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Moulin de Giverny saisi, convocation aux prud’hommes… Enquête au cœur du système Balkany

Une ex-employée de leur moulin de Giverny qui conteste un licenciement abusif, une enquête signée Laurent Valdiguié…Le couple Balkany fait l’actualité judiciaire en janvier 2017.

 (Capture d'écran ©Google Street View)
(Capture d'écran ©Google Street View)

Des mises en examen qui s’enchaînent, des enquêtes sur la nature et provenance de son patrimoine, le couple Balkany doit aussi faire face au conseil des prud’hommes de Louviers (Eure).

Une de leurs anciennes employées du moulin de Cossy, leur propriété de Giverny (Eure) saisie en 2015 par la justice, attaque les élus de Levallois-Perret, contestant le motif de son licenciement. Remerciée en 2015 pour des raisons économiques, l’ex-employée refuse l’argument de revers de fortune du couple, rapporte Paris-Normandie.

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Les ennuis continuent pour les Balkany. Pour rappel :  un dossier de blanchiment de fraude fiscale et corruption est instruit à Paris. Un dossier complexe sur lequel revient le livre de Laurent Valdiguié, L’enquête Balkany, publié le 12 janvier 2017. Le rédacteur en chef des cellules « Société et investigation » au Journal du dimanche,  revient sur la traque judiciaire du couple Balkany.

Un couple aux abois ?

Mercredi 25 janvier 2017, le couple Balkany ne s’est pas présenté à l’audience. Les avocats du couple plaideront en juillet prochain, précise Le Parisien. De son côté, l’avocate de l’ex-employée du moulin de Cossy espère récupérer des dommages et intérêts, le licenciement étant, selon l’avocate de la plaignante, « sans cause réelle, ni sérieuse ».

Dans L’enquête Balkany, Laurent Valdiguié explique ce qu’aurait déclaré Isabelle Balkany.

Sur son indemnité de maire-adjoint de Levallois de 1 176 euros mensuels, les impôts prélèvent 526 euros. Il lui reste 650 euros.

Il poursuit : « Pour son mari, les impôts saisissent tous les mois 4 489 euros sur ses indemnités de maire et de député. Ils lui laissent 3 250 euros. Isabelle Balkany dit ne plus pouvoir payer ses impôts sur le revenu et a été obligée de licencier le personnel de Giverny. »

Difficile de connaître les finances et le patrimoine du couple, au cœur de la tourmente et d’une lourde enquête judiciaire. Villa à Marrakech, demeure à Saint-Martin et moulin en Normandie… Autant de dossiers sur lesquels planche la justice.

Le moulin perquisitionné en 2014

Le moulin de Cossy est la résidence des Balkany en Normandie. La demeure luxueuse (spa, hammam, piscine etc.), avant d’être saisie en 2015 par la justice, avait fait l’objet d’une perquisition en janvier 2014.

Laurent Valdiguié dresse un rapide état des lieux des découvertes faites par la police.

La policière de la police technique et scientifique va faire très exactement 297 photos. (…) La demeure principale compte quatre niveaux. La visite policière commence par le haut. Au dernier étage, dans les combles, une baignoire ancienne avec robinetterie de cuivre.

Et de soutenir : « La photographe prend systématiquement les toilettes en gros plan. Vraisemblablement dans la perspective d’une enquête sur les fournisseurs de sanitaires.

À ce niveau, une chambre avec deux lits séparés par une télé écran plat. La policière zoome des tableaux, sans manquer les signatures des peintres. Là encore, dans la perspective d’expertises éventuelles. (…) »

Des supposés toiles de maître

Un Picasso, deux Miró et un Dufy orneraient les murs de la demeure. Expertise faite, ces tableaux ne seraient pas des toiles de maître, dixit l’avocat du couple.

L’avocat apporte aussi des éclaircissements sur « les supposées toiles de maître » mentionnées lors de la perquisition au moulin. En mars 2015, les Balkany ont mandaté la maison Aguttes pour expertiser les quatre toiles, deux signées Miro, une signée Picasso et une signée Dufy. Concernant le premier Miró, sur fond vert, la société de ventes aux enchères écrit que le travail ne semble pas ancien.

Pour le journaliste, aucun doute, les Balkany ont soit des faux tableaux, soit des copies : « La technique ne nous semble sincèrement pas de la qualité de l’artiste. Nous sommes personnellement donc très sceptiques, voire très dubitatifs quant à l’authenticité de ladite œuvre, et en l’état actuel de nos connaissances sur l’artiste, nous n’engageons pas la responsabilité de notre maison quant à son authenticité. »

Et de poursuivre : « Même remarque pour le second Miró, fond beige. Pour le Picasso, la maison Aguttes a envoyé une photo au comité Claude Picasso qui ne pense pas que ce tableau soit de la main de l’artiste. Résultat analogue pour le Dufy. »

> LIRE AUSSI : Dans le moulin des Balkany, dans l’Eure, des tableaux intéresseraient la justice

Outre la collection de montres de marques de prestige (Boucheron, Cartier, Chaumet, Patek Philippe, Rolex, Bulgari), les policiers ont saisi le plan d’éclairage extérieur réalisé par une société basée en Île-de-France.

