Les salariés du site stéphanais Safran Identity & Security (ex-Morpho) manifestent leurs inquiétudes en plein processus de cession de leur entreprise au fonds de pension américain Advent International. Le scénario est hélas bien rodé. Imaginez que vous achetez une entreprise rentable, saine, solide, à la pointe de l'innovation, dans un secteur stratégique. Donc au prix fort. Ce n'est pas un problème puisque vous avez beaucoup d'argent, des milliards. Mais rassurez-vous, votre argent ne risque rien. Il vous sert juste à en emprunter encore plus. Donc, vous vous endettez. Au-delà du raisonnable. Car lorsqu'on risque l'argent des autres, on ne compte pas.
Vous ne risquez rien parce que ce n'est pas vous qui rembourserez, de toute façon. Les salariés «rachetés» sont là pour ça. Ce sont eux qui, par leur travail, leur savoir-faire, rembourseront la dette, rubis sur l'ongle. Et s'ils ne dégagent pas assez de cash, eh bien, c'est très simple: il vous suffira de tailler dans le gras. C'est aussi simple que ça et cela s'appelle un LBO : leveraged buy-out ou, en français des (bonnes) affaires, un «achat à effet de levier».
C'est légal et c'est ce qu'a enclenché, en septembre dernier, le fonds de pension américain Advent International en rachetant Safran Identity & Security (ex-Morpho), le fleuron français de la gestion d'identité, de la sécurisation des transactions et de la sécurité publique, enseigne aux 7.800 salariés dans plus de 50 pays et au 1,6 milliard d'euros de chiffre d'affaires.
Légal, et avec la bénédiction des plus hautes sphères de l'État et avec la caution de BPI France, la banque publique censée soutenir les PME et financer l'innovation.
Le processus de rachat a été lancé en septembre dernier et devrait s'achever en avril. Advent a posé 2,425 milliards d'euros sur la table. Safran était vendeur, ça tombait bien, surtout que le groupe voulait se recentrer sur l'aéronautique et lorgnait déjà sur Zodiac Aerospace, le leader mondial des équipements et systèmes aéronautiques.
Le rapprochement Safran-Zodiac devrait ainsi donner naissance à un géant au chiffre d'affaires de 21 milliards d'euros. Il lui fallait donc un peu de cash, à la maison mère Safran. La cession de sa branche «Identité et Sécurité» n'est peut-être pas étrangère à l'affaire…
Le site stéphanais de Safran Identity & Security, spécialisé dans la production de terminaux pour le PMU et la Française des jeux, d'appareils biométriques et de radars, situé sur le site de l'ancienne Sagem, emploie quant à lui deux cents salariés et de trente à cinquante intérimaires.
Dans une lettre que le fonds de pension aurait envoyé «au gouvernement» (selon une source Reuters du 29 septembre mais que le secrétariat d'État à l'Industrie n'a pas, à ce jour, confirmé), Advent se serait engagé à préserver les emplois et à maintenir son siège social en France. «Mais cet engagement ne couvre qu'une période de deux ans, s'inquiète Nathalie Philippine, représentante FO, le syndicat majoritaire de l'usine stéphanaise, au-delà de cette période nous ne savons pas ce qui nous attend».
Le fonds de pension Advent, déjà propriétaire d'Oberthur Technologies (OT), un concurrent direct de Safran, entend ainsi créer un géant de la sécurité digitale. Mais voilà, le rachat d'OT par Advent en 2011 n'a pas laissé que des bons souvenirs…
Lisez la suite de cette enquête dans le Stéphanais n°229 à paraître 21 février.
Les «Morpho» s’inquiètent de leur rachat par un fonds de pension américain
Les salariés du site stéphanais Safran Identity & Security (ex-Morpho) manifestent leurs inquiétudes en plein processus de cession de leur entreprise au fonds de pension américain Advent International. Le scénario est hélas bien rodé. Imaginez que vous achetez une entreprise rentable, saine, solide, à la pointe de l’innovation, dans un secteur stratégique. Donc au prix fort. Ce n’est pas un problème puisque vous avez beaucoup d’argent, des milliards. Mais rassurez-vous, votre argent ne risque rien. Il vous sert juste à en emprunter encore plus. Donc, vous vous endettez. Au-delà du raisonnable. Car lorsqu’on risque l’argent des autres, on ne compte pas.
Vous ne risquez rien parce que ce n’est pas vous qui rembourserez, de toute façon. Les salariés «rachetés» sont là pour ça. Ce sont eux qui, par leur travail, leur savoir-faire, rembourseront la dette, rubis sur l’ongle. Et s’ils ne dégagent pas assez de cash, eh bien, c’est très simple: il vous suffira de tailler dans le gras. C’est aussi simple que ça et cela s’appelle un LBO : leveraged buy-out ou, en français des (bonnes) affaires, un «achat à effet de levier».
C’est légal et c’est ce qu’a enclenché, en septembre dernier, le fonds de pension américain Advent International en rachetant Safran Identity & Security (ex-Morpho), le fleuron français de la gestion d’identité, de la sécurisation des transactions et de la sécurité publique, enseigne aux 7.800 salariés dans plus de 50 pays et au 1,6 milliard d’euros de chiffre d’affaires.
Légal, et avec la bénédiction des plus hautes sphères de l’État et avec la caution de BPI France, la banque publique censée soutenir les PME et financer l’innovation.
Le processus de rachat a été lancé en septembre dernier et devrait s’achever en avril. Advent a posé 2,425 milliards d’euros sur la table. Safran était vendeur, ça tombait bien, surtout que le groupe voulait se recentrer sur l’aéronautique et lorgnait déjà sur Zodiac Aerospace, le leader mondial des équipements et systèmes aéronautiques.
Le rapprochement Safran-Zodiac devrait ainsi donner naissance à un géant au chiffre d’affaires de 21 milliards d’euros. Il lui fallait donc un peu de cash, à la maison mère Safran. La cession de sa branche «Identité et Sécurité» n’est peut-être pas étrangère à l’affaire…
Le site stéphanais de Safran Identity & Security, spécialisé dans la production de terminaux pour le PMU et la Française des jeux, d’appareils biométriques et de radars, situé sur le site de l’ancienne Sagem, emploie quant à lui deux cents salariés et de trente à cinquante intérimaires.
Dans une lettre que le fonds de pension aurait envoyé «au gouvernement» (selon une source Reuters du 29 septembre mais que le secrétariat d’État à l’Industrie n’a pas, à ce jour, confirmé), Advent se serait engagé à préserver les emplois et à maintenir son siège social en France. «Mais cet engagement ne couvre qu’une période de deux ans, s’inquiète Nathalie Philippine, représentante FO, le syndicat majoritaire de l’usine stéphanaise, au-delà de cette période nous ne savons pas ce qui nous attend».
Le fonds de pension Advent, déjà propriétaire d’Oberthur Technologies (OT), un concurrent direct de Safran, entend ainsi créer un géant de la sécurité digitale. Mais voilà, le rachat d’OT par Advent en 2011 n’a pas laissé que des bons souvenirs…
Lisez la suite de cette enquête dans le Stéphanais n°229 à paraître 21 février.