit « très inquiet ». En réponse aux deux, Olivier Noblecourt s’est voulu rassurant : « Il n’y aura pas de dépense nouvelle pour les Départements. Nous apporterons des moyens supplémentaires. » De « l’argent frais ». Parlant aussi au nom de l’Eure, la Seine-Maritime s’est « pleinement engagée », a promis son président Pascal Martin. Olivier Noblecourt a salué « une coopération d’une puissance inédite entre les 5 départements ».
Les Gilets jaunes créent « une ardente obligation de changer »
D’autres acteurs sociaux, comme le Conseil économique, social et environnemental régional (Ceser) normand ou la CGT, ont pris la parole pour promettre de « s’organiser pour participer » en donnant « un accord de philosophie » sur la démarche engagée. Elle a été lancée par des ateliers thématiques « pour définir les chantiers prioritaires et réfléchir aux stratégies à adopter », selon la Délégation interministérielle contre la pauvreté.
Son représentant n’a pas éludé la question des Gilets jaunes, qui posent depuis le 17 novembre « une double urgence, sociale et démocratique ». Olivier Noblecourt a expliqué que le plan prévu « s’adresse aussi aux gens à la frontière de la pauvreté, ceux qu’on entend sur les ronds-points, qui paient des taxes directs ou indirectes ». Le délégué interministériel voit dans cette « contestation de notre fonctionnement » un signe à entendre :
Ils nous créent une ardente obligation de changer. Changer la conception de certaines politiques publiques et changer la façon de porter certaines politiques publiques.
« Une nouvelle forme de pauvreté que les gens ne supportent plus »
Engagé pour quatre, le plan lancé va « au-delà des réponses immédiates qu’il faut apporter » à la crise suscitée par les Gilets jaunes. Olivier Noblecourt estime qu’il faut « répondre à une nouvelle forme de pauvreté que les gens ne supportent plus, et ils ont raison ». C’est en partie l’objectif d’une mesure d’urgence « que les Français verront en 2019 », à savoir « la revalorisation de la prime d’activité de 50 % d’ici à la fin du quinquennat ».
Une promesse mal partie, avec une augmentation plus faible que prévue en octobre. Au lieu de 20 euros, les travailleurs modestes n’ont obtenu « que » sept euros. Si la volonté est « d’éradiquer la pauvreté », les six mois de concertation à venir jusqu’en mai devront être productifs.
Le détail des mesures du plan pauvreté, dévoilé en septembre :
Dévoilé le 13 septembre 2018, le plan pauvreté d’Emmanuel Macron doit être « le visage social » de sa présidence. Deux piliers : « Prévention de la précarité et aide à la réinsertion vers l’emploi. » Le gouvernement a détaillé les axes de changement en septembre. C’est à lire sur actu.fr.