Piscine et pool house : des « cadeaux »

Selon Didier Schuller, ancien collaborateur de Patrick Balkany, le moulin, acheté 2,5 millions de francs en 1983, après les municipales, aurait subi des travaux pour « sept à huit fois le prix de la maison ». Il évoque le nom d’un ancien cadre d’une entreprise de BTP qui lui aurait dit à l’époque que la piscine et le pool house étaient « cadeaux ».

Le 16 janvier 2014, moins de 15 jours après sa précédente audition, l’ancien conseiller général est de nouveau dans le bureau du juge. Il s’est souvenu du nom d’une entreprise du BTP qui « aurait effectué des travaux importants de rénovation de Giverny de 2001 à 2004 ». Selon lui, cette même entreprise aurait toujours des marchés à Levallois. Sans le dire explicitement, Didier Schuller sous-entend que les travaux au moulin de Giverny étaient « en lien » avec les marchés publics de la ville.

Près de 800 000 euros de travaux

Une expertise économique des travaux réalisés dans la propriété des époux Balkany et leurs enfants a été menée par des spécialistes qui ont assisté à la perquisition au moulin et ont récupéré le permis de construire.

« Ils ont aussi obtenu des Balkany des factures concernant les travaux remboursés par l’assurance après la tempête de 1999. Faute d’autres factures, les deux hommes de l’art ont dû procéder à une batterie d’estimations savantes.

Leur conclusion tient en quelques tableaux chiffrés. Selon eux, en 1986, le chantier de rénovation du moulin a coûté l’équivalent de 767 283 euros. Si ces travaux avaient été réalisés en septembre 2014, ils avoisineraient, estiment-ils, les 2 millions d’euros », rapporte Laurent Valdiguié.

Parmi les travaux réalisés, la pose de luminaires destinés à l’usage collectif intrigue les experts. Coût estimé de l’opération : 20 000 euros.

Le camp Philip Morris au Havre : l’origine de la fortune familiale

Concernant son patrimoine, Patrick Balkany déclare qu’il doit sa fortune à la réussite de son père, qui aurait placé son argent en Suisse. Le fils aurait rapatrié les fonds familiaux pour acheter un appartement à Levallois.

Les travaux de Giverny auraient été financés avec ce même argent. L’histoire de Gyula Balkany (décédé en 1995), c’est l’histoire d’une success-story : résistant, Gyula a fui la Hongrie et le régime nazi. Rescapé du camp d’Auschwitz, il aurait fait affaire avec Aladar Zellinger, un cousin hongrois.  Selon Patrick Balkany, son père aurait ensuite fait la connaissance d’un Américain.

Hongrois d’origine lui aussi, c’était le commandant du camp Philip Morris, au Havre, qui ravitaillait l’ensemble de l’armée américaine en Europe ! Un jour, cet Américain a reçu l’ordre d’évacuer son camp, de tout vendre ou de tout détruire, raconte Patrick Balkany.

Il poursuit : « Avec son cousin Zellinger, mon père a racheté le camp, des milliers de jeeps, des dizaines de milliers de pneus, tout ce que pouvait avoir l’armée américaine. Ils ont vendu tout cela et gagné beaucoup d’argent. C’était en 1946 ou 1947, c’était avant que mon père se marie, avant que je sois né, avant qu’il soit français. »

Un récit difficilement vérifiable

En guise d’héritage, Patrick Balkany aurait touché 33 millions de francs de l’époque, payé sur trois ans. Une fortune discutable ?

Un récit difficilement vérifiable près de 80 ans plus tard… Les « camps cigarettes » américains ont bien existé et ont été progressivement fermés en 1946 quand la plupart des GI sont rentrés chez eux. Le camp Philip Morris, près du Havre, n’a pas été totalement démonté mais a servi à loger des sans-abris.

« Tout au long de l’année 1945, les relations franco-américaines se sont gangstérisées. De nombreuses bandes organisées se sont formées dans le but de vendre une quantité impressionnante de marchandises américaines avant le départ définitif des troupes », écrit l’historienne Noémie Fossé dans une thèse, rapportée par Laurent Valdiguié.

Présumés innocents

Héritage familial, blanchiment d’argent… Les Balkany sont sommés par la justice d’expliquer leur fortune et leur train de vie.

« En cette fin de l’année 2016, le parquet national financier prévoit une clôture de l’instruction rapide. Les deux magistrats pourront ou non renvoyer l’affaire devant un tribunal correctionnel et transformer cette enquête inédite, commencée fin 2013 mais amorcée dès 2001 dans un premier rapport de police, en éventuel procès pénal », conclut l’auteur de L’enquête Balkany.

Ce dernier  rappelant que le couple et les personnes citées dans son ouvrage sont toujours présumés innocents.

Infos pratiques :
L’enquête Balkany, de Laurent Valdiguié.
Éditions Robert Laffont.
Prix : 20 euros.