Aller au contenu

Safran: la peur du lendemain

L’usine stéphanaise Safran Sécurité & Identité (ex-Morpho) est en cours de rachat par le fonds
d’investissement Advent International. Les salariés craignent pour leurs emplois… Les 206 salariés stéphanais de Morpho se demandent à quelle sauce le fonds américain va les manger. Spécialisés dans la fabrication de terminaux pour La Française des jeux et le PMU, d’appareils biométriques et de radars, ils font partie du (gros) lot que vient de décrocher Advent pour la modique somme de 2,425 milliards d’euros. Morpho, c’est « 7 800 personnes dans plus de 50 pays [et un] chiffre d’affaires de 1,6 milliard d’euros en 2015 », se félicitait le 29 septembre 2016 un communiqué commun du fonds bostonien et de son partenaire, la banque publique BPI France, lors du lancement du processus de cession qui devrait s’achever fin mars.
Se voulant rassurant, Advent affirme avoir envoyé une lettre « au gouvernement » lui assurant que les emplois français seraient préservés pour les deux prochaines années. « On est inquiets au-delà de ces deux ans, affirme Nathalie Philippine, déléguée FO de l’usine stéphanaise, on risque de repartir dix ans en arrière. »
« Le Stéphanais » a contacté Bercy et Matignon afin d’avoir confirmation du courrier. Matignon n’a pas répondu. Quant à Bercy, on affirme ne pas en avoir connaissance mais on se veut rassurant: « S’il y avait un risque pour l’emploi, on ne serait pas sur ce scénario, indique une source ministérielle, on voit mal BPI France s’embarquer dans une opération destructrice d’emplois. »
Pourtant, le « scénario » n’est pas inédit. Il s’est déjà produit en 2014, quand le même Advent a racheté Oberthur Technologies, le spécialiste de la sécurité digitale, fin 2011. Deux ans plus tard, le fonds américain détruisait 346 emplois en Europe, dont 132 en France, 90 en Auvergne et 42 dans le Nord. Mais c’est près de Clermont-Ferrand, dans l’usine de cartes téléphoniques à gratter de Puy-Guillaume, qu’Advent a laissé un goût plus qu’amer… « Dès 2013, on a senti que quelque chose se passait, explique un ancien salarié de l’usine auvergnate. Notre directeur s’est retrouvé en arrêt maladie et un nouveau est arrivé. Il a immédiatement mis en place la politique Advent. Toute la valeur ajoutée du site s’est mise à remonter vers la holding. »
En avril 2014, donc, Advent annonce la fermeture du site pour recentrer l’activité Oberthur à Vitré (Bretagne). Comme la loi l’y oblige, Advent recherche (mollement) un repreneur. Or, contre toute attente, le groupe Prenant se manifeste. L’imprimeur veut développer l’impression de jeux de grattage pour la Française des jeux. Mais peu de temps avant le rachat, il recule : « Les conditions d’un engagement plus avant se sont trouvées très mauvaises », confie Claude Jacquemin, l’ancien directeur général de Prenant. À l’époque, il déclarera sur France 3 Auvergne que « l’entreprise avait été vidée de sa substance ». Le fonds américain attaque Prenant en justice « pour rupture abusive ». Il réclame 2,2 millions d’euros de pénalités, mettant la PME en péril. Le jugement du tribunal de commerce de Paris est tombé le 20 janvier dernier: Advent est débouté. « Je suis traumatisé », confesse Claude Jacquemin. Les « Morpho » espèrent un autre scénario…

L’usine stéphanaise Safran Sécurité & Identité (ex-Morpho) est en cours de rachat par le fonds
d’investissement Advent International. Les salariés craignent pour leurs emplois… Les 206 salariés stéphanais de Morpho se demandent à quelle sauce le fonds américain va les manger. Spécialisés dans la fabrication de terminaux pour La Française des jeux et le PMU, d’appareils biométriques et de radars, ils font partie du (gros) lot que vient de décrocher Advent pour la modique somme de 2,425 milliards d’euros. Morpho, c’est "7 800 personnes dans plus de 50 pays [et un] chiffre d’affaires de 1,6 milliard d’euros en 2015", se félicitait le 29 septembre 2016 un communiqué commun du fonds bostonien et de son partenaire, la banque publique BPI France, lors du lancement du processus de cession qui devrait s’achever fin mars.
Se voulant rassurant, Advent affirme avoir envoyé une lettre "au gouvernement" lui assurant que les emplois français seraient préservés pour les deux prochaines années. "On est inquiets au-delà de ces deux ans, affirme Nathalie Philippine, déléguée FO de l’usine stéphanaise, on risque de repartir dix ans en arrière."
"Le Stéphanais" a contacté Bercy et Matignon afin d’avoir confirmation du courrier. Matignon n’a pas répondu. Quant à Bercy, on affirme ne pas en avoir connaissance mais on se veut rassurant: "S’il y avait un risque pour l’emploi, on ne serait pas sur ce scénario, indique une source ministérielle, on voit mal BPI France s’embarquer dans une opération destructrice d’emplois."
Pourtant, le "scénario" n’est pas inédit. Il s’est déjà produit en 2014, quand le même Advent a racheté Oberthur Technologies, le spécialiste de la sécurité digitale, fin 2011. Deux ans plus tard, le fonds américain détruisait 346 emplois en Europe, dont 132 en France, 90 en Auvergne et 42 dans le Nord. Mais c’est près de Clermont-Ferrand, dans l’usine de cartes téléphoniques à gratter de Puy-Guillaume, qu’Advent a laissé un goût plus qu’amer… "Dès 2013, on a senti que quelque chose se passait, explique un ancien salarié de l’usine auvergnate. Notre directeur s’est retrouvé en arrêt maladie et un nouveau est arrivé. Il a immédiatement mis en place la politique Advent. Toute la valeur ajoutée du site s’est mise à remonter vers la holding."
En avril 2014, donc, Advent annonce la fermeture du site pour recentrer l’activité Oberthur à Vitré (Bretagne). Comme la loi l’y oblige, Advent recherche (mollement) un repreneur. Or, contre toute attente, le groupe Prenant se manifeste. L’imprimeur veut développer l’impression de jeux de grattage pour la Française des jeux. Mais peu de temps avant le rachat, il recule : "Les conditions d’un engagement plus avant se sont trouvées très mauvaises", confie Claude Jacquemin, l’ancien directeur général de Prenant. À l’époque, il déclarera sur France 3 Auvergne que "l’entreprise avait été vidée de sa substance". Le fonds américain attaque Prenant en justice "pour rupture abusive". Il réclame 2,2 millions d’euros de pénalités, mettant la PME en péril. Le jugement du tribunal de commerce de Paris est tombé le 20 janvier dernier: Advent est débouté. "Je suis traumatisé", confesse Claude Jacquemin. Les "Morpho" espèrent un autre scénario…