
Deux sénatrices, Esther Benbassa (EELV) et Catherine Troendlé (LR), ont dressé un bilan sévère de la prise en charge des djihadistes en France. Dans un rapport remis le 22 février 2017, elles constatent l’« échec » d’un programme constitué à la « hâte » par le gouvernement. Dans ce document, réalisé au nom de la commission des Lois, les deux sénatrices prennent pour exemple l’expérimentation conduite au centre de Pontourny (Indre-et-Loire). Ouvert à l’automne 2016, il n’a accueilli que neuf pensionnaires au plus fort de son activité, pour une capacité totale de 25 places.
En Normandie, les signalements sont nombreux et des foyers sont clairement identifiés par les autorités, notamment au Havre (Seine-Maritime). Les services de l’État ne cachent d’ailleurs pas leur inquiétude. On fait le point dans la région.
« L’inefficacité des centres de déradicalisation »
Un mois avant la sortie de ce rapport, la préfète de la région Normandie, Nicole Klein, avait pris la liberté devant la presse de pointer « l’inefficacité des centres de déradicalisation ». Et d’ajouter, le 23 janvier 2017 : « Personne ne sait appréhender véritablement le sujet ».
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Fin février, la représentante de l’État avoue à Normandie-actu rencontrer « une difficulté devant ce phénomène de radicalisation ». Un échec vécu en Seine-Maritime : l’attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray.
Je l’ai vécu de près. Un des deux assassins du père Hamel, Adel K. était connu depuis longtemps. On en parlait en réunion de sécurité, on savait qu’il posait problème. Il s’est radicalisé en prison. Son cas relevait de la pédo-psychiatrie. Il a convaincu un juge qu’il était sorti de ça… résume amèrement Nicole Klein.
Adel K. était sous la seule contrainte d’un bracelet électronique lorsqu’il a égorgé Jacques Hamel.
« Le problème n’est pas résolu »
Chaque semaine, une réunion de sécurité se tient en préfecture de Rouen, en présence des forces de l’ordre et de représentants du renseignement intérieur et territorial. « Ces problèmes de radicalisation ne sont pas ignorés », précise la préfète de Normandie, tout en avouant que « le problème n’est pas résolu ».
Les services de l’État ont reçu près de 400 signalements pour radicalisation. L’Éducation nationale joue un rôle important dans cette remontée d’informations, même si longtemps, elle « a été très réticente, avec une position éthique des enseignants qui estimaient ne pas devoir signaler », détaille Nicole Klein.
Des craintes sur Le Havre
Les services de l’État ont pu établir une cartographie précise des foyers de radicalisation en Normandie, sur la base de ces signalements. « Il y a des raisons qui font regarder Le Havre avec une vigilance particulière », confie ainsi Nicole Klein à Normandie-actu. Les festivités annoncées avec les 500 ans de la ville, ne rassurent pas les autorités.
Le principal foyer au Havre se trouve certainement au centre pénitentiaire , classé « sensible », comme 26 autres établissements en France. Une trentaine de détenus radicalisés y sont enfermés, dont quatre pour des faits de terrorisme. Le grave loupé survenu lors de la sortie de l’un des assassins du père Hamel ne devrait cependant pas se reproduire, selon Nicole Klein :
Un référent de l’administration pénitentiaire travaille en lien avec le renseignement, c’est nouveau. Normalement, personne ne devra sortir les mains dans les poches. Tout cela est suivi.
Les 50 bonnes idées contre la radicalisation
Renseignement, répression et prévention sont, pour la future ex-préfète de Normandie, la solution pour sortir de la noirceur djihadiste. Le Département de Seine-Maritime, la Caisse d’allocations familiales et l’État ont lancé un appel à projets en décembre 2016, dans le cadre du dispositif de prévention de la radicalisation. Particuliers et associations avaient jusqu’au 27 janvier 2017 pour se manifester.
La préfecture a reçu 50 projets, tous en cours d’instruction pour un montant total sollicité de 992 346 euros de subventions.
La prévention et la répression vont de pair, insiste Nicole Klein. Il faut faire attention aux subventions accordées en étant sûr que nos valeurs soient respectées.
Dans cette logique, deux représentations théâtrales auront lieu à Rouen. La pièce Djihade sera jouée le 27 mars 2017, devant des scolaires. « Tous les moyens sont bons. C’est un long travail », fait savoir cette énarque.
État d’urgence : « Il faut continuer de vivre comme on a toujours vécu »
Durant ses 14 mois à la tête de la préfecture de Normandie, Nicole Klein a veillé à la « liberté », même sous l’état d’urgence. Aucune manifestation n’a été interdite : « C’est un droit constitutionnel ».
C’est insupportable de vivre sous la pression. Il faut continuer de vivre comme on a toujours vécu, parce que c’est aussi cela la République, avec des mesures de précautions bien sûr, insiste la préfète. Je me souviens être allée aux concerts les mains dans les poches et les cheveux au vent. Maintenant, quand je dois ouvrir mon manteau et ouvrir mon sac, cela me gêne. Toute préfète que je suis.
L’état d’urgence est maintenu jusqu’en juillet 2017. « La vigilance est la même », assure Nicole Klein.