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Revitalisation du centre-ville : quels outils pour dynamiser le commerce au Havre ?

Fin janvier 2018, Le Havre arrivait en tête du palmarès des centres-villes commerçants les plus dynamiques, dans la catégorie « villes moyennes ». Sur quels critères ? Décryptage.

Les voies piétonnes sont inscrites dans le périmètre sur lequel travaille la Ville pour créer un parcours shopping. (©Valentine Godquin/NA)

Fin janvier 2018, Procos, fédération pour l’urbanisme et le développement du commerce spécialisé (rassemblant les enseignes et grandes surfaces, Ndlr), publiait le palmarès des centres-villes commerçants les plus dynamiques. Surprise : Le Havre (Seine-Maritime) arrive en tête du palmarès des centres-villes commerçants les plus dynamiques, dans la catégorie « villes moyennes ». Pourtant, les emplacements vacants sont nombreux en ville : en atteste l’avenue René-Coty, où les commerces peinent à se stabiliser. Les panneaux « À louer » des agences immobilières remplacent les vitrines achalandées.

Forte de ce constat, la Ville, guidée par Robert Martin, manager de centre-ville, met en place différents outils pour dynamiser le commerce et donner un nouveau visage à la ville. C’est en s’appuyant sur les dispositions prises par la municipalité en faveur du commerce que le classement Procos a été établi. Explications.

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« Concentrer l’activité commerciale »

Le palmarès présente les facteurs favorables à la vitalité des cœurs marchands et les actions mises en œuvre par les villes pour leur dynamisation. Le Havre arrive en tête de ce classement en raison des investissements réalisés en centre-ville (tramway, bibliothèque Niemeyer, réaménagement du quai Southampton…) et des mesures spécifiques prises pour tenter de créer une dynamique commerciale. C’est donc l’initiative qui est ici valorisée.

Depuis plus d’un an, nous disposons d’un manager de centre-ville. Robert Martin est arrivé en renfort avec toute son expertise pour mettre en musique les différentes actions menées par divers services. La CCI, la Ville et les chambres des métiers et de l’artisanat travaillent de concert pour avancer sur des projets. Il s’agit de gagner en légitimité et de travailler tous les trois, précise Laurence Besancenot, adjointe en charge du commerce.

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Parmi les outils à la disposition des villes pour préserver l’activité commerciale des centres-villes :  la protection des linéaires commerciaux, une mesure prise dans le cadre de la révision du PLU de la ville au printemps 2017, qui permet d’interdire la mutation d’un commerce en services sur un périmètre déterminé.

Le périmètre concerné s’étend de la Banque De France à la rue de Paris. Dans ce secteur, tous les commerces qui changent d’enseigne doivent rester commerces de proximité. Cela permet d’empêcher la mutation d’un commerce en services. L’idée n’est pas d’empêcher les banques et assurances de s’implanter au Havre, mais de créer des emplacements premium, afin de proposer une promenade shopping, précise l’élue.

Objectif : créer un parcours pour les clients et travailler sur une concentration de commerces.

Le commerce : un secteur en mutation

De nombreux centres-villes connaissent une désertion des commerces : certains sont partis s’implanter en périphérie, dans des centres commerciaux, d’autres ont disparu, faute de clientèle. En créant des pôles d’attractivité, la Ville compte redessiner son centre-ville et ses propositions commerciales. « La problématique du commerce ne concerne pas uniquement Le Havre. C’est une réflexion générale. Le secteur est en pleine mutation : les clients ne consomment plus de la même manière. » Sans compter qu’internet a modifié les modes de consommation. « Il faut trouver des solutions, comme ramener le client en boutique via internet. »

Face à cette évolution, nous réfléchissons à d’autres possibilités pour revitaliser le centre-ville. Il est, en effet, possible que certaines friches ne redeviennent pas des commerces. Certains rez-de-chaussée pourraient accueillir des starts-ups ou muter en logements accessibles pour des personnes à mobilité réduite. Tous ces projets se travaillent sur du long terme, comme l’effacement des friches.

