
Dans une salle du collège Henri-Matisse de Grand-Couronne, près de Rouen (Seine-Maritime), une soixantaine d’élèves, tous en classe de troisième, ont participé à un échange avec l’acteur Michaël Vander-Meiren, vendredi 16 février 2018.
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Le thème de la rencontre, organisée par l’association Olympio, auprès de laquelle Michaël Vander-Meiren est engagé, était le cyber-endoctrinement. L’opération entrait dans le cadre d’une grande campagne de sensibilisation à la radicalisation numérique, menée par le Département de Seine-Maritime ainsi que par l’État et la CAF. Effective depuis la rentrée 2017 et applicable jusqu’en juin 2019, l’opération prévoit la rencontre de 580 classes de troisième dans ce cadre.
L’opération représente un budget de 160 000 euros sur deux ans. Vingt-cinq représentations du film Sous emprise : le cyber-endoctrinement, diffusé aux élèves, ont été cofinancées.
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Des élèves actifs et sensibles à la cause
Plusieurs projections avaient lieu ce jour-là au collège. Le moment phare de cette journée était un temps d’échange entre des élèves d’à peine 14 et 15 ans, et Michaël Vander-Meiren, qui a su profiter de ses qualités de comédien pour capter son auditoire.
Parmi les adultes du public, on retrouvait notamment Fabienne Buccio, préfète de Région et de Seine-Maritime, ainsi que Pascal Martin, président du Département, Catherine Benoît-Mervan, directrice académique des services de l’Éducation nationale de Seine-Maritime, ou encore Denis Rolland, recteur de l’académie de Normandie, et le maire de Grand-Couronne, Patrice Dupray.
Au fil de multiples questions, qui concernaient essentiellement la manipulation virtuelle, les élèves se sont découverts petit à petit et ont pris progressivement conscience des risques de l’utilisation de la technologie.
Prenez un téléphone portable. Est-il dangereux ? Ce n’est pas l’objet en lui-même qui est dangereux, mais l’utilisation que l’on en fait, avertit-il.
Le comédien a ensuite rappelé le risque que comportait l’utilisation des réseaux sociaux : « D’après vous, sur un réseau social, est-ce qu’on est vraiment nous-même ? ». Un élève reprend : « Non, on montre plutôt quelqu’un à qui on aimerait ressembler ». À l’âge où les adolescents commencent à découvrir le monde virtuel des réseaux sociaux, beaucoup de spectateurs semblaient déjà conscients de ce à quoi s’exposent les utilisateurs.
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Le mot « radicalisation » jamais employé
Même si la lutte contre la radicalisation par Internet est l’un des principaux chevaux de bataille du Département, ce mot n’a jamais été mentionné dans le discours de Michaël Vander-Meiren. « Le cyber-endoctrinement englobe cette idée de radicalisation et le mot a été préféré pour la présentation. Par ce biais, il n’y a aucune distinction de religion ou d’idéologie », précise Philippe Subsol, chargé des partenariats de l’association Olympio.
« Il avait fallu réagir rapidement après l’attentat de l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray. Dès le mois d’août 2016, nous avons lancé cette piste d’une opération de prévention des dérives sectaires », rappelle le recteur d’académie, Denis Rolland, qui se dit « admiratif du travail » réalisé par les différents acteurs politiques, ainsi que de la présentation de Michaël Vander-Meiren.
Les élèves de troisième, la tranche d’âge idéale
Les élèves de troisième sont la cible de l’académie. Denis Rolland soutient ce choix :
Cette tranche d’âge est la mieux adaptée. Les élèves sont capables d’être touchés par des choses qu’on leur montre et ils ont l’âge de se poser les bonnes questions.
Des jeunes de l’âge des élèves présents ce jour-là constituent également des cibles pour les manipulateurs de la Toile : « On se cherche encore à notre âge, on se pose des questions sur ce qu’on est », analyse une élève de manière lucide. Les personnes jugées « vulnérables » sont en général seules ou en manque de repères, comme pourraient l’être de jeunes collégiens.
Enfin, à cet âge, les collégiens sont tentés de créer des amitiés virtuelles. Les manipulateurs peuvent en profiter à travers trois phases qui mènent à l’endoctrinement : « La séduction et la familiarisation, l’implication et la persuasion, puis l’identification à un groupe », énumère Michaël Vander-Meiren. « On valorise la personne, puis on s’implique dans l’amitié. L’autre personne est tentée de lui donner quelque chose en retour et finit par se sentir intégrée dans un échange », synthétise le comédien.
À l’issue de cette présentation, les élèves, très actifs dans l’échange, ont semblé grandement apprécier le moment partagé avec l’acteur. Les adultes ont également fait part de leur satisfaction, et notamment Fabienne Buccio, qui a conclu l’échange entre le personnel d’établissement et les élus : « C’est de l’argent du citoyen bien investi ».
Antony Speciale