Une fois encore, l’Etat central jacobino-parisien dirigé par un ancien banquier d’affaires peu regardant quant au principe de préserver l’indépendance stratégique et énergétique de la France (que l’on se souvienne un peu du rôle joué par un certain Emmanuel Macron dans la cession de l’activité turbines d’Alstom à l’américain Général Electrics: https://www.lemonde.fr/economie/article/2017/09/27/emmanuel-macron-et-alstom-une-longue-histoire_5192101_3234.html ), démontre son incapacité à mener une politique d’intelligence territoriale de long terme en matière industrielle ou énergétique au moment même où nous en aurions le plus besoin pour assurer cette fameuse transition énergétique qui n’existe, pour lors, que dans les discours (c’est le point commun entre un ministre du Gouvernement et une éolienne: ça brasse du vent…) alors que les climatologues craignent désormais un emballement du phénomène de réchauffement climatique planétaire d’ici la fin du siècle qui rend, d’ores et déjà, caduc l’objectif de la conférence de Paris de maintenir ce réchauffement à moins de deux degrés.
On vient donc d’apprendre, dans la torpeur de la canicule estivale que le gouvernement n’avait toujours pas confirmé sa participation financière au projet de développer au niveau industriel le potentiel hydrolien du plus puissant courant de marée d’Europe (et le second mondial) situé dans le Raz Blanchard au large de La Hague: en conséquence, Naval Energies, la filiale spécialisée de Naval Group (ex DCNS dont l’Etat central français reste le principal actionnaire) vient d’annoncer son retrait de ce projet pourtant si prometteur…
On savait que Monsieur Hulot ainsi que les grands corps d’ingénieurs de ce jacobinisme techno typiquement français ne croyaient pas vraiment à cette opportunité qu’ils trouvent… trop cher!
Un ancien banquier d’affaires, un ancien lobbyiste d’Aréva et un ancien présentateur télé représentant en shampoing douche même pas bio ont donc décidé de s’aligner sur la ligne de ces Messieurs de Bercy: les radoteurs suivent donc les raboteurs, voilà qui semble aller de soi!
Sauf que du côté de La Hague, en cette pointe extrême occidentale de notre Normandie qui subit un « pacte faustien » avec l’électro-nucléaire et ses déchets radioactifs depuis la fin des années 1960, la colère gronde chez les élus… Enfin!
Car, armé d’un bon sens élémentaire, chacun pourra faire le constat scandaleux suivant lorsqu’on se promène du cap de Flamanville jusqu’à celui de Goury dans le prolongement duquel bouillonne le fameux Raz-Blanchard:
1) Sous le cap de Flamanville, on construit à grand peine le grand sarcophage qui va enterrer la monoculture de l’électro-nucléaire: près de
11 MILLIARDS €
… balancés dans ce gouffre de béton mal banché et de métal mal soudé dont le branchement au réseau vient d’être repoussé à… 2020!
2) Au large du phare de Goury, le Raz-Blanchard offre un potentiel dont la puissance énergétique inégalée et la régularité confinent à la perfection: c’est gratuit et cela ne pollue pas.
Ce gouvernement a donc décidé que ce don gracieux de la Nature ne méritait pas qu’on y dépense le moindre centime!
En outre, cette décision n’est pas clairement assumée puisque Monsieur Hulot ou Monsieur Philippe se défaussent sur un opérateur industriel lié organiquement à un groupe encore contrôlé par l’Etat et qui est, en conséquence, contraint de prendre la décision que MM. Hulot et Philippe ne veulent pas eux-mêmes prendre… Minable!
Bref! Pour résumer, d’un cap à l’autre de La Hague:
- un gâchis opiniâtre et électro-nucléaire qui va nous coûter au moins… 11 MILLIARDS
- une mesquinerie gouvernementale sur l’hydrolien sous prétexte que cela coûterait… trop cher!
Cela fait beaucoup, beaucoup trop pour un seul territoire!
Il faut donc réagir:
1° D’abord, prendre pleinement conscience que l’Etat central prend les élus Normands pour des imbéciles d’autant plus que l’expertise et la maîtrise des haut-fonctionnaires ingénieurs de l’Etat central pour piloter des grands projets industriels et énergétiques n’est plus aussi certaine. Le SCANDALE de l’EPR le démontre.
2°Ensuite, démontrer qu’une ambition d’intelligence territoriale notamment dans le domaine stratégique de l’innovation industrielle peut être portée à l’échelle régionale par les collectivités territoriales et d’autres acteurs régionaux puisque l’Etat central est DEFAILLANT: le dossier de l’hydrolien normand est donc un défi pour une montée en puissance décisive d’une ambition normande en ce domaine jusqu’à présent chasse gardée de l’Etat central.
3°Enfin, agir par la mobilisation de moyens alternatifs de financement et assurer une montée en puissance d’une certaine souveraineté financière normande puisque, là encore, l’Etat est défaillant:
Le moment de lancer un fonds souverain normand semble être arrivé avec un tel dossier en complément d’une mobilisation des fonds européens.
