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Occupation et création d’une université libre : le mouvement étudiant se durcit à Rouen

Les étudiants de l’université de Rouen ont voté la grève, l’occupation des locaux et mettront sur pied une université libre proposant du contenu alternatif dès mardi 10 avril 2018.

Le mouvement étudiants s’ancre toujours plus à Rouen avec le vote de l’occupation des locaux et la création d’une université libre lors de l’AG du lundi 9 avril 2018 à Rouen (Seine-Maritime) (©Mathieu Normand / 76Actu)

Grève, locaux occupés et création d’une université libre. Voici les trois principales actions votées à l’unanimité lors de l’assemblée générale (AG) des étudiants de la faculté de Rouen (Seine-Maritime) lundi 9 avril 2018. Cette occupation sera effective dès mardi 10 avril.

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Plusieurs combats

Les étudiants protestent contre l’application à marche forcée de la réforme de l’accès à l’université et le très décrié Parcoursup, mais leur combat s’étend aussi à des solidarités. Ils ont décidé la mise en place d’une cagnotte locale pour les cheminots, mais aussi de se rendre le soir même au Théâtre des Arts à 18h, à la manifestation de soutien aux « zadistes » expulsés de Notre-Dame-de-Landes.

La participation reste encore timide sur les bancs de l’amphi 104 du bâtiment Satie, avec 200 à 300 personnes présentes, alors que les étudiants s’apprêtent à voter des suites de leur mouvement. Ils restent cependant déterminés à poursuivre leur lutte. Après avoir manifesté aux côtés des soignants jeudi 5 avril à l’occasion de la venue d’Emmanuel Macron et le matin même auprès des cheminots, ils se concentrent aujourd’hui sur les actions à mener au sein de la faculté.

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Sensibiliser plus de jeunes

Quelque chose prend. L’université rouennaise s’inscrit un peu plus fortement dans le mouvement qui touche plusieurs villes de France. Les jeunes comptent désormais sur un engagement de plus en plus fort des cheminots, présents par le biais d’une délégation, mais aussi des enseignants, venus plus nombreux que la semaine passée. L’un d’entre eux précise :

En plus du département de sociologie, ceux d’informatique, de biologie et de sciences de l’éducation ont voté une mention pour s’opposer à Parcoursup et ne pas se présenter aux commissions de sélection.Vous n’êtes pas seuls contre le dictat du gouvernement.

Pour faire peser les revendications étudiantes, la proposition d’occuper les salles pour créer une université libre proposant un ensemble de cours, de débats et de conférences alternatives, a été retenue à l’unanimité, plutôt que le blocage pur et dur. Les protestataires expliquent :

Face au projet de restriction d’accès à l’université, nous devons répondre au pouvoir par la seule chose qu’il peut craindre : un peuple uni et instruit de ses abus.

Afin d’accompagner cette action, les personnes mobilisées vont devoir gonfler leurs rangs. L’incertitude règne toujours chez de nombreux jeunes qui ne comprennent pas les tenants et les aboutissants de cette protestation. « Il faut que les personnes qui ne sont pas informées de ce qui se joue obtiennent les clés pour décider de se mobiliser ou non », souligne un étudiant soucieux d’élargir le mouvement.

Dans cette optique, une distribution de tracts va être effectuée au niveau d’un barrage filtrant sur le parking de la faculté à Mont-Saint-Aignan. « Une solution simple pour convaincre des gens autour de vous est de partager la page Facebook du mouvement« , souligne un membre du comité de mobilisation. Mardi 10 avril au matin, il va aussi être proposé aux enseignants, mobilisés en AG, de lire un message de sensibilisation sur la réforme et sur les différentes luttes lancées dans le pays à leurs étudiants au début de chacun de leur cours. 

Rester unis

Certaines inquiétudes viennent alimenter le débat au fil des discussions. Notamment celle d’un accaparement du mouvement par des jeunes syndiqués et affiliés à des partis politiques. Des membres du comité de mobilisation essaient de la gommer : « Ce comité est ouvert à tous et au plus grand nombre. Je n’ai pas d’étiquette. Je suis juste là pour défendre mon avenir », souligne une des participantes.

Un cheminot recadre le débat :  « Les AG doivent être souveraines, pas les organisations syndicales. C’est ici que doit se décider la marche à suivre. Il ne faut pas céder aux querelles et rester unis. Si on perd cette bagarre, c’est toutes les générations qui vont morfler. Hors de question. »

La peur des violences trottent aussi au coin de certaines têtes. Au moment où les étudiants rouennais échangent dans cet amphi, d’autres se font gazer à Nanterre, après avoir décider d’occuper leurs salles. Face à cela, un enseignant à un message clair : si le president d’université fait usage de la force en appelant les CRS, « ce sera le point de non-retour. »