Grand classique bien connu en Normandie a fortiori lorsque notre région était coupée en deux:
Quand l’Etat central dit investir pour notre avenir il le fait surtout avec notre argent sur le mode « passe moi ta montre et je te dirai l’heure ».
Sur les 40 dernières années, les haut-fonctionnaires de l’Etat central parisien avaient pris l’habitude d’une certaine placidité normande pour ne pas dire davantage si l’on devait comparer au cas… breton où l’on n’hésite pas à brûler une sous-préfecture pour obtenir l’intérêt sinon la bienveillance de l’Etat.
On sait qu’à force de sous-investissements chroniques, l’Etat central a accumulé une dette à l’égard d’une Normandie délaissée, un trou normand, un « angle mort » à l’ouest de la région parisienne avant la métropolisation attractive du Grand-Ouest breton.
Les contrats de Plan Etat-Région furent longtemps sous- financés (40% Etat / 60% région) dans les années 1990/2000 sous prétexte que les Fonds européens pouvaient faire l’affaire pour renforcer la capacité de financement des deux demi-régions normandes. On notera enfin que la gestion ascétique du fakir breton qui dirigeait d’une main de fer la ci-devant région de Haute-Normandie n’a fait qu’aggraver le problème: pourquoi donner quoique ce soit à des gens qui ne réclament rien?
Encore aujourd’hui, le contrat « inter-régional » Etat/Région pour le développement de la Vallée de la Seine signé au printemps 2015 entre les crépusculaires exécutifs haut et bas normand avec l’Etat s’apparente à une belle coquille vide avec moins d’un milliard d’euros affichés mais avec, surtout, une participation directe de l’Etat inférieure à 400 millions au point qu’un dossier aussi important que le contournement autoroutier de Rouen n’est pas financé par l’Etat mais par l’ensemble des collectivités territoriales normandes (enfin presque…).
Ce déséquilibre dans la relation avec l’Etat est l’un des plus lourds passifs de la division normande et il semble que nous devions encore traîner ce boulet après la réunification tant qu’un nouveau contrat de Plan Etat/ Normandie n’aura pas été négocié avec fermeté avec la collectivité désormais en charge d’un intérêt général normand resté en friche depuis les années 1960.
En raison de ce passif, alors que « Monsieur Investissement » de l’Etat fait, en ce moment, la tournée des popotes normandes, on a raison de rester prudent, sinon méfiant…
On s’amusera des excès de la novlangue officielle: quand l’Etat ne finance que 50% on dit, désormais, qu’il « régionalise » son effort. En Bretagne, ce serait l’inverse! Foi de Bonnet rouge…
(Source: Chronique de Normandie, n°549, lundi 10 septembre 2018)
L’Etat investit pour l’avenir des territoires à condition que lesdits territoires mettent la main à la poche: confirmation dans Le Figaro daté du 13 septembre 2018. Les grands projets devront attendre. Priorité à l’entretien des réseaux de transports quotidiens. La LNPN n’ira pas plus loin que Mantes-la-Jolie.
Hervé Morin a donc eu raison d’anticiper en organisant pour le 1er janvier 2020 une Société Normande des Chemins de Fer avec du matériel roulant neuf sur toutes les grandes lignes et un plan massif pour une maintenance normande des trains et des réseaux ferrés normands.
Cette négociation, digne d’un véritable contrat de plan Etat/Région spécialisé sur la question ferroviaire, Hervé Morin a pu l’avoir avec un certain… Manuel Valls alors Premier ministre en 2016 dans les premières semaines de la toute nouvelle Normandie réunifiée.
On en viendrait presque à regretter l’ombrageux Barcelonnais quand on voit tout ce qu’on ne peut pas faire avec un ancien député-maire du Havre!


