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Université de Rouen : « Dans l’état actuel des choses, la rentrée s’annonce très difficile »

Parcoursup, manque de moyens : 150 enseignants et personnels de l’université de Rouen lancent l’alerte et demandent des solutions pour la rentrée prochaine.

150 enseignants ont signé un texte, paru lundi 21 mai 2018, pour alerter sur la situation à l’université de Rouen (Seine-Maritime) . Ils craignent une rentrée très difficile. (©Mathieu Normand / 76 actu)

Les étudiants de Rouen (Seine-Maritime) s’apprêtent-ils à revivre, comme l’année passé, une rentrée catastrophique sur le campus de Mont-Saint-Aignan ? Selon un texte rendu public lundi 21 mai 2018 et signé par 150 enseignants et personnels de l’université, tous les signes le laissent penser. La réforme de l’accès à l’université, la réforme des diplômes et le manque de moyens poussent ces derniers à tirer la sonnette d’alarme.

Selon le maître de conférence et membre du conseil d’administration Pierre-Emmanuel Berche (Snesup-FSU) : « Dans l’état actuel des choses, la rentrée s’annonce très difficile. »

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Question de priorité

Une dizaine d’enseignants faisant partie du comité de mobilisation s’est réunie devant la bibliothèque du campus. Le point de rendez-vous, un bâtiment aussi emblématique qu’insalubre, n’a pas été choisi au hasard pour évoquer le manque de moyens. Trois membres de la fédération de parents d’élèves (FCPE) sont venus en renfort pour soutenir la cause. La secrétaire générale de Seine-Maritime, Agnes Desanges précise :

Il n’y a plus de parents d’élèves à l’université, vu que les étudiants sont majeurs, mais nous sommes solidaires des inquiétudes des nombreux lycéens laissés sur le carreau et des enseignants du supérieur pour la rentrée prochaine.

Pour elle comme pour les autres personnes présentes, les premiers retours de Parcoursup et « ses algorithmes obscurs », n’annoncent rien de bon. Surtout, la mise en place de Parcoursup découlerait d’un choix politique selon les enseignants : « la sélection est introduite parce qu’il n’y a pas la volonté d’investir dans l’enseignement supérieur. » Pierre-Emmanuel Berche affirme :

Le gouvernement a débloqué 10 millions d’euros  supplémentaires pour la rentrée. Ça fait une moyenne de 200 euros par étudiants… Si rien de supplémentaire n’est obtenu d’ici là, on saura qu’il n’en a rien à faire des jeunes et de l’université. Comme pour le plan banlieue sinistré, on verra qu’il y a des ‘priorités’ plus prioritaires que d’autres.

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Besoin de 100 postes supplémentaire

Les moyens alloués par le gouvernement pour la rentrée 2018 sont de l’ordre de 45 millions au total. Auquel viendra sûrement s’ajouter une partie d’un fonds de 200 millions d’euros alloués aux universités, deuxième vague du programme d’investissement d’avenir, dont la somme exacte sera connue en juillet selon la présidence. Ces moyens restent en décalage avec les effectifs en constante augmentation.

« En sept ans, l’Université a accueilli 20% d’étudiants supplémentaires sans que cette augmentation des effectifs n’ait été accompagnée d’une politique de recrutement adaptée », assurent les enseignants. Pour combler le manque d’effectif estimé à « 400 postes », l’emploi de personnels précaires se multiplie :

En 2018, sur les 2 951 agents que compte l’université de Rouen, plus d’une personne sur trois n’est pas
titulaire de son poste.

À cela s’ajoute des conditions matérielles difficiles avec la vétusté des locaux et le manque de salles. Le comité de mobilisation exige « un plan d’urgence » comprenant un plan de financement et « la titularisation des agents administratifs vacataires et contractuels » , ainsi que « l’ouverture de 100 postes d’enseignants-titulaires sur les 400 postes déclarés manquants par le président de l’Université lui-même. »

Le président soutient la réforme

La réforme de la licence du plan « réussite » aboutissant à « une réduction drastique des heures d’enseignement et du nombre d’enseignants » ne laisse pas présager une solution allant dans ce sens. Des discussions informelles portent déjà sur des moyens d’actions plus radicaux pour faire entendre la voix des mécontents, comme l’indique Florence Cabaret, enseignante en histoire :

Un des moyens par lequel le système tient, ce sont les heures supplémentaires. Si on décide tous d’arrêter, tout s’effondre.

Le président de l’université Joël Alexandre soutient quant à lui la politique du gouvernement. « Le cadre de cette loi c’est la réussite étudiante, affirme-t-il. Je suis pour à condition que l’on ait les moyens pour la mettre en place. »

Pour répondre à ceux qui désignent Parcoursup comme un processus discriminatoire, il ajoute : « Ce qui m’importe aujourd’hui, ce n’est pas le nombre d’inscrits, mais le nombre d’étudiants qu’on arrive à diplômer. »

Un classement bon gré, mal gré

À l’université de Rouen, tous les choix Parcoursup ont été acceptés dans 29 filières non sélectives sur 37. Pour les 8 autres – Staps, Paces, Sciences pour la santé, Psychologie, Sciences de l’éducation, Langues étrangères appliquées (LEA), droit, Administration économique et sociale – un classement a été maintenu pour éviter que la capacité d’accueil soit débordée par les demandes.

En Psychologie, sciences de l’éducation et LEA, les enseignants ont refusé de siéger en commission, ne souhaitant pas participer à un processus jugé comme étant sélectif. La présidence a donc pris le relais. « Des commissions ad hoc ont été mises en place en s’appuyant sur le réseau de vice-président », précise le président Joël Alexandre.

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Le classement a ensuite été effectuée  à partir de « critères uniquement numériques et pas sur une étude de dossier ». Les notes de première et deux premiers trimestres de terminal ont été prises en compte. « Comme ses notes sont très liées à l’établissement, on s’est appuyé sur la note anticipée de Français pour avoir une valeur au niveau national. »

Une « pondération » a été effectué sur les différents types de Baccalauréat afin de conserver « une sociologie assez similaire à celles des années passées ».

Le président le sait : « Entre les vœux exprimés et l’inscription réelle, il y a toujours un grand décalage. » Il faudra donc attendre la rentrée pour être fixé. Les choses se préciseront tout de même sûrement d’ici là. Avec ce système, plus « dynamique », bien que plus contraignant que son prédécesseur, les lycéens dans l’attente verront « les choses se décanter au fil des prochaines semaines ».

• Document. 150 enseignants et personnels alertent sur les conditions d’enseignement à l’Université de Rouen