Épaulée par une dizaine de proches, dont sa fille Priscilla, Christine Doré (à droite) a démarré une grève de la faim pour empêcher la vente de sa maison à Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime). (©MN/76actu)
C’est l’histoire d’une longue descente aux enfers. Celle de Christine Hanin-Doré, habitante de Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime) et ancienne patronne du bar Le République à Saint-Étienne-du-Rouvray. La mise en liquidation judiciaire de son commerce dure depuis 2013. Elle estime que le dossier « n’a pas été traité selon les règles ».
Après des années de bataille judiciaire, elle s’apprête à perdre sa maison, qui sera vendue aux enchères le 18 mai 2018 pour combler ses dettes. Elle a décidé d’entamer une grève de la faim mercredi 2 mai, comme un dernier recours pour trouver une issue.
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Des revendications
Depuis vendredi 4 mai, Christine Doré s’est installée sur la place de la mairie. Elle a accroché un grand drap sur sa voiture sur lequel elle a écrit sa situation et posé ses revendications. Selon elle, la banque qui a accompagné son activité est en grande partie responsable de sa situation :
J’ai contracté deux emprunts de 62 000 et 60 000 euros pour faire fonctionner cette activité. J’avais demandé la mise en place d’un fond de roulement de 30 000 euros pour payer le stock. Ça n’a jamais été fait. Je me suis retrouvée endettée de cette somme. À partir de là, j’ai payé des agios jusqu’à ce que ce ne soit plus possible.
À partir de là, la quinquagénaire s’est retrouvée face « à un rouleau compresseur ». Elle n’a jamais réussi à sortir la tête de l’eau. Selon elle, la banque serait en faute. Elle la juge responsable d’un soutien abusif, mais ne peut pas se retourner contre elle à cause de la procédure de liquidation judiciaire. « Seul le mandataire peut mener une action pour la mettre en responsabilité, mais il ne veut pas le faire. »
• VIDÉO. Témoignage de Catherine Doré sur la place de la mairie :
Après avoir interpellé @EmmanuelMacron lors de son déplacement à #Rouen en avril, Catherine Doré a demarré une #greve de la faim pour empêcher la mise aux enchères de sa maison. Ruinée, elle affirme que la liquidation judiciaire de son commerce ne s’est pas faite dans les règles pic.twitter.com/RYgvQRF22i
— 76actu (@76actu) 4 mai 2018
Elle avait interpellé le président Macron durant sa visite à Rouen
Christine Doré, bénéficiaire du RSA et de l’aide juridictionnelle, fait tout ce qu’elle peut depuis cinq ans pour obtenir gain de cause. Cinq avocats se sont penchés sur le dossier. Sans succès. Le dernier en date, maître Jean-Michel Bressot, est arrivé après la mise en liquidation judiciaire. Il semble résigné :
J’arrive un peu après la bataille. La seule perspective que je voyais était de négocier avec le mandataire pour pouvoir réaliser une vente à l’amiable ou pour trouver un acquéreur qui pourrait racheter la maison et loger madame Doré à l’intérieur. Cela ne se fera pas. Je pense avoir épuisé les voies de droit pour éviter la vente par adjudication.
Christine Doré a aussi essayé de trouver de l’aide auprès des officiels : maire, magistrat, préfète, ministre et même le président de la République. Elle a envoyé des courriers et est allée les voir en personne, dès que possible. Elle avait même réussi à échanger avec Emmanuel Macron lors de sa venue à Rouen le 5 avril dernier. « Malheureusement, la réponse est toujours la même : ‘On ne peut rien faire pour vous. ‘ J’ai beau fournir des preuves, il ne se passe rien. »
• VIDÉO. Christine Doré avait interpellé Emmanuel Macron à Rouen :
Le président prend le temps (quelques secondes) de discuter avec le public devant la crèche #macron #Rouen pic.twitter.com/mg9GJjbaXT
— 76actu (@76actu) 5 avril 2018
Jusqu’à la mort
Christine Doré est veuve. Issue d’une famille de commerçants, elle avait toujours rêvé d’avoir son propre établissement. Son mari est mort d’un cancer. « J’ai mis un an et demi à m’en remettre », raconte-t-elle. Après ce triste événement, elle a touché une somme d’argent. « J’ai décidé de me lancer. Ce bar nous permettait de travailler en famille, avec mon gendre et ma fille. Tout avait bien commencé… »
Après avoir perdu cela, il ne lui reste que sa maison et tous les souvenirs qui lui sont attachés. « Si je la perds, je n’aurais plus rien. Je poursuivrai ma grève de la faim jusqu’à avoir obtenu gain de cause ou je ressortirai les pieds devants. »
Christine Doré a entamé une grève de la faim devant l’agence de sa banque à Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime). Après avoir perdu son commerce, elle souhaite empêcher la vente aux enchères de sa maison. (©MN/76actu)
Elle peut compter sur ses amis et sa famille pour l’épauler. Une dizaine d’entre-eux étaient à ses côtés, vendredi 4 mai, pour empêcher un huissier et des acheteurs potentiels de visiter sa maison. Ils l’aident aussi à mener une nouvelle action avec un avocat pour freiner la vente et pensent à lancer une cagnotte pour l’aider à racheter sa demeure.