
À Rouen (Seine-Maritime), des manifestants ont dit « non » à la circulaire Collomb, entrée en vigueur le 12 décembre 2017 et qui prévoit le recensement dans les centres d’hébergement d’urgence. Les associations contestataires craignent que l’installation de ces équipes mobiles, composées chacune de neuf opérateurs de l’État, ait pour visée la traque des migrants en situation irrégulière. « La lutte contre l’immigration irrégulière est une priorité de l’action gouvernementale », a rappelé le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, dans cette circulaire.
200 personnes se sont rassemblées mercredi 14 février 2018 à partir de 17h30 devant le palais de justice. Ceux-ci dénoncent une circulaire « inhumaine » et « discriminatoire ».
Des associations comme Emmaüs ou encore le Secours catholique ont saisi le Conseil d’État pour faire annuler cette consigne, au nom du droit au logement, à la sécurité et à l’éducation pour tous.
L’inconditionnalité de l’accueil remise en cause
Le ministère de l’Intérieur, par le biais de la circulaire Collomb, invite les préfectures à procéder à des contrôles dans les centres d’hébergement d’urgence, « ce qui remet en cause l’inconditionnalité de l’accueil » selon le Collectif 76 des salariés du social et du médico-social.
De son côté, la préfète de Seine-Maritime avait affirmé en janvier 2018, devant la presse, qu’il « fallait faire de cette circulaire, l’application la plus intelligente possible » et qu’il n’y aurait « aucune interpellation dans les centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) qui sont un havre de paix ». Fabienne Buccio, grâce à ces équipes mobiles voulues par le ministre de l’Intérieur, avaist indiqué qu’elle s’intéresserait « aussi aux personnes françaises ».
LIRE AUSSI : À Rouen, plusieurs collectifs demandent aux habitants d’héberger des migrants à la rue
Un combat fédérateur
Un tract a été distribué à plusieurs associations et syndicats, notamment dans le domaine médico-social. L’association Médecins du Monde ne fait pas partie des signataires mais reste mobilisée : « Nous sommes dans la même mouvance, nous sommes solidaires des revendications des manifestants », déclaraient quelques membres présents devant le palais de justice, mercredi soir.
Christian Cartier, délégué régional de l’association, se dit « inquiet » de l’accueil réservé aux migrants, et en particulier aux mineurs :
Les mineurs non accompagnés doivent être pris en charge par le Département. De plus, les évaluations qui ont déjà eu lieu se sont faites dans des conditions déplorables. Médecins du Monde est partie prenante des personnes qui se mobilisent contre ces circulaires.
« Donner une possibilité aux migrants de s’insérer »
Quelques militants de la Gauche révolutionnaire se sont également déplacés pour la manifestation. Selon eux, « si un migrant veut réellement vivre en France, il faut lui donner une possibilité de s’insérer dans la société ».
Ils rappellent que « les jeunes migrants dorment dehors ou dans un gymnase ». Selon eux, « ce ne sont pas des conditions d’accueil suffisantes ». Ils considèrent que « diminuer la durée des délais administratifs ne constitue pas une solution » et que « cette circulaire est une intrusion dans leur vie et ne les aidera en aucun cas à s’insérer ».