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Les étourneaux sont de retour dans les villes de Normandie : faut-il les chasser ?

Avec l’automne, les étourneaux sont de retour en Normandie, ainsi que les campagnes d’effarouchement. Sont-elles utiles, et souhaitables ? Précisions avec des ornithologues.

L’étourneau sansonnet est un oiseau migrateur qui passe l’hiver en Normandie.

Ils sont des centaines, des milliers, des dizaines de milliers à se regrouper au même endroit, un peu partout en Normandie. Les étourneaux sansonnets qui viennent passer l’hiver dans la région ne sont pas les bienvenus : on les accuse de nuisances sonores, de pillage des récoltes et surtout de produire des quantités de fientes très embarrassantes, notamment en ville. Les étourneaux sont-ils nuisibles ? Doit-on les chasser des villes ? Le point de vue d’ornithologues.

La saison des étourneaux, et des effarouchages

Fusées crépitantes et rayons lasers doivent en venir à bout : la Ville de Rouen (Seine-Maritime) prévoit du 13 au 17 novembre 2017 une opération d’effarouchage des étourneaux. « L’alignement d’arbres de l’allée centrale au Cimetière de l’Ouest constitue pour les étourneaux un endroit accueillant, pouvant regrouper plusieurs centaines d’oiseaux. Cette présence provoque des nuisances, notamment la salissure de nombreuses tombes. Chaque année, des réclamations de la part des familles des défunts ont été enregistrées. »

À Cherbourg (Manche) également, la lutte contre les étourneaux redémarre. Là également, on procède par effarouchement : des agents municipaux sont affectés à l’opération, à l’arrivée des étourneaux. 

Face aux plaintes des riverains, la plupart des collectivités ont plutôt opté pour la solution de l’effarouchage. Mais d’autres solutions, un peu moins populaires sont, ou peuvent être mises en œuvre : l’étourneau sansonnet n’est pas une espèce protégée. Il est même considéré comme « nuisible » par arrêté ministériel, en Seine-Maritime, dans l’Eure et dans la Manche.

LIRE AUSSI : Des éleveurs de Normandie dénoncent le fléau des étourneaux

Étourneaux normands, étourneaux russes

James Jean-Baptiste est l’un des ornithologues du GONM (Groupe ornithologique normand). Il explique qu’en Normandie, en matière d’étourneaux, « Il y a deux populations ». Il y a ceux qui passent la belle saison en Normandie, avant de partir passer l’hiver en Espagne. « Ils se reproduisent en Normandie. Ce sont des oiseaux cavernicoles, qui nichent dans des trous de vieux arbres, des bâtiments en ruine, etc. » Cette population « normande » « ne se porte pas très bien » : elle est de moins en moins nombreuse. 

Et puis il y a ceux qui, bien plus nombreux, arrivent en Normandie pour passer l’hiver. Ils passent la belle saison et se reproduisent en Russie, puis migrent lorsque la nourriture se fait rare, quand les sols gèlent ou se recouvrent de neige. Ils commencent à arriver en Normandie dès la fin octobre, et repartent, en ordre dispersé, aux environs du mois de mars.

Nuisibles ici, utiles là-bas

 James Jean-Baptiste explique :

En Russie, l’étourneau est considéré comme un allié de l’agriculture, il mange des vers, des insectes. Il y a même des nichoirs pour les attirer. La population y est suivie et protégée.

Ces migrateurs entre la Russie et l’Europe de l’Ouest sont très nombreux. « Il n’y a pas de comptage global. Mais on estime que la population est au mieux stable, mais probablement en régression : il n’y a plus d’aussi grands rassemblements qu’avant. »

« C’est la même espèce, mais un étourneau russe ne nichera jamais en Normandie. Les oiseaux sont finalement très casaniers. » Pour James Jean-Baptiste, ces migrations en décalages sont aussi la garantie d’une survie de l’espèce en cas de catastrophe climatique.

James Jean-Baptiste explique : « En Russie, l’étourneau est considéré comme un allié de l’agriculture, il y a même des nichoirs pour les attirer. La population y est suivie et protégée. » Il mange les vers et insectes parasites. 

Des regroupements dans les villes

Si on les remarque plus en milieu urbain, les étourneaux ne sont pas pour autant de vrais citadins. « Il ne passent pas la journée en ville. Tous les oiseaux passent la journée en plaine pour manger. Le soir, ils retrouvent la ville, parce qu’il y fait quelques degrés de plus. À la nuit tombée, ils se regroupent : c’est une stratégie de défense contre les prédateurs. » Les étourneaux préfèrent les arbres qui ont des feuilles. Quand les feuillus auront perdu les leurs, les oiseaux privilégieront les lauriers-palmes, les thuyas, les roselières », qui les abritent du froid et des regards. 

C’est précisément en ville que les étourneaux sont le plus « indésirables ». Mais pour les ornithologues, on ne peut cependant pas parler de fléau.

La notion de nuisible n’a aucune justification scientifique, s’insurge Richard Grège, administrateur de la LPO Normandie.

« Il y a des espèces qui posent des problèmes sanitaires et économiques, certes, mais en France, on est à mon avis atteints du syndrome « Hitchcock » : on sous-estime l’influence du film Les Oiseaux. » Pour lui, « il faut accepter que l’homme ne soit pas tout seul ».

Effarouchage inutile ?

Les campagnes d’effarouchage ont pour conséquence de pousser les oiseaux un peu plus loin, dans une autre rue, un autre quartier, une autre commune. Pour James Jean-Baptiste, c’est repasser « la patate chaude » à quelqu’un d’autre. Richard Grège, de la LPO, estime que ces opérations visent surtout à rassurer les habitants, sans résoudre le problème.

Il préconise d’autres solutions : « Les étourneaux se regroupent en « pré-dortoirs » : il faut identifier les lieux auxquels les étourneaux sont les plus fidèles, envisager une signalétique, et enlever les places de parking qui se situent sous ces arbres. On évite ainsi de disperser le problème. » 

« Nous ne sommes pas des fondamentalistes », affirme le naturaliste.

L’effarouchement est parfois nécessaire, notamment près des aérodromes. Mais il ne sert à rien d’y avoir recours de façon systématique.

Décider de tuer les étourneaux pour s’en débarrasser ne résoudrait pas plus les problèmes, selon la LPO : « Ils seront remplacés à la migration suivante. »

En bref, il faut apprendre à vivre avec ces migrateurs, le temps de leur séjour en Normandie.