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Réforme de l’accès à l’université : à Rouen, le mouvement étudiant prend de l’ampleur

Environ 400 étudiants de Rouen se sont réunis lors d’une assemblée générale mercredi 4 avril 2018, prêts à passer à l’action contre la réforme de l’accès à l’université. Détails.

Les étudiants ont voté massivement pour un blocage de principe de l’université et la mobilisation aux côtés des cheminots et des soignants, les 5 et 14 avril 2018. (©Mathieu Normand / 76Actu)

Le mouvement étudiant d’ampleur nationale commence à sérieusement s’ancrer à Rouen (Seine-Maritime). Près de 400 étudiants et quelques professeurs de l’université se sont réunis mercredi 4 avril 2018 sur les bancs de l’amphi du bâtiment Tillon. À l’occasion d’une assemblée générale, tous sont venus débattre des actions à mettre en place contre la loi relative à l’orientation et la réussite des étudiants (Ore) et Parcoursup.

Il en ressort une longue série de mesures votées à la majorité : une motion de principe pour le blocage de l’université pour une durée illimitée en fonction des effectifs disponibles, une manifestation au côté des soignants à l’occasion de la visite d’Emmanuel Macron au CHU de Rouen jeudi 5 avril, l’envoi d’une délégation au conseil régional le 9 avril prochain, le blocage du prochain conseil d’administration de l’université le 13 avril, un ralliement au mouvement des cheminots du 14 avril, un appel à la mobilisation des enseignants-chercheurs ou encore la mise en place d’un barrage filtrant avec distribution de tracts sur le parking de l’université.

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Contre la politique du gouvernement

Par rapport aux AG de la fin mars, ayant conduit au blocage d’une partie du campus de Mont-Saint-Aignan, la participation de ce mercredi est au moins deux fois plus importante. Ajoutés aux répressions des mouvements étudiants à Paris, Bordeaux, Lille ou Montpellier, ces blocages et la sensibilisation sur la réforme de l’accès à l’université semblent avoir mobilisé les troupes. « Je ne connais pas les trois quarts des visages présents aujourd’hui, souligne un des animateurs de l’AG. C’est qu’on a réussi à vous intéresser. »

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La grande majorité des participants a l’air déterminé à s’opposer aux dispositions de la loi Ore. Une présentation en direct de l’outil utilisé pour procéder au tri des étudiants avant l’entrée à l’université finit de les convaincre. Elle est effectuée par un maître de conférencse en Sciences de l’éducation. Ce dernier juge la procédure « arbitraire, non-transparente et profondément injuste », car elle se base sur des notations et des jugements très aléatoires. Il ajoute :

C’est sur les gens comme moi que va reposer ce fardeau de trier les dossiers de 1 000 personnes souhaitant accéder à la L1. Or, on ne sait pas le faire. Il reste cinq jours pour prendre des dispositions claires sur l’injonction qui nous a été donnée. Ensuite, le processus sera enclenché.

Très vite, la politique générale du gouvernement est prise pour cible. La culture du management, « la mise en concurrence », « l’individualisme » sont critiqués. La nécessité de faire le lien entre les revendications qui surgissent de toutes parts en France et de proposer une réponse en bloc est avancée par plusieurs participants. Une délégation de cheminots s’est d’ailleurs déplacée pour assister à cette assemblée générale. Elle appelle les étudiants à manifester avec eux le 14 avril 2018 contre « la destruction du service public et de la logique de droit collectif ».

Le spectre de mai 68

La majorité des participants souhaite passer à la vitesse supérieure dans la protestation. Certains, comme les étudiants en première année de licence, craignent cependant l’incidence d’un nouveau blocage sur les examens. D’autres s’inquiètent d’une récupération politique de la mobilisation. « Il suffit de regarder la page Facebook qui coordonne le mouvement rouennais pour voir que les contributeurs sont issus d’univers très différents, assure un étudiant. Il est nécessaire d’être pédagogue auprès du plus grand nombre pour rassembler et montrer à quel point cette réforme est néfaste. »

La première solution retenue reste le blocage. Pour beaucoup, il ne doit pas être une fin en soi. Un opposant au blocage pur et dur souligne d’ailleurs les contradictions de cette solution :

Quand des étudiants arrivent et voient leur bâtiment bloqué, leur premier réflexe est de rentrer chez eux au lieu de rester avec le noyau dur des manifestants. Il vaudrait mieux occuper les lieux en laissant rentrer les gens pour participer à des cours alternatifs, des conférences, de la sensibilisation sur la réforme.

Des enseignants-chercheurs se disent prêts à fournir du contenu pour ce genre de mobilisation. Ils engagent les étudiants à en faire autant, à avoir des débats de fond dans les AG et à voir « ce qui se passe ailleurs dans le monde social ». Le spectre de mai 1968 rôde.

Finalement, une motion de principe pour le blocage de l’université est tout de même adoptée. Les modalités seront fixées lundi 9 avril lors d’une nouvelle assemblée générale. Si la participation au mouvement continue de s’accroître, les étudiants s’annoncent prêts l’ensemble des bâtiments de l’université.