
Le scandale est venu des réseaux sociaux. Dans la nuit du samedi 3 au dimanche 4 février 2018, une habitante de Rouen (Seine-Maritime) a diffusé la photographie d’un magasin de vêtements de la rue du Gros-Horloge. Accroché à ses grilles, des dizaines d’habits sortis des poubelles, neufs, mais lacérés au cutter puis jetés. L’internaute à l’origine de l’image dénonce une pratique qui, selon le magasin, respecte « la procédure » édictée.
Jeans, chemises et doudounes éventrés
C’est une intrigante exposition, réalisée par un « artiste inconnu », selon Nathalie Beauval, la photographe qui était de passage rue du Gros-Horloge, en début de soirée samedi. Elle a constaté l’étalage de jeans, chemises et doudounes accrochés à la grille du magasin Celio de la principale artère commerçante de Rouen. Tous ces vêtements avaient été jetés aux ordures, après avoir été minutieusement découpés au cutter.
Partagée plus de 9 000 fois depuis sa publication dimanche matin à 00h30, la photographie a suscité une avalanche de commentaires outragés, dénonçant cette pratique comme l’a fait Nathalie : « Cela m’a interpellé, ça m’a fait réagir ». Elle résume : « Non au gâchis, oui au don. »
« Des vêtements impropres à la vente ou au don »
Une devise que ne rejettent pas les salariés du magasin, insultés par plusieurs passants, lundi matin. Ils se défendent de l’inhumanité dont on les accuse :
Ce sont des vêtements impropres à la vente ou au don. Nous avons eu une inondation et des travaux, des vêtements ont été aspergés de produits. Celio fait déjà des dons, mais là, ce n’était pas possible.
Une explication locale confirmée par Celio au niveau national. Sa communication indique à Normandie-actu qu’il n’est « pas question de jeter des vêtements mettables à la poubelle ». De plus, la société insiste sur sa « politique éthique » de traitement des invendus. L’entreprise travaille avec l’Agence du don en nature, qui fédère des centaines d’associations qui distribuent des biens non vendus. « Là, ce n’était pas possible, rien n’était portable. »
En cause, selon les employés, les risques sanitaires que ces vêtements pourraient causer. « Si les gens les prennent et les mettent alors qu’il y a un produit dessus et qu’ils ont quelque chose, cela sera de notre faute », nous explique-t-on, nous assurant avoir « des règles à respecter » et l’obligation « de lacérer les vêtements ». Certains des salariés sont arrivés bien avant l’ouverture, lundi 5 février, pour décrocher l’œuvre éphémère.
« Des chaussures défectueuses », mais pas que
Une exposition repérée, au-delà des réseaux sociaux, par d’autres commerçants pointés du doigt. « Je pense que nous sommes beaucoup à faire cela, c’est la procédure », nous livre-t-on au magasin Courir, en face du Celio incriminé. La boutique de chaussures a elle aussi été ciblée dans de nombreux commentaires, accusée des mêmes pratiques. « C’est vrai, tout est lacéré », dit une salariée en expliquant le cas de son enseigne :
Ce sont des chaussures défectueuses, déjà trouées. Ce sont des produits sales, je ne les donnerais même pas à une association.
Défectueux et sales, mais pas que : « On les lacère également parce que quelqu’un peut récupérer un pied dans une poubelle et l’autre sur un présentoir. » Dans l’arrière-salle, trois boîtes à chaussures attendent. Deux sont seules, parce que la deuxième chaussure de présentation a été volée. La troisième est une paire, dont une basket est endommagée et ne peut être renvoyée vers les magasins de déstockage de l’entreprise.
Seul le gaspillage alimentaire est puni par la loi
Certains magasins pratiquent eux le recyclage de leurs invendus. Toujours est-il qu’aucune loi ne contraint les entreprises à adopter une pratique plutôt qu’une autre en matière de déchets non-alimentaires.
Seule la destruction volontaire de produits alimentaires est punie, depuis 2016, détaille Legifrance : « Un distributeur du secteur alimentaire qui rend délibérément impropres à la consommation les invendus alimentaires encore consommables, sans préjudice des dispositions réglementaires relatives à la sécurité sanitaire, est puni d’une amende de 3 750 €. »