Après avoir été consultant pour un grand groupe, Julien Hue a décidé de revenir aux racines pour reprendre l’entreprise familiale Hafa à Yvetot. (©DR)
L’entreprise Hafa, dont le siège est basé à Yvetot (Seine-Maritime), c’est l’histoire d’une saga familiale. Même si rien ne l’y prédestinait, Julien Hue a fini par reprendre cette PME spécialisée dans les lubrifiants, fondée par son arrière grand-père dans les années 1950, puis consolidée par son grand-père.
Ce trentenaire, ancien consultant senior chez Ernst & Yong à Paris, a décidé de revenir aux racines en reprenant les rênes d’Hafa en 2014. En difficulté à l’époque, l’entreprise se tourne désormais vers l’avenir et l’international.
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Une entreprise « qui n’avait plus trop de projets »
Julien Hue connaissait bien l’entreprise, même si son parcours l’en avait éloigné. Adolescent, il travaillait à la chaîne l’été, pour remplir les bidons d’huile. « Des gens qui me guidaient dans mon travail à l’époque sont toujours présents aujourd’hui », raconte-t-il. Quand les actionnaires, pour une bonne partie des proches, lui ont demandé de prendre la tête du groupe, il n’a pas longtemps hésité.
Après avoir été consultant pour les TPE et PME pendant des années, je pensais de plus en plus à passer de l’autre côté, à la mise en œuvre. Il y avait bien sûr aussi la dimension familiale et un beau challenge.
Historiquement, Hafa est un groupement de plusieurs entreprises spécialisées dans la fabrication de produits et de solution autour du lubrifiant. Un marché très ouvert et concurrentiel, puisqu’il s’adresse aussi bien au monde de l’automobile, qu’à celui de l’agriculture ou encore à l’industrie. Partout où il y a des moteurs, en somme.
Le Normand de la bande a racheté les autres petit à petit, prenant progressivement le leadership. Aujourd’hui, Hafa compte cinq sites de production et de recherche et développement répartis sur l’ensemble de la France. Seules deux entités sont restées indépendantes au sein du groupe, à Nice (Alpes-Maritimes) et dans le nord-est. Julien Hue est arrivé d’abord comme consultant en 2013, alors que l’entreprise s’apprêtait à changer de directeur général. Il se rappelle :
Mon prédécesseur avait bien pris le virage de la consolidation, mais on arrivait à la fin d’un cycle. L’entreprise n’avait plus trop de projets. Elle avait grandi, mais elle continuait à fonctionner comme l’entreprise de 30 personnes qu’elle était à l’origine alors qu’elle en comptait 80.
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Un chiffre d’affaires en progression depuis trois ans
Une fois à la tête, il a fallu tout revoir : reconstruire l’ensemble des services, retravailler les gammes de produits, revoir le marketing et la communication, mettre en place un système informatique « colonne vertébrale » de l’entreprise.
L’image de marque a aussi été changée en profondeur. Cela passe par la modernisation, la création de partenariats avec le milieu de la course automobile ou plus récemment avec le Rouen Normandie rugby, mais aussi avec la fin d’un « certain complexe d’infériorité ».
Notre métier historique ciblait les TPE et les PME : le petit garage ou l’exploitant agricole du coin. Cela reste nos cibles majeures, mais on ne s’interdit plus de s’adresser aux grands comptes pour lesquels nous avons créé une division.
Hafa travaille par exemple avec des entreprises comme Kiloutou, ArcelorMittal, mais aussi avec les ports du Havre et de Rouen, la RATP et « des collectivités partout en France ». « Un élément de fierté pour les équipes ». Pour faire face à l’érosion du marché en France, le groupe s’est tourné vers l’export, qui représente désormais 9 % du chiffre d’affaires, avec une focalisation sur l’Afrique.
Il a aussi entamé une diversification avec la création de services pour ses clients, à travers des diagnostics et des applications leur permettant d’optimiser l’utilisation et la gestion de leur parc de machines. Le résultat est là, avec trois millions d’euros de progression en 2016 sur un chiffre d’affaires global de 40 millions d’euros. Les équipes aussi ont grandi, passant de 85 à plus de 100 collaborateurs.
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« De nombreuses entreprises à reprendre »
« La pente sur laquelle glissait l’entreprise a été remontée », assure Julien Hue. Il reste tout de même prudent. « On était en rattrapage. Maintenant, il faut qu’on se développe. » Avec des équipes renouvelées, des nouveaux objectifs et des « projets dans tous les sens », le jeune entrepreneur part bien armé.
Lui qui souhaitait du concret, a été servi au-delà de ses espérances. « C’est hyper stimulant. Parfois très compliqué aussi, parce que la tâche est lourde. Avec beaucoup d’énergie et de volonté, on arrive à faire de belles choses. » Il encourage même tout ceux qui hésiteraient encore à franchir le pas de l’entrepreneuriat. Avec un message :
La mode autour de la start-up, c’est super en plus d’être bénéfique pour notre tissu économique, mais il est aussi possible d’entreprendre à travers la reprise d’une entreprise existante. Il y en a partout sur notre territoire, qui meurent.
À bon entendeur.