Compte tenu de la position géographique du potentiel du Raz-Blanchard, il serait très judicieux d’établir avec nos cousins des îles anglo-normandes un partenariat stratégique financier et industriel pour développer ensemble un programme hydrolien… normand.
Voir cet article proposé sur le site de France 3 Normandie:
A Cherbourg, Naval Energies noient les ambitions françaises dans l’hydrolien
Naval Energies, un des leaders industriels du secteur de l’hydrolien, a décidé de stopper ses investissements faute de soutien de l’Etat. L’entreprise venait pourtant d’inaugurer sa première usine à Cherbourg il y a un mois et demi.
Publié le 27/07/2018 à 10:12Mis à jour le 27/07/2018 à 12:23
Jeudi 14 juin dernier, la toute première usine de fabrication d’hydrolienne était inaugurée en grande pompe sur le port Cherbourg dans le nord Cotentin.
Ce site de 5 500 m2 devait permettre de construire une hydrolienne toute les deux semaines, soit vingt-cinq par an. I
Mais déjà en juin, la fête était ternie par les menaces qui pesaient sur le secteur. Naval Energies, filiale de Naval Group (ex DCNS), indiquait, comme d’autres industriels, que la viabilité du domaine hydrolien était conditionné au soutien public.
Or dès le début le gouvernement était timoré sur ce projet. Le jour de l’inauguration, le président de la Normandie, Hervé Morin avait déclaré à notre micro :
« Nicolas Hulot m’a dit : « je ne suis pas convaincu et je n’ai pas la démonstration que cette filière là est viable ». Il y a quand même quelque chose d’assez ahurissant. Les Japonais y croient, les Canadiens y croient, et nous, qui avons la première usine d’assemblage au monde, en Normandie et en France, nous n’y croirions pas ? »
Remous dans la filière hydrolienne
Les hydroliennes, turbines sous-marines qui transforment les courants marins en électricité, suscitent depuis de nombreuses années l’espoir d’une source d’énergie propre, sans les nuisances visuelles causées par les éoliennes.
La France dispose au large de la Manche, à une demi-journée de Cherbourg, dans le raz Blanchard, du deuxième courant marin le plus puissant au monde et de nombreux autres « gisements » au large de ses côtes.
Naval Energies, qui a déjà investi 250 millions dans la filière depuis 2008, a évoqué un « décalage entre l’offre technologique et la demande du marché » et dénoncé « le système de subventions qui n’apporte pas d’aides directes aux constructeurs », ne permettant pas à l’industrie de « financer seule » le développement de ce secteur.
Selon l’entreprise l’absence de soutien public à ces technologies dont le coût était jugé trop élevé, a noyé le projet. L’Etat n’ayant émis aucun appel d’offre.
Colère des élus locaux
La construction de l’usine, qui représentait un investissement de 10 millions d’euros financé en partie par les collectivités locales, avait démarré en juillet 2017. Avec seulement deux commandes fermes d’hydroliennes (au Japon et Canada), le site tournait au ralenti avec juste une poignée de salariés.
« Nicolas Hulot a tué une filière d’avenir pour les énergies marines renouvelables. C’est tout de même un comble pour un ministre qui se veut écologiste », a accusé Benoît Arrivé, maire de Cherbourg-en-Cotentin.
Dans un communiqué commun la région Normandie, le département de la Manche, l’agglomération et la mairie de Cherbourg ont déclaré regretter cette décision:
» Elle illustre une fois de plus l’incapacité de l’Etat à porter dans la durée une stratégie industrielle : la stratégie hydrolienne de Naval Group a été lancée sur incitation de l’Etat et après des investissements lourds opérés par l’Etat lui-même et les collectivités locales. Les retards, les hésitations puis le silence de l’Etat ont eu raison de ce grand chantier. »
Une centaine de collaborateurs principalement en Irlande, et 9 salariés à Cherbourg, sont concernés par l’arrêt de l’activité hydrolienne. Mais c’est toute la filière qui est fragilisée
Voir aussi la réaction de Laurent Beauvais sur sa page Facebook: l’ancien président de région normand avait été un ardent défenseur et promoteur, avec le soutien actif de Bernard Cazeneuve, du projet industriel hydrolien pour l’avenir de Cherbourg: il invite à ne pas baisser les bras et à continuer la mobilisation. C’est aussi notre position.
« C’est une grosse déception mais tout n’est peut être pas perdu ! Nous sommes dans une économie des énergies marines qui n’a pas et de loin, réglé ses problèmes de compétitivité sans la puissante intervention de l’Etat . On peut espérer si la mobilisation politique intervient, que le cours des choses reprennent favorablement pour Cherbourg et l’hydrolien . Car il ne faut pas oublier que nous sommes loin encore des développements industriels envisageables . Le gouvernement donne l’impression de baisser les bras ! Comment cela se passe t’il à l étranger de ce point de vue ? Cherbourg ne doit pas désespérer mais il faut éclairer cet enjeu, ce que le gouvernement ne semble pas vouloir faire ! »


