Mendicité agressive, chiens non tenus en laisse… Selon la conseillère municipale LR de Rouen Marie-Hélène Roux, la rue du Gros-Horloge connait un climat d’insécurité grandissant. Elle a lancé une pétition. (©SL / 76actu)
« Le sujet est vieux comme la rue du Gros-Horloge piétonne », ironise José Ortuzar, vice-président des Vitrines de Rouen (Seine-Maritime), principale association de commerçants de la ville. Il soutient la pétition lancée, vendredi 14 septembre 2018 par Marie-Hélène Roux, conseillère municipale Les Républicains (LR), contre « les incivilités » et « la mendicité agressive » qui seraient légion dans cette artère historique majeure.
LIRE AUSSI : « Personne ne doit dormir à la rue » : alors pourquoi sont-ils si nombreux à Rouen ?
Des marginaux « agressifs » qui « envahissent l’espace public »
Sur internet, la pétition n’a pas fait d’émules : 46 signataires en 12 jours. « Je n’en espérais pas 500 », rigole Marie-Hélène Roux au téléphone. En plus du web, elle a fait signer une version papier du texte dénonçant « une insécurité grandissante » parmi les commerçants et habitants du quartier, où elle réside. La cause, selon la conseillère municipale ? « Des marginaux avec des chiens non attachés », qui « envahissent l’espace public » et « les entrées d’immeubles en nous insultant » et sont « agressifs ».
Maire de Rouen: Contre les incivilités en centre ville de Rouen – Signez la pétition ! https://t.co/aKIhFXb7Et via @ChangeFrance
— Marie Helene Roux (@mariehroux76) September 14, 2018
Un constat qui, nous dit-on, fait consensus chez les commerçants, puisqu’une vingtaine auraient signé la version papier de la pétition envoyée au maire socialiste de Rouen, Yvon Robert. Pour Marie-Hélène Roux, comme pour José Ortuzar, « la police municipale ne fait rien, on ne la voit pas ». Surprise, pour Jean-Loup Gervaise, l’adjoint en charge de la tranquillité publique :
Nous avons une brigade de proximité de huit personnes dédiée à la zone piétonne. Les policiers verbalisent sur l’alcool sur la voie publique, l’ivresse, les chiens non tenus et les stupéfiants.
Il dénombre, en 2017, 58 procédures pour des individus alcoolisés dans le quartier, « un par jour sur la ville environ », calcule l’adjoint. 75 % concerne des personnes domiciliées au Centre communal d’action sociale.
Deux procédures sont en cours pour des chiens : « D’abord, on prévient. Ensuite, on verbalise. Si on constate des récidives, on saisit les chiens. » Ni la police, ni les pompiers, n’ont été sollicités pour des plaintes visant des animaux ou pour des morsures et autres bobos. Il rappelle, aussi, que certains faits ne relèvent pas de la police municipale, mais nationale, comme les bagarres qui surviennent parfois.
Les places pour la manche, « c’est le Monopoly »
Quid de la « recrudescence » qui alarme Marie-Hélène Roux ? « J’y passe souvent, je fais le point tous les lundis avec la préfecture, je n’ai pas l’impression qu’il y ait une recrudescence des incivilités », pose Jean-Loup Gervaise. Une question de ressenti, donc. Mardi 25 septembre, ils étaient une dizaine. À dix mètres de la célèbre horloge avec son chien, Steeve, 24 ans, témoigne :
J’ai jamais eu de souci avec personne. Sauf une fois, quand on m’a dit de dégager alors que je ne mendiais pas. Donc là, j’ai mal parlé, parce qu’on me parlait mal, c’est vraiment rare. Mais sinon ça va. Je jette mes déchets à la poubelle, j’insulte personne, je suis pas casse-couilles.
Il pense que « les gens visés par cette pétition sont ceux avec des canettes ». À ses côtés, Flo raconte « toujours remballer » quand la police le lui demande. Il vend des cendriers en aluminium pour vivre. « Avec la police, ça se passe bien presque tout le temps. Les gars obéissent aux ordres, ils ont peut-être pas envie de me dire de partir, mais ils font leur boulot », comprend le jeune homme de 23 ans. L’artère est vitale, pour la manche.
« C’est le Monopoly, j’ai déjà vu des bastons pour des places », nous disait Thomas, SDF de 24 ans, en décembre 2017. Lui s’assied rue des Carmes et mardi, il vantait ses bonnes relations avec les commerçants, « très sympas ».
« Il suffit de leur parler comme à des humains »
La plupart sont jeunes. « Beaucoup d’étudiants », jure une des responsables du restaurant McDonald’s de la rue :
La plupart ne sont pas agressifs. J’ai plus de problèmes avec les clients ivres le soir, qui nous insultent ou nous jettent des sandwiches à la gueule. Il faut casser les préjugés. Il suffit de leur parler comme à des humains, et pas comme à des chiens. Ils comprennent.
Chez elle, la règle c’est « pas sur les marches, sur les pavés ». Elle empêche de rentrer ceux qui veulent mendier à l’intérieur. « C’est dommage d’être dans la paranoïa. Si j’avais vu cette pétition, je ne l’aurais pas signée. » Une autre responsable, ancienne sans-abri, constate qu’ils sont « plus nombreux », mais « ça ne dégénère jamais ».
« De la récupération politique »
Le problème, comme le souligne José Ortuzar, « est vieux ». Depuis juin, il a reçu « 39 alertes » des commerçants… sur toute la ville et « pas seulement » pour des marginaux. Il raconte, indigné, comment « les va-nu-pieds empêchent les touristes de prendre des photos du Gros-Horloge ». Dramatique ! Lui, comme Marie-Hélène Roux, s’inquiète de l’image renvoyée aux visiteurs. Pas de doute pour lui, « il faudrait mettre un coup-de-pied dans la fourmilière », car « même si ce n’est pas Waterloo, ce n’est pas beau pour la ville ».
Les partisans du grand nettoyage en appellent donc au maire. Où iraient les sans-abri et démunis du Gros-Horloge ? « Pas mes oignons », rétorque José Ortuzar, qui « subit » la présence « des Deschiens ». S’il dit être conscient « de la récupération politique » de Marie-Hélène Roux, il salue « une initiative qui va dans le bon sens ». Elle aura pour effet d’inciter à une rencontre entre les commerçants et la mairie, assure Jean-Loup Gervaise :
C’est dommage de ne pas avoir prévenu nos policiers, ni de m’en avoir parlé. Je vais répondre aux signataires, leur dire que des choses sont faites, que je les entends et je vais les recevoir.
Il n’est pas envisagé d’amplifier la présence policière, « déjà renforcée ». D’autant que la question est, en toute logique, de saison : l’été, « il y a plus de touristes, donc ça attire plus de monde pour la manche ». S’il insiste sur « la consigne donnée de faire respecter la légalité républicaine », Jean-Loup Gervaise en rappelle un principe de base : « Dans la rue, sur l’espace public, la liberté de circuler ou de s’asseoir, est une liberté fondamentale. Les gens avec un look qui détone ont le même droit. On ne va pas faire comme à Besançon (Doubs), ce serait de la discrimination. Je rappelle que notre devise, c’est liberté, égalité et fraternité. »