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Patrimoine. L’ancien cimetière médiéval du Mont-Saint-Michel découvert par les archéologues

Depuis janvier 2017, des fouilles sont réalisées dans la grande rue du Mont-Saint-Michel, par les archéologues de l’INRAP. Ils ont découvert le vieux cimetière paroissial.

Depuis le 5 janvier, des fouilles sont réalisées dans la grande rue du Mont-saint-Michel, par les archéologues de l'INRAP sous la direction d'Elen Esnault (à droite).
Depuis le 5 janvier, des fouilles sont réalisées dans la grande rue du Mont-saint-Michel, par les archéologues de l'INRAP sous la direction d'Elen Esnault. (Photo ©Gilles Le Gendre/La Presse de la Manche)

À l’occasion de travaux de réfection des réseaux réalisés dans la grande rue du Mont-Saint-Michel (Manche), les fouilles effectuées par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) ont permis la découverte inattendue du vieux cimetière paroissial, vraisemblablement abandonné au XIIIe siècle.

Des fouilles préventives

Au pied de l’église paroissiale Saint-Pierre, la grande rue a des allures chaotiques. Ouverte et décaissée sur près d’un mètre de profondeur, la venelle laisse entrevoir ses entrailles et son réseau d’assainissement, mis en place en 1913.

Décidés par la commune du Mont-Saint-Michel, de gros travaux d’aménagement sont en cours.

Comme l’impose la loi depuis 2001, des fouilles archéologiques préventives et préalables aux travaux sont en cours pour détecter la présence d’objets ou de données patrimoniales qui pourront ensuite être étudiés et sauvegardés.

Une trentaine de squelettes découverts

Cinq archéologues de l'INRAP assistés d'une anthropologue exhument un à un les ossements qui seront ensuite transportés au laboratoire de l'INRAP à Bourguébus (Calvados) pour datation.
Cinq archéologues de l'INRAP assistés d'une anthropologue exhument un à un les ossements qui seront ensuite transportés au laboratoire de l'INRAP à Bourguébus (Calvados) pour datation. (Photo ©Gilles Le Gendre/La Presse de la Manche)

Depuis 15 ans au Mont-Saint-Michel, les opérations de détection archéologiques sont réalisées par l’INRAP, qui suit les travaux de réfection et de restauration. Dans la grande rue, les archéologues recherchaient les vestiges de fortifications érigées en 1256 et arasées au XVe siècle ainsi que ceux d’une porte de la ville édifiée au XIIIe siècle.

Certes, les fouilles ont bien révélé les traces de cette enceinte dont les contours ont ainsi pu être précisés, mais les archéologues ont fortuitement découvert l’ancien cimetière du village dont l’installation par les habitants est antérieure au XIIIe siècle. « C’est une découverte inédite », précise Elen Esnault, archéologue, responsable du chantier de fouille pour l’INRAP. « L’État a prescrit une fouille préventive qui a démarré le 5 janvier pour une durée de trois semaines. »

Aujourd’hui, nous avons mis au jour une trentaine de sépultures dans la rue. Ce ne sont pas des sépultures entières. Souvent, elles ont été piétinées, car il y a eu plusieurs superpositions d’inhumations qui s’étendent sous les murs du bâti actuel. On n’a pratiquement pas de mobilier, très peu de tessons de céramique, aucune monnaie pour dater les ossements qui sont très bien conservés.

Le cimetière est coupé par une large tranchée de fondation qui est située à l’emplacement supposé du rempart.

« On est bien ici dans le prolongement du petit bout d’enceinte qui subsiste près de la tour Nord. On est vraisemblablement au niveau du rempart sur une entrée de ville du XIIIe siècle. Au niveau historique, on sait que ce rempart a été construit au milieu du XIIIe siècle.»

Datation des ossements au carbone 14

Elen Esnault admet toutefois que des recherches complémentaires devront avoir lieu pour définir la date exacte du cimetière .

Si ce rempart-là date bien de cette époque, le cimetière est forcément antérieur au XIIIe siècle. On ne sait pas par contre quand le cimetière a été installé. Peut-être au VIIIe siècle. Ce sont des éléments que nous découvrirons en post-fouilles avec la datation des ossements au carbone 14.

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Dans le fond et sur les flancs de la tranchée de fouille, des tibias et des bassins jaunis par le temps pointent à travers la terre. Cinq archéologues de l’INRAP assistés d’une anthropologue exhument un à un les ossements qui seront ensuite transportés au laboratoire de l’INRAP à Bourguébus (Calvados) pour datation.

À l’issue, ils devraient être ramenés au Mont-Saint-Michel et déposés dans un ossuaire.

De nouvelles informations sur le Mont

Grâce à ces fouilles, alors qu'on croit tout savoir sur le Mont-Saint-Michel de très nombreux trésors patrimoniaux ont été découverts.
Grâce à ces fouilles, alors qu'on croit tout savoir sur le Mont-Saint-Michel, de très nombreux trésors patrimoniaux ont été découverts.(Photo ©Gilles Le Gendre/La Presse de la Manche)

« Cette fouille a plusieurs enjeux scientifiques, notamment au niveau du premier village, dont on ne connaît rien. On parle du VIIIe siècle mais on ne sait pas exactement quand se met en place la première église. On peut dire pour l’instant qu’on a des adultes et des enfants qui sont inhumés. Avec les études post-fouilles, on pourra donner précisément les âges, les sexes, les maladies, les carences et connaître un peu mieux la population qui vivait au Mont-Saint-Michel ».

Concrètement, il se pourrait que l’on soit en présence des premières générations de bâtisseurs, tailleurs de pierre ou de charpentiers qui sont venus construire le Mont-Saint-Michel et peupler le village avec leur famille.

Claude Le Potier, directeur interrégional de l’INRAP s’émerveille : « On croit savoir tout sur le Mont-Saint-Michel. En fait, avec ces fouilles, on a désormais accès à des informations que l’on aurait jamais décelées autrement. C’est un moment magique ». Très prochainement, les archéologues débuteront des travaux de fouilles au niveau du cloître de l’abbaye pour retrouver les niveaux d’origine des sols qui ont été exhaussés lors d’une phase de restauration.

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Gilles Le Gendre/ La Presse de la Manche