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Moi(s) sans tabac. Les conseils d’une diététicienne du Havre pour ne pas prendre de poids

Arrêt du tabac et prise de poids ne sont pas forcément associés. Les conseils de Véronique Bertrand, diététicienne au groupe hospitalier du Havre, pour un sevrage sans contrainte.

Bonbons et friandises détournent le fumeur de sa fringale. Pour éviter toute sensation de faim, il est recommandé de rééquilibrer son alimentation pour éviter toute prise de poids. (©Adobe stock/illustration)

L’opération Moi(s) sans tabac se poursuit. Et vous, avez-vous pris la décision d’arrêter de fumer ? Peur du manque, peur de grossir… il existe de nombreux freins au sevrage tabagique. La prise de poids n’est pas une fatalité, rassure Véronique Bertrand, diététicienne au Groupe hospitalier du Havre (GHH). « Un tiers des fumeurs en sevrage ne prennent pas de poids. » Entretien.

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« Le régime est un mot banni »

Normandie-actu : Le fumeur qui décide de renoncer à la cigarette doit faire face à de nombreuses craintes, parmi lesquelles la prise de poids. Qu’en est-il ?

Véronique Bertrand : Il n’y a pas de fatalité. Un tiers des fumeurs ne prennent pas de poids. Il est vrai, toutefois, que le fait de fumer augmente nos dépenses énergétiques de base : on peut peser un ou deux kg de moins que son vrai poids quand on est fumeur. Par exemple, le fait de fumer un paquet de 20 cigarettes/jour équivaut à une dépense énergétique de 200 calories/j.

En consultation, on se pose et on réfléchit aux habitudes alimentaires. On ne parle jamais de régime, mais de rééquilibre. Le régime est un mot banni de notre langage car synonyme d’interdits, de frustrations. 

La cigarette joue bien souvent le rôle de coupe-faim. Comment peut-on dompter la fringale ?

Effectivement, très souvent, la cigarette est un coupe-faim. Or, à l’arrêt, on est bien embêté. Il faut trouver une alternative à la cigarette et ne pas se tourner vers « l’alimentation doudou ». Le fait de fumer est lié à l’oralité et on peut être tenté de substituer à la gestuelle des aliments confort. C’est le piège : il faut trouver un objet qui apporte plaisir et réconfort, comme, autrefois, la cigarette.

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Différentes stratégies peuvent être mises en place pour compenser le surplus d’énergie. Par exemple, certains patients vont effectuer des marches de 30 minutes, aller à la piscine. L’activité sportive permet de compenser. Dans les consultations, je travaille beaucoup sur l’équilibre alimentaire et la gestion des quantités. L’équilibre ne se fait pas sur une seule journée.

« Avoir des fruits à portée de main »

Bonbons, viennoiseries et friandises peuvent parfois sembler réconfortants pendant un sevrage tabagique… 

Je n’interdis pas les sucettes ou les gâteaux, si cela peut aider. En revanche, il faut avoir à l’esprit qu’il faut compenser en pratiquant une activité physique. Si on a faim, dans l’après-midi, je recommande quelques astuces. Ce sont des conseils classiques : avoir des fruits à portée de main, un yaourt ou un verre d’eau.

Il faut aussi s’interroger sur l’origine de cette fringale. Pourquoi a-t-on faim ?

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Quand vous parlez d’équilibre alimentaire, cela signifie qu’il faut revoir son assiette : mieux manger le midi pour éviter la sensation de faim dans la journée ?

Effectivement, la faim est souvent liée au fait qu’on n’a pas assez mangé au repas précédent. Il faut apprendre à réorganiser ses repas. Bien souvent, pour un fumeur, le petit-déjeuner se limite à un café accompagné d’une cigarette. Ajoutons à cela un repas léger, le midi, et tout est rassemblé pour avoir des fringales.

Il faut manger des féculents et du pain. Or, ce sont souvent les aliments que les gens suppriment, alors qu’ils rassasient. Tout est une question d’équilibre et de quantité. Les gens oublient ce qu’est une alimentation diversifiée et équilibrée. Ce sont de vieilles idées qui les freinent.

« Le sport est un allié précieux »

La nourriture peut être un refuge, mais aussi un plaisir. Comment concilier plaisir et équilibre ?

Chacun doit se poser la question : qu’est-ce que je fais pour réorganiser ma vie, mes repas, etc. ? Il faut trouver ce qui procure du plaisir dans la vie. Quand on arrête de fumer, on retrouve le goût, mais aussi l’odorat. Les sens sont éveillés et on peut se les approprier, à condition de ne pas se laisser déborder par la consommation.

Le sport est un allié précieux pour demeurer dans une stratégie plaisir. 

Le sevrage tabagique est l’occasion de faire un point sur son alimentation…

Après avoir vu un tabacologue, le patient peut consulter une diététicienne. En effet, chez certains fumeurs, l’arrêt du tabac peut aggraver les comportements. Quand nous identifions un problème alimentaire, une peur par rapport à la prise de poids, nous réfléchissons sur l’équilibre alimentaire et la nécessité de manger un peu de tout, en rapport avec ce qu’on dépense. Il faut toujours être dans un bien-être, prenant en compte la dimension du bien-manger. C’est pourquoi tout régime est proscrit.

Notre rôle est de guider, d’orienter, de donner des outils et des explications. En fonction de chaque profil, on essaie de proposer des solutions adaptées à chacun. Il faut essayer d’avancer, sans stigmatiser.

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