« Tout ne ferme pas au Havre », martèle l’élue, soulignant que si certaines enseignes nationales disparaissent, la Ville ne peut être rendue responsable : « C’est un choix économique des enseignes et nous ne pouvons avoir d’influences sur ces décisions. Ce que nous pouvons influencer, ce sont les implantations, en mettant en valeur le territoire. »

« La rue de Paris : le potentiel d’une galerie marchande »

Avec ses arcades qui permettent de faire ses courses, tout en étant à l’abri, « la rue de Paris a le potentiel d’une galerie marchande », estime Laurence Besancenot. L’élue de mettre en valeur les différents atouts de ce secteur : la bibliothèque Nieyemer, « ouverte le dimanche », le quartier des Halles, « très actif », et le projet d’aménagement du quai Southampton.

Surfant sur la vague d’Un été au Havre 2017, la Ville espère récolter les fruits du travail de communication mené pour faire rayonner Le Havre à l’extérieur.

2017 est un début, un tremplin. Les touristes et croisiéristes viennent au Havre. Notre plan d’action en faveur du commerce s’appuie sur l’urbanisme et l’aménagement de l’espace public. Quelque chose se passe au Havre. Les choses bougent, se félicite l’adjointe au commerce qui « profite de tout le travail fait par les prédécesseurs. Antoine Rufenacht parlait de redonner leur fierté aux Havrais. C’est chose faite ! »

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Définir un cœur de ville, sans oublier les quartiers : tels sont les objectifs affichés par la mairie. « Nous ne sommes pas focalisés sur l’hyper-centre car les centres de quartier jouent un rôle de lien social et économique. Nous veillons à préserver un équilibre sur le territoire ».

Parole de commerçant
Pour Wilfried Hebert, président de l’association des commerçants du Rond Point-Centre ancien, « les choses vont dans le bon sens. Si les manifestations des 500 ans ne se passaient pas dans notre quartier, on a bien compris le choix opéré et c’est bien pour la ville et l’image. Les « Ambassadeurs du commerce » ont fait un truc super. » Accompagnant les évolutions, l’association souhaite changer sa manière de prospérer : « On a besoin d’élargir notre clientèle et de toucher de nouvelles cibles. Nous organisons de nombreuses manifestations (chasse aux œufs, vide-greniers) pour faire bouger le quartier. » 
Si Wilfried Hebert se montre optimiste, un bémol : le stationnement. « Avec les travaux du tunnel Jenner, la surface de stationnement est réduite. Puis, ça râle sur les prix. On aurait adoré avoir 30 minutes gratuites pour faire des courses rapides et ne pas se faire verbaliser. »

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Attirer les grandes enseignes

Pour attirer investisseurs et influenceurs, la Ville a organisé, durant la Transat Jacques Vabre, une « opération séduction » pour faire découvrir le potentiel de la ville et les différents aménagements opérés afin de relancer une dynamique. En janvier 2018, a eu lieu, à la CCI, un forum de la franchise : « Les grandes marques rassurent les consommateurs et ce forum vise à accompagner des enseignes qui souhaiteraient s’implanter. Il s’agit de mixer franchises et commerces de proximité. »

Laurence Besancenot se félicite de l’arrivée de Primark, la célèbre enseigne irlandaise de vêtements à bas coût, qui devrait attirer une vaste clientèle, venue des quatre coins de Normandie.

C’est un signal fort. Ce sont 250 emplois et cela devrait générer du flux. On se réjouit aussi pour le commerce de l’hyper-centre qui devrait bénéficier de cette implantation. Les gens vont venir au Havre pour faire du shopping, mais iront aussi voir la mer et consommer. Cela va forcément rejaillir sur la ville, s’enthousiasme l’élue, confiante. 

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Un projet de halle alimentaire ?
Parmi les projets cités dans le rapport Procos, celui d’une halle alimentaire. « C’est à l’état embryonnaire. L’idée serait de créer un pôle artisanal et de concentrer, dans un même endroit, les commerces de bouche. Mais c’est juste une piste. Ce qui est sûr, c’est que les gens ont envie d’une expérience, de déguster des produits et d’échanger. Les clients sont en quête de conseils et d’échanges. Le lien humain est capital dans le commerce, précise Laurence Besancenot.

Dans le domaine du commerce, la Ville veut continuer à travailler l’image du Havre pour l’imposer comme « the place to be ». Un observatoire du commerce, en cours de création, devrait permettre de renforcer les outils dont dispose la municipalité pour faire battre son cœur de ville.